Le sourire étrusque, José Luis Sampedro

Je vous ressors un livre du fond de ma bibliothèque ! Le sourire étrusque est un roman publié en 1985 par l’auteur espagnol José Luis Sampedro qui est décédé en 2013 à l’âge de 96 ans.

sourire étrusque

Salvatore Roncone est un vieil homme qui vient d’un village dans le sud de l’Italie. Il est  malade et vient vivre chez son fils Renato à Milan, marié à Andrea, une belle-fille qu’il apprécie peu et leur bébé. Le choc est puissant entre les habitudes rurales de Salvatore qui est plutôt de la vieille école et la vie urbaine à Milan où les femmes travaillent, où les hommes sont impliqués dans la vie des bébés et où, comble du comble, la nourriture est sans saveur. Mais le vieil homme se prend d’affection pour son petit fils, ce qui fera rejaillir de nombreux souvenirs de sa jeunesse et de l’époque où il était partisan dans les montagnes pendant la seconde guerre mondiale.

Le sourire étrusque est un roman sur la beauté de la vie, sur tous les moments importants et sur le temps qui passe qui nous rend plus sages. Alors évidemment il y a de bons sentiments mais on se laisse prendre par l’histoire de cet homme qui parvient à dépasser les rivalités du passé qu’il a laissées dans son village et qui, au crépuscule de la vie, retrouve une joie de vivre et inspire ceux qui l’entourent. José Luis Sampedro possède les mots justes pour toucher le lecteur et passer un formidable message d’amour. Un avertissement tout de même : la scène finale est très émouvante, préparez vos mouchoirs.

Don Quichotte, Cervantès

Voilà une lecture qui m’aura occupé un certain temps.
Jusqu’à ce que je lise Don Quichotte, ce personnage était pour moi un chevalier espagnol qui combattait des moulins à vent pensant qu’il avait affaire à des géants. Mais ce passage n’est qu’un court épisode dans un roman riche en événements. Il est d’ailleurs présenté comme une des premières aventures de Don Quichotte.

Ce livre relate l’épopée d’un fou et d’un idiot. Don Quichotte se prend pour un chevalier errant, comme ceux qu’il a l’habitude de cotoyer dans les romans de chevalerie qu’il lit. Il décide de battre la campagne espagnole à la recherche d’aventures qui pourraient rehausser sa renommée comme chevalier. Flanqué d’un paysan qu’il a recruté comme écuyer, Sancho Panza, et perché sur un canasson nommé Rossinante, il affirme faire le bien pour que sa promise, Dulcinée du Toboso, le considère comme digne de devenir son époux. Or cette Dulcinée est une paysanne qu’il n’a jamais vu et qui ignore tout de son existence. Ces aventures qui ne manquent pas d’arriver à Don Quichotte se retournent souvent contre lui : quand il ne fait pas plus de mal que de bien aux personnes qu’il veut aider, lui et Sancho se font battre très sévèrement. Mais Don Quichotte, auto-proclamé Chevalier à la Triste Mine puis Chevalier aux Lions, se considère comme victime d’enchanteurs plutôt que d’admettre qu’il est fou. Rien ne l’empêche d’aller de l’avant dans sa quête du bien et de la justice. Don Quichotte est un idéaliste envers et contre tout, ce qui donne le prétexte à de nombreuses scènes où il se ridiculise.

L e récit est livré au lecteur par un narrateur qui lit le compte-rendu d’un certain Sidi Hamet Ben Engeli, historien musulman fictif qui a soit-disant reconstruit la vie de Don Quichotte (un bel exemple de métafiction). Les mises en abyme sont multiples : le texte comporte deux ou trois nouvelles qui, apparemment sans rapport avec Don Quichotte, sont le prétexte à de nouvelles aventures. Ces digressions sont intéressantes car elles présentent une certaine vision de l’amour, un préromantisme qui veut que malgré les conventions sociales, un homme et une femme qui s’aiment finissent unis. Mais même si le roman est riche en rebondissements, il est franchement ennuyeux par moments. Je pense en particulier aux débats sur les livres de chevalerie, leur valeurs et l’existence même de ces chevaliers. Le roman est long : le deuxième tome est de trop. Je l’ai beaucoup moins aimé car le ton y est très différent du premier. Dans le tome I, le personnage principal est simplement ridicule en raison de l’opposition constante entre la réalité et sa lubie d’être un chevalier errant. Et même quand le curé et le barbier de son village le trompent pour l’aider, ils sont bien intentionnés. Mais dans le tome II, le duc et la duchesse trompent Don Quichotte pour se moquer de lui et de Sancho. Le personnage n’est plus ridicule, il est sympathique. Cervantès, par ce deuxième tome qui est paru plusieurs années après le premier, veut contrer le travail d’un plagiaire qui s’était approprié ses personnages en écrivant une suite à ses aventures. D’ailleurs Cervantès fait mourir son personnage à la fin du roman afin que personne n’ait la tentation d’exploiter sa renommée.

Le personnage de Don Quichotte est vraiment incroyable. Il est bien évidemment fou mais seulement en ce qui concerne la chevalerie. C’est un esprit clair et plein de bons sens sur tous les autres sujets. Je ne peux pas s’empêcher d’avoir une certaine tendresse pour lui malgré sa folie. Il affirme le droit au rêve et à l’utopie. J’envie Don Quichotte  car il est sûr de lui et convaincu du bien fondé de ses actions. Son code moral, aussi anachronique qu’il soit, a le mérite de rappeler certains principes. Reste que Don Quichotte et Sancho Panza sont deux imbéciles heureux qui se sont bien trouvés.

Je termine ce commentaire par quelques mots d’Henry de Montherlant qui signe l’introduction à l’édition que j’ai eue entre les mains. Cette citation pourra servir de guide à ceux qui comme moi ne savent pas toujours comment aborder un classique de la littérature.
« Les esprits neufs qui prennent contact avec les oeuvres dites classiques doivent être mis en garde contre deux attitudes : le dénigrement systématique et surtout le respect systématique. (…) Si l’on étendait cette remarque à toutes les oeuvres littéraires, au lieu de se restreindre aux oeuvres dites classiques, on ajouterait : le silence systématique. (…) Le silence systématique est l’ambroisie des confrères. Le dénigrement systématique est le mousseux des journalistes. Le respect systématique est le pain des professeurs. »

Le jeu de l’ange, Carlos Ruiz Zafón

C’est pour moi une première incursion dans le monde de Carlos Ruiz Zafón, cet écrivain catalan qui domine le palmarès des ventes dans de nombreux pays.

Dans le Barcelone des années 20, David Martin est un jeune journaliste qui a l’ambition de devenir écrivain. Il se fait exploiter par une petite maison d’édition pour qui il écrit des romans de gare sous un pseudonyme. Mais David a d’autres attentes, il veut être un écrivain reconnu pour la qualité de son œuvre littéraire. Il se lance alors dans l’écriture d’un livre plus personnel qui sera un échec commercial et critique. C’est quand son moral est au plus bas qu’il est contacté par Andreas Corelli, un homme étrange qui se prétend éditeur et qui lui propose un contrat très lucratif pour écrire un livre, un seul. David finit par s’apercevoir qu’il a signé un pacte avec le diable quand il apprend que Mr Corelli avait proposé il y a quelques années un arrangement similaire au sien à un autre écrivain qui est devenu fou et qui est mort dans des circonstances suspectes.

Le jeu de l’ange est un récit mi-fantastique mi-policier. J’ai beaucoup aimé découvrir le Barcelone du début du 20e siècle alors que l’architecte Gaudi venait de faire sa marque sur la ville (que je me dois de visiter un jour). L’ambiance gothique du roman donne une aura de mystère à Barcelone.
Par contre le roman est malheureusement peu original. Le thème du pacte avec le diable ne m’a pas séduit. Le jeu de l’ange est limite ennuyeux par moments. J’ai trouvé que l’intrigue était longue à se mettre en place et la partie où David Martin enquête sur le parcours de son prédécesseur est relativement convenue. De plus, le personnage principal ne m’est pas apparu comme vraiment sympathique. Ça a donc été difficile pour moi de me laisser absorber par le récit malgré toutes les péripéties que vit David Martin. En plus de poursuivre sa vocation littéraire et de lutter pour sa survie, il se brouille avec son meilleur ami, se meurt d’amour pour une femme qu’il n’aura jamais, veut sauver la librairie de son protecteur et prend sous son aile une jeune fille passionnée de littérature. Peut-être que Carlos Ruiz Zafón a essayé de mettre beaucoup de choses dans son roman. Toujours est-il que le jeu de l’ange ne m’a pas tenu en haleine. C’est dommage car je n’ai entendu que du bien de son précédent ouvrage l’ombre du vent.

Un miracle en équilibre, Lucia Etxebarria

Écrit par l’écrivaine espagnole Lucía Etxebarría, un miracle en équilibre est le journal d’une mère dans les semaines qui suivent la naissance de sa fille. Elle lui explique l’histoire de sa famille ainsi que le cheminement personnel qui l’a amené à devenir mère. Le récit mélange des considérations générales sur la vie et des anecdotes tantôt amusantes tantôt graves.

Malgré un début difficile (une introduction un peu longue et des justifications laborieuses sur ce qui va suivre), ce livre est agréable à lire. On est plongé dans de multiples mondes à commencer par ceux de la grossesse et de la maternité. J’ai retrouvé avec plaisirs quelques situations propres à la grossesse ainsi que des moments de bonheur avec un nouveau né. On suit également l’histoire de la famille Agullo dans l’Espagne moderne avec des détails de la vie quotidienne sous le franquisme. Des moments difficiles pour une famille notoirement républicaine. La narratrice est une femme moderne : elle est à contre-courant des idées traditionalistes de sa famille, elle voyage, elle est indépendante, elle en arrache dans son travail, elle peut compter sur ses copines proches, elle s’analyse beaucoup, admet ses faiblesses et ne voit pas toujours ses qualités. Ce livre est une histoire de la femme : celle qui a été, la mère de la narratrice, celle qui est, la narratrice elle-même et celle qui sera, le petit bébé. Touchant, drôle et captivant, un miracle en équilibre vous fera passer un bon moment.

Ma note : 3/5.