Trailerpark, Russell Banks

Après l’Oregon de Raymond Carver, allons faire un tour dans le New-Hampshire de Russell Banks avec Trailerpark.

Le lieu du roman est ce fameux trailerpark, ce parc à caravanes abritant des esquintés de la vie qui n’ont pas les moyens de se payer un « vrai » logement. Il est situé au bord d’un lac dans une petite ville nommée Catamount qui n’en finit plus d’agoniser depuis des décennies. Le parc à caravanes abritent des parents élevant seuls leurs enfants, un alcoolique, un drogué qui trafique du cannabis, une femme un peu folle qui élève des cochons d’Inde dans son mobile home, deux noirs perdus dans la blanche Nouvelle-Angleterre, un ancien militaire, un homosexuel discret et la gestionnaire du parc qui est prise dans un quotidien exigeant. Le plus normal de tous est ce retraité qui, faisant fi de sa bonne fortune, ne vit que pour pêcher dans la cabane qu’il installe sur le lac gelé en hiver.

Russell Banks propose avec Trailerpark le portrait cru d’un milieu social pauvre et sans perspectives au cœur des États-Unis modernes. Mais son propos n’est pas misérabiliste, il ne dresse pas un tableau sombre de la vie de ces personnages aux prises avec des difficultés. Sa plume est souvent ironique et laisse entrevoir une lecture très fine des comportements humains. Le roman est construit comme une suite de nouvelles. Mais loin d’être indépendants, ces chapitres proposent un éclairage particulier sur un des habitants du parc à caravanes tout en précisant en arrière-plan certains aspects de la vie des autres personnages. C’est ainsi qu’au fur et à mesure de la lecture, la vie de chacun nous est révélée à travers plusieurs points marquants. Russell Banks se joue de la chronologie car les chapitres ne se suivent pas de manière linéaire. Voilà donc un livre que j’ai trouvé très agréable à lire pour le style de Russell Banks et pour ses personnages attachants.

Pour en savoir plus sur Russell Banks, allez lire l’entrevue qu’il a accordée à Biblioblog.

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Tais-toi, je t’en prie, Raymond Carver

Raymond Carver est un auteur américain surtout connu pour ses recueils de nouvelles décrivant les milieux populaires en Oregon. Tais-toi, je t’en prie a été publié en 1976.

C’est toujours un exercice délicat de faire le résumé d’un recueil de nouvelles sans s’arrêter sur chacun des textes. Ce livre compte 21 nouvelles. Parmi celles qui ont particulièrement retenu mon attention il y a celle d’un enfant qui fait l’école buissonnière pour aller pêcher dans un ruisseau qu’on devine insalubre, celle du couple qui essaie sans succès de se rabibocher dans un resto, celle de la femme qui met ses charmes à contribution afin de vendre la voiture du ménage endetté, celle du couple qui s’installe dans un quartier sous l’œil méfiant du facteur et celle des deux couples d’amis qui se font une soirée à fumer des substances illicites (Oregon oblige).
Ces textes courts m’ont fait penser à des miettes de vie mais qui se suffisent à elles-mêmes pour que le lecteur puisse se faire une idée d’une réalité. Les nouvelles tournent autour de l’enfance, du couple, de la famille et de l’amitié. Tout cela est raconté sur fond de chômage, d’endettement et d’emmerdes quotidiennes. Il n’y a pas de glamour dans ces nouvelles de Raymond Carver. Il présente des gens de la classe moyenne urbaine et rurale : serveuse de restaurant, facteur, écrivain aux débuts difficiles, chômeur etc. De l’ordinaire format nouvelles.

J’ai beaucoup aimé le style de Raymond Carver qui est d’une sobriété admirable. Il suffit de quelques phrases pour être plongé dans la réalité de ses personnages. Il atteint des sommets quand il décrit des malaises familiaux comme dans la micro nouvelle (2 pages !) où les membres d’une famille s’aperçoivent au détour d’une conversation banale que le père ne ressemble  à personne dans la famille. Et que dire du texte décrivant un père déchiré quand vient le moment de se débarrasser de la chienne que ses enfants adorent mais qu’il considère comme un sale cabot ? Brillant.

Raymond Carver a un style minimaliste et redoutablement efficace. Ses nouvelles ne comportent pas de morale et pas nécessairement de chute en fin de texte. Juste des instantanés de la vie quotidenne. S’il n’avait pas été écrivain, Raymond Carver aurait assurément été un excellent photographe.

Vol au-dessus d’un nid de coucou, Ken Kesey

Dans la série « j’ai pas vu le film mais j’ai lu le livre » (voir le facteur sonne toujours deux fois), je viens de terminer Vol au dessus d’un nid de coucou de l’auteur américain Ken Kesey.

Dans l’État de l’Oregon, un service psychiatrique fonctionne de manière routinière sous la férule de Miss Ratched, l’infirmière chef qui domine les patients et le personnel soignant. Jusqu’au jour où arrive un certain McMurphy, une grande gueule qui s’est fait passé pour fou afin d’échapper à la prison. Son arrivée et son style bousculent une machine bien huilée et une sourde confrontation va l’opposer à Miss Ratched.

Vol au-dessus d’un nid de coucou relate une véritable guerre psychologique où ni Miss Ratched ni McMurphy ne veulent céder un pouce de terrain à l’autre. J’étais un peu inquiet au moment de commencer ce livre : l’ambiance d’un hôpital psychiatrique n’avait rien pour me réjouir. Mais loin d’être sombre, ce roman est un hommage à la vie et à la liberté. Le personnage de McMurphy insuffle un élan de joie dans un milieu où tout est contrôlé. Par sa verve et ses airs goguenards, il est celui qui conteste l’autorité et l’arbitraire et il est celui qui va faire revivre les patients de l’asile. Et ces patients qui jouent le rôle de personnages secondaires viennent parfaitement soutenir l’intention de l’auteur : sont-ils des fous ou des inadaptés sociaux ? Le narrateur du roman est d’ailleurs un des pensionnaires de l’asile. Tout le monde croit à tort qu’il est sourd et muet mais il choisit simplement de ne pas communiquer. Quel intérêt de le faire dans un système où cela finit toujours par se retourner contre vous ? J’ai un peu moins aimé les moments de délire du narrateur, je ne suis jamais passionné par ce genre de scènes quel que soit l’auteur.

Voilà donc un livre qui se veut un hommage à la liberté dans son acception masculine disons : aller à la pêche, rigoler entre amis, boire de l’alcool, draguer les filles et surtout braver les interdits.

Même si je n’ai pas vu le film de Milos Forman, j’ai imaginé tout au long du roman le personnage de McMurphy sous les traits de Jack Nicholson. Ça cadrait vraiment bien avec le bonhomme.