La solitude du vainqueur, Paolo Coelho

Ce livre est parvenu entre mes mains grâce à la SNCF. En effet, je passe tous les jours ou presque dans une gare pour me rendre au travail. Or dans cette gare, sans doute comme dans beaucoup d’autres, la SNCF a mis en place des étagères où les voyageurs peuvent prendre et laisser des livres librement. Cette initiative s’appelle le livre voyageur. Je trouve que c’est une excellente idée pour faire vivre les livres plutôt que de les laisser prendre la poussière dans des bibliothèques. Au mois de novembre dernier, j’en avais déposé 2 que j’avais déjà lus. Je passais régulièrement devant le petit présentoir sans toutefois rien trouver qui m’attire. Fin décembre, je fais mon petit tour habituel et je me laisse tenter par ce roman de Paolo Coehlo. Il y a quelques années, j’ai lu et aimé L’alchimiste. C’est pourquoi j’ai eu envie de lire un autre roman de cet auteur. La solitude du vainqueur est paru en 2009.

La solitude du vainqueur - Paolo Coelho
La solitude du vainqueur est un roman qui se déroule à Cannes lors du fameux festival du cinéma. Il s’agit d’un roman choral, il comporte plusieurs narrateurs qui se croisent :

  • Igor, ancien soldat russe qui a fait fortune dans les télécommunications et qui veut reconquérir son ex-femme
  • Son ex-femme Katia qui l’a quitté, le laissant dévasté. Elle accompagne son nouveau mari à Cannes
  • Hamid, styliste originaire du Moyen-Orient. C’est le nouveau mari de Katia. Il est présent à Cannes pour diversifier ses activités dans le cinéma
  • Gabriella est une jeune américaine qui rêve de devenir actrice. Elle court les soirées et les castings à Cannes dans l’espoir d’être enfin remarquée
  • Jasmine, une jeune belge devenue mannequin depuis peu. Elle participe au défilé d’une styliste belge
  • Javits, un producteur américain

La solitude du vainqueur présente la particularité de se dérouler sur une seule journée. Chaque chapitre correspond à un moment de la journée pour un des personnages. Entre célébrités et glamour, c’est une véritable chasse à l’homme qui se déroule. En effet, un des personnages est un tueur en série. Si cette trame vous évoque le scénario de la cité de la peur, vous êtes dans le vrai. A ceci près qu’il ne s’agit pas d’un récit parodique mais d’une enquête qui se double d’une critique sociale. Paolo Coelho passe en effet au crible star système du cinéma et de la mode. Certes l’auteur tombe parfois dans la facilité avec la notion de Superclasse répétée ad nauseam et quelques clichés sur les célébrités. Il y a un peu de roman de gare dans la solitude du vainqueur, et pas juste parce que je me le suis procuré dans une gare.

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Rêves de Bunker Hill, John Fante

Rêves de Bunker Hill est le troisième roman de John Fante que je lis après Bandini et Mon chien Stupide. Rêves de Bunker Hill est le dernier roman écrit par John Fante. Il sera publié après sa mort en 1983.

Rêves de Bunker Hill - John Fante

Tout comme Bandini, Rêves de Bunker Hill est une autobiographie romancée où John Fante laisse la parole à son alter ego Arturo Bandini. Fraîchement arrivé à Los Angeles et employé dans une gargote, Bandini se voit proposer un travail dans ses cordes : assistant d’un éditeur. Son rôle est de lire les manuscrits que la maison d’édition reçoit et de réécrire ceux qui ont du potentiel. Cela ne dure qu’un temps car Bandini rejoint bientôt un studio de cinéma comme scénariste. Outre les aventures professionnelles de Bandini, John Fante raconte les moments où Bandini cherche à séduire quelques femmes, avec plus ou moins de succès.

Rêves de Bunker Hill est une sorte de roman d’apprentissage : Bandini a envie de réussir, de gagner de l’argent. Il se frotte à un Los Angeles riche en personnages excentriques à souhait. Mais Bandini ne sait pas ce qu’il veut vraiment car malgré une réussite matérielle certaine, il ne se satisfait pas d’un travail dans lequel il ne s’accomplit pas. Il est partagé entre le confort matériel qui lui permettra de bien vivre et d’étaler sa réussite à sa famille et à ceux qui l’entourent et la volonté d’être reconnu pour ses talents d’écrivain et de scénariste. Pour preuve de son ambivalence, Bandini refuse de collaborer avec une scénariste sur un film car celle-ci trahit complètement la première version du scénario qu’il avait écrit, se privant ainsi de confortables revenus et d’un début de reconnaissance dans le milieu hollywoodien. Par ailleurs, sans le sou, il revient dans son Colorado natal mais plutôt que d’admettre son échec à percer, il cherche malgré tout à impressionner ses anciens amis et sa famille.

Rêves de Bunker Hill est le roman d’un jeune homme qui se cherche. Une chronique douce amère de la vie d’un jeune écrivain à Los Angeles. Car c’est là le talent de John Fante : se raconter tout en nuances et, que l’épisode narré soit drôle ou triste, toujours faire naître un sourire sur les lèvres du lecteur. Ce roman confirme l’attrait que je me suis découvert pour John Fante. Tout porte donc à croire que je n’ai pas fini d’en parler ici !

Trainspotting, Irvine Welsh

Après Las Vegas Parano, j’ai lu un autre roman sur le thème de la drogue qui a été adapté au cinéma. Celui-ci l’a été en 1996 par Danny Boyle. J’ai quitté Las Vegas et traversé l’Atlantique pour atterrir à Leith en banlieue de la ville d’Edimbourg avec Trainspotting d’Irvine Welsh.

Ils sont une bande de jeunes adultes qui vivent de trafics variés pour se faire de l’argent et de combines pour arnaquer l’assurance sociale. Ils boivent et se droguent avec diverses substances. Celle qui fait le plus d’effet est l’héroïne. Les joints et le speed ne peuvent pas rivaliser avec cette drogue qui selon les personnages démultiplie les sensations et fait se sentir bien. C’est sans compter les manques et l’argent nécessaire pour acheter cette drogue.
Ils s’appellent Deuxième Prix, White Swan, Rent Boy, Begbie, Spud et Matty. Ce sont leurs témoignages qu’on lit dans Trainspotting. Le narrateur change à chaque chapitre pour nous montrer le point de vue des différents membres de la bande sur le quotidien et quelques anecdotes notables.

Ce roman est déstabilisant au début car les chapitres ont souvent un narrateur différent et ce n’est qu’au bout de quelques paragraphes qu’on peut comprendre qui est le narrateur. On s’y fait au fur et à mesure du roman car chaque personnage a sa propre voix et ses expressions.
Je passe rapidement sur les choix du traducteur. Je n’ai pas lu Trainspotting en version originale mais le rendu du parler argotique écossais en français n’est pas toujours réussi. Ou disons plutôt que les expressions choisies par le traducteur ont mal vieilli en français. Un exemple parmi d’autres : qui dit encore qu’il a lambrissé quelqu’un pour dire qu’il lui a cassé la gueule ? Cette traduction fait perdre à Trainspotting ce propos intemporel et le coupe selon moi du jeune lectorat des années 2010.

Trainspotting est avant tout l’histoire d’une génération perdue. Dans une petite ville touchée par le chômage, la misère sociale frappe de plein fouet. Irvine Welsh décide justement de frapper le lecteur. C’est cru et violent. Les scènes de piquage s’enchaînent. Les soirées à boire au pub tournent vite au vinaigre avec des bagarres violentes. Ceux qui passent des entretiens d’embauche le font avec un air suffisamment motivé où il faut avoir l’air motivé pour continuer percevoir les allocations chômage sans toutefois être bon au point de se voir embauché. La drogue est là pour faire oublier la triste réalité. Irvine Welsh ne fait pas une apologie de la drogue. Bien au contraire, ses ravages sont montrés. Les scènes de délire sous la drogue font perdre contact avec le réel. Même la mort d’un bébé semble lointaine. Ceux qui veulent quitter la drogue vont devoir traverser de difficiles périodes de manque. Mais à quoi bon quand la vie ne vaut pas la peine d’être vécue ? Car Trainspotting est aussi une critique du conformisme et du consumérisme.

A ce sujet, voici ce qui est peut-être la citation la plus connue de Trainspotting et qui résume bien l’esprit du roman. Les mots sont de Mark Renton :

Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles, des platines laser, des ouvres boites électroniques, choisir la santé, un faible taux de cholestérol et une bonne mutuelle, choisir les prêts à taux fixe, choisir son petit pavillon, choisir ses amis, choisir son survet’ et le sac qui va avec, choisir son canapé avec les deux fauteuils, le tout à crédit avec un choix de tissu de merde, choisir de bricoler le dimanche matin en s’interrogeant sur le sens de sa vie, choisir de s’affaler sur ce putain de canapé, et se lobotomiser aux jeux télé en se bourrant de MacDo, choisir de pourrir à l’hospice et de finir en se pissant dessus dans la misère en réalisant qu’on fait honte aux enfants niqués de la tête qu’on a pondu pour qu’ils prennent le relais, choisir son avenir, choisir la vie.
Pourquoi je ferais une chose pareil ? J’ai choisi de ne pas choisir la vie.  J’ai choisi autre chose, les raisons… Y’ a pas de raison. On a pas besoin de raison quand on a l’héroïne.

Trainspotting est le roman culte d’une génération. Ça fait bien 15 ans que j’ai vu ce film mais les scènes les plus marquantes me sont revenues instantanément à la lecture du roman. C’est agréable de voir que certains films peuvent demeurer fidèles à un roman sans le dénaturer.

Le scénariste, Louis Gardel

Je ne connaissais pas Louis Gardel jusqu’à ce que je reçoive son roman Le scénariste en service de presse.

François est un romancier qui vient de signer un roman encensé par la critique. Son succès littéraire est parachevé le jour où il remporte le prix Renaudot. Son chemin croise alors celui de Florette, une jeune journaliste qui sort d’une relation compliquée avec un auteur renommé bien plu âgé qu’elle. Entre François et Florette, le courant passe tout de suite. François mène de front cette nouvelle relation amoureuse et le succès de son roman. Entre interview télévisée, festival et projet d’adaptation cinématographique, c’est le parcours d’un auteur qui est décrit par Louis Gardel.

Le scénariste est un roman à la fois simple et complexe. Tout d’abord il est simple car il raconte une chronique de la vie quotidienne. D’un côté la relation entre François et Florette, deux êtres ayant un vécu amoureux et une histoire familiale différents. Et de l’autre les dessous du monde de l’édition et de l’industrie littéraire : le journalisme culturel, les jeux de pouvoir et d’influence lors des prix littéraires, les compromis d’un auteur face à une proposition d’adaptation au cinéma. Voilà pour l’aspect simple et plaisant du roman de Louis Gardel.

Mais là où le roman se complexifie et livre toute sa richesse, c’est qu’il constitue un prétexte pour conter la tumultueuse histoire moderne de l’Algérie. François est en effet né en Algérie de père inconnu. Lorsqu’il est invité à un festival algérois, il redécouvre des pans de son histoire personnelle en lien avec son roman. Le scénariste possède une structure en tiroir : le lecteur lit un roman sur un roman qui raconte la vie fictive de son auteur. C’est d’autant plus troublant que Louis Gardel lui-même est né en Algérie. Il y a un peu de Paul Auster dans la construction finement pensée de ce roman.

Infinite Jest, David Foster Wallace

Tout amateur de littérature doit lire Infinite Jest. C’est le message que j’ai choisi de livrer par ce billet. Bon, je fais le malin mais pour être franc, je n’avais jamais entendu parler de David Foster Wallace et de son œuvre avant que mon frère ne m’offre ce livre pour mon anniversaire l’année dernière. Après la lecture d’Infinite Jest, David Foster Wallace rejoint Émile Zola et Don DeLillo parmi mes auteurs préférés.

Cette imposante brique de 1000 pages n’a pas encore été traduite en français. Il faudra donc le lire dans sa version originale. D’ailleurs bonne chance au traducteur qui travaille sur Infinite Jest. David Foster Wallace (appelons le DFW pour faire court) possède en effet la particularité d’user (abuser ?) des abréviations, des surnoms et de l’argot (bostonien en l’occurrence). Il est donc nécessaire d’avoir une certaine aisance avec la langue anglaise pour pleinement apprécier ce roman. Remarquez que ce roman publié en 1996 inclut aussi une certaine dose de français du fait du rôle joué par des groupes séparatistes québécois (le spectre du référendum de 1995 a du hanter DFW) dans l’histoire. Le français de l’auteur reste tout de même très approximatif tel ces Assassins des Fauteuils Rollents (sic). C’est dommage qu’un correcteur de langue française n’ait pas été mis sur le coup.

Pas évident de faire un résumé d’Infinite Jest tant le roman part dans tous les sens. Il m’a fallu environ 100 pages pour me mettre dans le roman et commencer à avoir quelques repères au niveau des principaux personnages et des lieux du roman. Lire Inifinite Jest est donc compliqué mais il est gratifiant de pouvoir en saisir toute la complexité. La narration est très fragmentée en raison du nombre de personnages. Ce tableau (pdf) vous donnera une petite idée des liens entre tous les personnages. Le récit alterne entre trois lieux principaux : l’Académie de Tennis Enfield, la maison Ennet pour alcooliques et dépendants à diverses substances et un piton rocheux dans le désert de l’Arizona. Pour compliquer la tâche du lecteur, David Foster Wallace a mis des pans entiers du récit dans les notes en fin de roman. Elles font partie intégrante de l’œuvre. Par exemple, le sort réservé à l’un des personnages secondaires les plus importants, Michael Pemulis, n’est mentionné que dans les notes.

David Foster Wallace est un véritable créateur. Il crée un univers complet jusque dans ses moindres détails. Infinite Jest prend des allures de roman de science fiction ou tout du moins de roman d’anticipation. En effet,  l »action se passe à une époque pas très éloignée de la nôtre dans le futur alors que les États-Unis, le Canada et le Mexique forment un entité politique unique (l’ONAN : Organisation of North-American Nations qui donne à DFW l’occasion de produire le savoureux néologisme qui résume le système politique ainsi mis en place : ONANism) et que chaque année est sponsorisée par le produit d’une grande marque (Burger King, Depend, Maytag entre autres). Mais il va aussi jusqu’à présenter l’ensemble de l’œuvre du personnage le plus important (décédé mais central), Jim Incandenza, un obscur cinéaste. DFW aurait pu s’en tenir à mentionner quelques unes de ses créations mais non, il met la liste de tout ce que le personnage a créé par ordre chronologique. Je vois donc DFW comme un maniaque des détails. Et on se rend compte que rien n’est innocent dans ce qui est livré au lecteur. Tout a son importance. S’il n’avait pas été écrivain, DFW aurait été un bâtisseur de cathédrales mais à ceci près qu’il aurait à lui seul cumulés les rôles de l’architecte de l’ensemble colossal et du tailleur de pierre qui cisèle les moindres détails que personne ne verra jamais sur les gargouilles .

Avec Infinite Jest, DFW dresse un portrait très juste de notre époque. Si je n’avais pas su que le roman datait de 1996, j’aurais pu croire qu’il décrivait notre dépendance toujours plus accrue au divertissement et à la technologie. Le divertissement peut prendre la forme de programmes de télévision et de films. L’enjeu du roman est de mettre la main sur un film qui représente le divertissement ultime : plus fort que toute drogue, il laisse le téléspectateur dans un état léthargique de dépendance à son visionnement. Fantastique outil de contrôle des masses ou de terrorisme, ce film mystérieux est ardemment recherché par différents groupes. Pour illustrer la quête du divertissement, l’auteur nous fait suivre le quotidien d’une académie de tennis où des joueurs junior font de nombreux sacrifices pour tenter de décrocher une place sur le circuit international, cyniquement appelé « The Show« . À l’autre bout du spectre du divertissement, le lecteur est confronté à la réalité des réunions d’Alcooliques Anonymes et de rescapés de la drogue qui cherchent à rompre avec leur addiction. Le propos d’Infinite Jest est donc profondément critique mais délivré sur un ton neutre, très descriptif. Même s’il ne se passe rien dans le roman (si on excepte une grosse bagarre aux alentours de la page 600), le style de DFW a quelque chose d’hypnotique, un peu comme j’imagine ce film aux effets destructeurs.

Inifinite Jest est aussi la chronique de la famille Incandenza. Jim, le père, cinéaste, directeur de l’académie de tennis, s’est suicidé en mettant la tête dans un four micro-ondes. Sa femme Avril, québécoise de naissance, est une agoraphobe obsédée de la grammaire et de l’orthographe. Au grand désespoir de ses enfants, elle est étouffante de bons sentiments et de prévenance. Orin, l’aîné, est un joueur de tennis junior reconverti comme botteur dans une équipe professionnelle de football américain. Son ancienne petite amie est devenue l’égérie de son père. Mario est lourdement handicapé. Toujours d’humeur joyeuse, il circule dans les couloirs de l’académie de tennis toujours prêt à filmer des scènes de la vie quotidienne, se montrant ainsi l’héritier de son père en matière de cinéma. Hal Incandenza est lui un joueur de tennis brillant et un élève surdoué. Son équilibre mental demeure toutefois précaire du fait de ses nombreuses névroses et de sa dépendance à la marijuana.

Si le propos d’Infinite Jest est loin d’être joyeux, je tiens tout de même à souligner l’humour, souvent noir, de David Foster Wallace qui n’hésite pas à faire de la place à des personnages secondaires prétextes à une histoire loufoque. Je pense à ce joueur de tennis qui, raquette d’une main et pistolet de l’autre, dispute chaque partie en menaçant de se suicider s’il ne remporte pas la victoire. Ou encore à cette famille décimée par les efforts de réanimation au bouche à bouche de chacun sur un de ses membres qui avait avalé une substance toxique alors que cette substance se transmet par la respiration. Bref du grand n’importe quoi livré avec sérieux. Une sorte de blague sans limite…

Pour aller plus loin, je vous propose d’aller lire le commentaire très complet publiée par Simon Brousseau sur Salon Double, l’observatoire de la littérature contemporaine.
Aussi ce wiki en anglais réalisé par des étudiants du Walter Payton College Prep.
Et de nouveau le lien vers le document qui fait le lien entre tous les personnages : cliquez sur free download pdf en haut.
Pour finir, la page wikipedia du roman.

Et n’oubliez pas : tout amateur de littérature doit lire Infinite Jest !

Cher amour, Bernard Giraudeau

Je connaissais Bernard Giraudeau l’acteur. Mais pas Bernard Giraudeau le voyageur et l’écrivain. C’est un homme qui avait plusieurs casquettes. Cher amour est le dernier roman qu’il a publié avant son décès.

Dans ce roman, il s’adresse à une femme imaginaire. Une femme qu’il idéalise : elle est celle qu’il n’a pas encore rencontré. Mi correspondance, mi journal de bord, ce roman expose les différents voyages faits par le narrateur récemment. Il raconte ses voyages à cette femme qu’il imagine parisienne sédentaire. Il part dans l’Amazonie profonde et il visite le Chili en compagnie d’anciens opposants à Pinochet. À l’occasion de tournages, il parcourt les Philippines de l’excès et le Cambodge qui se remet des Khmers rouges. Le voyage le plus émotif est peut-être celui qui le voit remettre les pieds sur le navire la Jeanne d’arc qu’il avait connu dans sa jeunesse comme marin. À son bord, il se dirige vers Djibouti, port et porte d’entrée vers l’Afrique de l’Est.

Ces voyages sont l’occasion pour le narrateur de quitter la frénésie occidentale et de poser un regard sur des sociétés et des personnes qu’on n’entend pas souvent, voire pas du tout. Il y a chez Bernard Giraudeau une capacité d’émerveillement salutaire. Ses textes sont parfois empreints d’une certaine poésie qui fait ressortir la beauté de la pauvreté, de l’insolite et du laid. Le tout sans voir le monde à travers les lunettes roses d’un touriste occidental admiratif de l’authenticité du Tiers Monde.

Bernard Giraudeau entremêle aussi ses récits d’anecdotes de théâtre et de tournages de films, ce sont des moments très intéressants pour qui s’intéresse au monde du spectacle vu de l’intérieur. Même après des dizaines d’années d’expérience sur la planches et devant les caméras, le trac se manifeste toujours au moment d’entrer en scène.

Lorsqu’il voyage, Bernard Giraudeau filme les rencontres qu’il fait, les visages de ses interlocuteurs. Il veut capturer ce qu’il voit. Malheureusement quand vient le temps de restituer sur papier ses expériences de voyage, il le fait dans un style qui passe souvent du coq à l’âne, au gré de ses pensées et des anecdotes historiques dont il émaille son récit. Les passages passionnants auraient gagné à ressortir un peu plus au lieu d’être perdus dans une ensemble d’impressions pas toujours intéressantes pour le lecteur. Tout cela fait que je ne suis entré dans le texte. J’ai lu ce livre distraitement alors que je ne lui trouve pas vraiment de défauts. Un rendez-vous manqué avec ce Cher amour.

Vol au-dessus d’un nid de coucou, Ken Kesey

Dans la série « j’ai pas vu le film mais j’ai lu le livre » (voir le facteur sonne toujours deux fois), je viens de terminer Vol au dessus d’un nid de coucou de l’auteur américain Ken Kesey.

Dans l’État de l’Oregon, un service psychiatrique fonctionne de manière routinière sous la férule de Miss Ratched, l’infirmière chef qui domine les patients et le personnel soignant. Jusqu’au jour où arrive un certain McMurphy, une grande gueule qui s’est fait passé pour fou afin d’échapper à la prison. Son arrivée et son style bousculent une machine bien huilée et une sourde confrontation va l’opposer à Miss Ratched.

Vol au-dessus d’un nid de coucou relate une véritable guerre psychologique où ni Miss Ratched ni McMurphy ne veulent céder un pouce de terrain à l’autre. J’étais un peu inquiet au moment de commencer ce livre : l’ambiance d’un hôpital psychiatrique n’avait rien pour me réjouir. Mais loin d’être sombre, ce roman est un hommage à la vie et à la liberté. Le personnage de McMurphy insuffle un élan de joie dans un milieu où tout est contrôlé. Par sa verve et ses airs goguenards, il est celui qui conteste l’autorité et l’arbitraire et il est celui qui va faire revivre les patients de l’asile. Et ces patients qui jouent le rôle de personnages secondaires viennent parfaitement soutenir l’intention de l’auteur : sont-ils des fous ou des inadaptés sociaux ? Le narrateur du roman est d’ailleurs un des pensionnaires de l’asile. Tout le monde croit à tort qu’il est sourd et muet mais il choisit simplement de ne pas communiquer. Quel intérêt de le faire dans un système où cela finit toujours par se retourner contre vous ? J’ai un peu moins aimé les moments de délire du narrateur, je ne suis jamais passionné par ce genre de scènes quel que soit l’auteur.

Voilà donc un livre qui se veut un hommage à la liberté dans son acception masculine disons : aller à la pêche, rigoler entre amis, boire de l’alcool, draguer les filles et surtout braver les interdits.

Même si je n’ai pas vu le film de Milos Forman, j’ai imaginé tout au long du roman le personnage de McMurphy sous les traits de Jack Nicholson. Ça cadrait vraiment bien avec le bonhomme.

Insultingly stupid movie physics, Tom Rogers

Voilà un livre que je n’aurais jamais eu l’idée de lire s’il ne m’avait pas été offert par un ingénieur.

L’auteur, Tom Rogers, en avait assez de voir les principes élémentaires de la physique complètement malmenés par l’industrie du film. Notant toutes les invraisemblances de nombreux films, il offre avec cet ouvrage un véritable cours de physique pour les cinéphiles.

Hollywood possède en effet la fâcheuse manie de réécrire les lois de la physique pour les besoins du divertissement. L’énergie, la gravité, la force, l’accélération sont autant de lois au mieux contournées et au pire niées par les studios de cinéma.

Deux constats à la lecture de ce livre au titre intraduisible en français : mes derniers cours de physique remontent à plus de 15 ans et je préfère regarder les deux zigotos de Mythbusters faire leurs expériences que lire ce livre. Ne vous méprenez pas, il est très intéressant et j’ai appris pas mal de choses (il est apparemment impossible de mettre le feu à une flaque d’essence avec une cigarette allumée) mais ça reste un ouvrage scientifique. Moi qui lit pour me divertir, j’ai vu mon attention diminuer à la première équation. L’auteur aime faire la démonstration de ce qu’il avance à l’aide de calculs. Heureusement, ces sections sont dans des encadrés et peuvent être passées si ça ne vous intéresse pas vraiment. J’ai aussi remarqué quelques répétitions au niveau des films cités : Tom Rogers a en particulier une dent contre Speed et Matrix. J’ai apprécié le fait qu’on sorte un peu du monde du cinéma : Tom Rogers revient sur l’assassinat de JFK et sur les attentats du 11 septembre 2001 et en profite pour démonter toutes les théories du complot qui ont fleuri à la suite de ces événements. Petit bonus pour les ultra geeks, Tom Rogers propose un comparatif exhaustif entre Star Wars et Star Trek pour déterminer lequel de ces deux mastodontes de la science-fiction est le plus réaliste du point de vue de la physique (ou en tout cas le moins pire).

Je trouve que c’est un ouvrage qui devrait faire naître de bonnes idées pour les professeurs de physique qui veulent aborder leur matière sous un jour différent. Qui sait, si moi aussi j’avais eu un professeur de physique aussi passionnant que l’auteur de ce livre, j’aurais peut-être persévéré un peu plus dans les matières scientifiques.

Une chose est sûre : après avoir lu Insultingly stupid movie physics, vous ne regarderez plus un film d’action ou un film de science-fiction de la même manière. Votre esprit critique en sera plus aiguisé.

Va, vis et deviens, Radu Mihaileanu et Alain Dugrand

Pour une fois un roman est adapté d’un film et non l’inverse. Plus précisément, le roman a été adapté du scénario écrit par Radu Mihaileanu pour son film qui porte le même nom : Va, vis et deviens.

On y suit l’histoire des Falashas, ces juifs éthiopiens qu’on appelle aussi les Beta Israël. En 1984 a lieu une opération secrète visant à les évacuer vers Israël via des camps de réfugiés au Soudan. C’est dans un de ces camps qu’une mère chrétienne pousse son fils âgé de 9 ans à prendre la place d’un enfant juif décédé. Elle le chasse d’une gifle et lui dit ces mots simples mais lourds de sens : va, vis et deviens ! Une fois arrivé sur le territoire israélien, il est renommé Schlomo et découvre un monde complètement nouveau pour lui. Commence alors une vie à laquelle il n’aurait pas du avoir droit, n’eût été de la volonté de sa mère et du terrible secret qu’il porte : il n’est ni juif ni orphelin.

Voilà un livre que j’ai trouvé intéressant. D’abord parce qu’il fait connaître au lecteur l’existence de juifs africains. Mais c’est avant tout un roman sur l’identité. Comment se définir quand on ne possède pas les codes de la société dans laquelle on vit ? Comment se construire alors qu’on a le sentiment d’être un usurpateur ? Schlomo subit le racisme, l’ostracisme, la pitié, l’envie… C’est pour lui un rude apprentissage du judaïsme et de la vie dans une société occidentale. La tolérance et l’amour auront toutefois raison de bien des obstacles. Le déroulement de l’histoire est certes convenu. Je ne surprendrai personne en révélant que le livre se termine bien. Il fallait un happy ending cinématographique. Mais l’évolution du personnage principal est globalement bien menée.

Ce roman m’a permis de plonger au cœur de la société israélienne avec ses vagues d’immigration successives et les politiques d’intégration des autorités, la vie en communauté dans les kibboutz, les sensibilités religieuses diverses et les tensions avec les Palestiniens. Tout cela m’a donné envie de mieux connaître Israël par le biais de sa littérature. Les visiteurs de ce blogue auraient-ils quelques suggestions à me faire ?