Hygiène de l’assassin, Amélie Nothomb

Je vous disais en novembre 2007 vouloir faire une pause de quelques mois en ce qui concerne les livres d’Amélie Nothomb. Cette pause aura tout de même duré 3 ans et demi, jusqu’à ce que je me décide à me lancer dans la lecture d’Hygiène de l’assassin, le premier roman d’Amélie Nothomb paru en 1992.

Un écrivain célèbre vivant comme un reclus reçoit plusieurs journalistes les uns après les autres. Malgré son âge avancé, il les démolit complètement par ses colères, sa répartie et son mode de vie jusqu’à ce que se présente une jeune femme sur qui ses manières de rustre n’ont pas de prise.

Ce qui m’a surpris de prime abord est le fait que ce roman est composé dans sa totalité de dialogues. Ces derniers donnent un rythme soutenu au roman, d’autant que les différents interlocuteurs se répondent du tac au tac et font preuve d’une répartie cinglante. Le texte est digne d’une pièce de théâtre. A-t-il déjà été adapté sur une scène ? Il est savoureux de lire les différents personnages jouant au chat et à la souris afin de se prendre mutuellement en défaut.

Le roman est percutant aussi sur le fond. Les interviews de l’auteur nous entraînent dans les bas fond de l’être humain ou plutôt dans une réalité très physique. Le contraste est saisissant entre la volonté d’abstraction des trois premiers journalistes et ce romancier très ancré dans le physique. Il est question d’abus de nourriture, d’obésité, de handicap, de soumission, de sexualité, d’ inceste et de meurtre. Le lecteur en prend plein la vue. L’enfance du romancier, histoire dans l’histoire, ajoute une certaine profondeur au roman en abordant le thème du paradis perdu et du refus de grandir.

Entre gore et gothique, Hygiène de l’assassin est un très bon roman. Quand on pense que c’est un premier roman, on comprend que la critique se soit enthousiasmée pour Amélie Nothomb et son style. Me voilà donc réconcilié avec Amélie Nothomb et je ne pense pas attendre 3 ans et demi avant de me lancer dans un autre de ses romans.

 

Du même auteur :

Cher amour, Bernard Giraudeau

Je connaissais Bernard Giraudeau l’acteur. Mais pas Bernard Giraudeau le voyageur et l’écrivain. C’est un homme qui avait plusieurs casquettes. Cher amour est le dernier roman qu’il a publié avant son décès.

Dans ce roman, il s’adresse à une femme imaginaire. Une femme qu’il idéalise : elle est celle qu’il n’a pas encore rencontré. Mi correspondance, mi journal de bord, ce roman expose les différents voyages faits par le narrateur récemment. Il raconte ses voyages à cette femme qu’il imagine parisienne sédentaire. Il part dans l’Amazonie profonde et il visite le Chili en compagnie d’anciens opposants à Pinochet. À l’occasion de tournages, il parcourt les Philippines de l’excès et le Cambodge qui se remet des Khmers rouges. Le voyage le plus émotif est peut-être celui qui le voit remettre les pieds sur le navire la Jeanne d’arc qu’il avait connu dans sa jeunesse comme marin. À son bord, il se dirige vers Djibouti, port et porte d’entrée vers l’Afrique de l’Est.

Ces voyages sont l’occasion pour le narrateur de quitter la frénésie occidentale et de poser un regard sur des sociétés et des personnes qu’on n’entend pas souvent, voire pas du tout. Il y a chez Bernard Giraudeau une capacité d’émerveillement salutaire. Ses textes sont parfois empreints d’une certaine poésie qui fait ressortir la beauté de la pauvreté, de l’insolite et du laid. Le tout sans voir le monde à travers les lunettes roses d’un touriste occidental admiratif de l’authenticité du Tiers Monde.

Bernard Giraudeau entremêle aussi ses récits d’anecdotes de théâtre et de tournages de films, ce sont des moments très intéressants pour qui s’intéresse au monde du spectacle vu de l’intérieur. Même après des dizaines d’années d’expérience sur la planches et devant les caméras, le trac se manifeste toujours au moment d’entrer en scène.

Lorsqu’il voyage, Bernard Giraudeau filme les rencontres qu’il fait, les visages de ses interlocuteurs. Il veut capturer ce qu’il voit. Malheureusement quand vient le temps de restituer sur papier ses expériences de voyage, il le fait dans un style qui passe souvent du coq à l’âne, au gré de ses pensées et des anecdotes historiques dont il émaille son récit. Les passages passionnants auraient gagné à ressortir un peu plus au lieu d’être perdus dans une ensemble d’impressions pas toujours intéressantes pour le lecteur. Tout cela fait que je ne suis entré dans le texte. J’ai lu ce livre distraitement alors que je ne lui trouve pas vraiment de défauts. Un rendez-vous manqué avec ce Cher amour.