Rêves de Bunker Hill, John Fante

Rêves de Bunker Hill est le troisième roman de John Fante que je lis après Bandini et Mon chien Stupide. Rêves de Bunker Hill est le dernier roman écrit par John Fante. Il sera publié après sa mort en 1983.

Rêves de Bunker Hill - John Fante

Tout comme Bandini, Rêves de Bunker Hill est une autobiographie romancée où John Fante laisse la parole à son alter ego Arturo Bandini. Fraîchement arrivé à Los Angeles et employé dans une gargote, Bandini se voit proposer un travail dans ses cordes : assistant d’un éditeur. Son rôle est de lire les manuscrits que la maison d’édition reçoit et de réécrire ceux qui ont du potentiel. Cela ne dure qu’un temps car Bandini rejoint bientôt un studio de cinéma comme scénariste. Outre les aventures professionnelles de Bandini, John Fante raconte les moments où Bandini cherche à séduire quelques femmes, avec plus ou moins de succès.

Rêves de Bunker Hill est une sorte de roman d’apprentissage : Bandini a envie de réussir, de gagner de l’argent. Il se frotte à un Los Angeles riche en personnages excentriques à souhait. Mais Bandini ne sait pas ce qu’il veut vraiment car malgré une réussite matérielle certaine, il ne se satisfait pas d’un travail dans lequel il ne s’accomplit pas. Il est partagé entre le confort matériel qui lui permettra de bien vivre et d’étaler sa réussite à sa famille et à ceux qui l’entourent et la volonté d’être reconnu pour ses talents d’écrivain et de scénariste. Pour preuve de son ambivalence, Bandini refuse de collaborer avec une scénariste sur un film car celle-ci trahit complètement la première version du scénario qu’il avait écrit, se privant ainsi de confortables revenus et d’un début de reconnaissance dans le milieu hollywoodien. Par ailleurs, sans le sou, il revient dans son Colorado natal mais plutôt que d’admettre son échec à percer, il cherche malgré tout à impressionner ses anciens amis et sa famille.

Rêves de Bunker Hill est le roman d’un jeune homme qui se cherche. Une chronique douce amère de la vie d’un jeune écrivain à Los Angeles. Car c’est là le talent de John Fante : se raconter tout en nuances et, que l’épisode narré soit drôle ou triste, toujours faire naître un sourire sur les lèvres du lecteur. Ce roman confirme l’attrait que je me suis découvert pour John Fante. Tout porte donc à croire que je n’ai pas fini d’en parler ici !

Publicités

Va, vis et deviens, Radu Mihaileanu et Alain Dugrand

Pour une fois un roman est adapté d’un film et non l’inverse. Plus précisément, le roman a été adapté du scénario écrit par Radu Mihaileanu pour son film qui porte le même nom : Va, vis et deviens.

On y suit l’histoire des Falashas, ces juifs éthiopiens qu’on appelle aussi les Beta Israël. En 1984 a lieu une opération secrète visant à les évacuer vers Israël via des camps de réfugiés au Soudan. C’est dans un de ces camps qu’une mère chrétienne pousse son fils âgé de 9 ans à prendre la place d’un enfant juif décédé. Elle le chasse d’une gifle et lui dit ces mots simples mais lourds de sens : va, vis et deviens ! Une fois arrivé sur le territoire israélien, il est renommé Schlomo et découvre un monde complètement nouveau pour lui. Commence alors une vie à laquelle il n’aurait pas du avoir droit, n’eût été de la volonté de sa mère et du terrible secret qu’il porte : il n’est ni juif ni orphelin.

Voilà un livre que j’ai trouvé intéressant. D’abord parce qu’il fait connaître au lecteur l’existence de juifs africains. Mais c’est avant tout un roman sur l’identité. Comment se définir quand on ne possède pas les codes de la société dans laquelle on vit ? Comment se construire alors qu’on a le sentiment d’être un usurpateur ? Schlomo subit le racisme, l’ostracisme, la pitié, l’envie… C’est pour lui un rude apprentissage du judaïsme et de la vie dans une société occidentale. La tolérance et l’amour auront toutefois raison de bien des obstacles. Le déroulement de l’histoire est certes convenu. Je ne surprendrai personne en révélant que le livre se termine bien. Il fallait un happy ending cinématographique. Mais l’évolution du personnage principal est globalement bien menée.

Ce roman m’a permis de plonger au cœur de la société israélienne avec ses vagues d’immigration successives et les politiques d’intégration des autorités, la vie en communauté dans les kibboutz, les sensibilités religieuses diverses et les tensions avec les Palestiniens. Tout cela m’a donné envie de mieux connaître Israël par le biais de sa littérature. Les visiteurs de ce blogue auraient-ils quelques suggestions à me faire ?