Le berceau du chat, Kurt Vonnegut

Vous vous souvenez de Slaughterhouse 5 ? Et bien j’ai décidé de retâter de l’univers de Kurt Vonnegut avec un roman intitulé le berceau du chat. Je n’ai pas été déçu.

le berceau du chat Kurt Vonnegut

Le narrateur du berceau du chat prépare un ouvrage sur la journée du 6 août 1945, jour où les Etats-Unis ont largué la première bombe atomique sur Hiroshima. Pour ce faire, il cherche à savoir comment le Dr Felix Hoenniker, un des scientifiques ayant participé au projet Manhattan, avait vécu cette journée. En interrogeant ses proches, il découvre que cet homme était très spécial et que ses trois enfants sont tout aussi originaux à leur manière.

Ce récit à la première personne m’a séduit dès les premières pages en raison des références à une mystérieuse philosophie morale que j’ai d’abord pensé être orientale mais qui s’est plutôt avérée caribéenne. Le bokonisme est en effet pratiqué en secret dans la fictive île de San Lorenzo où le narrateur suit les traces d’un des enfants Hoenniker. Cette philosophie/religion un peu loufoque sous des airs pourtant tout à fait sérieux contribue au ton décalé du roman. Le texte devient même très barré à un moment donné, un procédé qui souligne le pessimisme de Kurt Vonnegut en ce qui concerne l’être humain. En fait, c’est surtout la science qui inquiète Vonnegut et qui explique son peu de foi en l’humanité. En effet, le Dr Hoenniker, outre sa contribution à l’invention de la bombe atomique, a mis au point la Glace-9, une formule digne d’un ouvrage de science-fiction qui transforme le liquide en solide. Cette crainte d’une mauvaise utilisation de la science n’est pas étonnante dans le contexte de la Guerre Froide dans lequel le roman a été publié (en 1963, soit au lendemain de la crise des missiles à Cuba). Autre thème récurrent lié à l’époque, la notion de contrôle de la population par un gouvernement. En effet l’île de San Lorenzo est une dictature qui perdure grâce à un équilibre artificiel entre la peur instaurée par l’Etat et une religion officiellement interdite mais dans les faits complice du gouvernement. Toute ressemblance avec des personnes ou une situation existantes n’est évidemment que fortuite…

Ne craignez toutefois pas un roman pesant avec des thématiques sombres ! C’est tout le contraire car Kurt Vonnegut excelle dans l’humoir noir et dans l’art de manier l’ironie. Et si vous vous demandez ce qu’est le berceau du chat qui donne son titre au roman, sachez qu’il s’agit d’un jeu qui se joue à la main avec des élastiques ou des ficelles afin de faire des figures. J’y vois l’intention de montrer que l’être humain reste avant tout un enfant qui ne peut se voir confier que des jeux et rien de plus sérieux, sous peine de conséquences très graves.

10 ans de blog littéraire : les livres que vous auriez dû lire !

J’ai été indulgent avec certains billets que vous n’avez pas lus. Par contre, je ne vous comprends pas pour plusieurs autres : vous avez boudé d’excellents livres et je vous en veux ! En voici quelques-uns.

livres pas lus FranceMistouk de Gérard Bouchard : j’ai vibré à la lecture de cette saga familiale dans la région du lac Saint-Jean ! A lire pour ceux qui veulent découvrir la littérature québécoise en plus d’en apprendre sur la vie des Canadiens français.

Les lance-flammes de Rachel Kushner : une super découverte ! j’ai été transporté par une belle narration entre l’extrême gauche italienne des années 70 et le milieu de l’art contemporain new-yorkais. Un roman avec du souffle !

Tobacco Road de Erskine Caldwell : Erskine Caldwell est un des auteurs américains les moins connus mais dès que vous creusez un peu, vous voyez son nom émerger comme influence de nombreux auteurs. Ce roman réaliste de la misère rurale des années 30 est remarquable pour son humour noir et sa galerie de personnages. Je dois vous proposer d’autres romans de cet auteur pour vous convaincre de jeter un œil à son œuvre.

Le pouvoir du chien de Thomas Savage : un vieux roman sorti des tiroirs par les éditions Belfond. Il s’agit d’un huis clos au pays des cow-boys avec deux frères aux caractères diamétralement opposés. Une lecture haletante à haute tension !

The Goldfinch de Donna Tartt : on ne présente plus Donna Tartt. Vous connaissez ce roman sous son titre français, le chardonneret. Impossible de ne pas se laisser happer par le récit haletant de la vie du jeune Théo entre New-York et Las Vegas. Le fait que j’ai présenté ce billet sous son titre en version originale a pu limiter son audience.

La mesure d’un continent de Raymonde Litalien, Jean-François Palomino et Denis Vaugeois : parmi tous les livres que vous n’avez pas lus, s’il y en a un où je veux bien être indulgent c’est celui-ci. Alors que je mentionne souvent des romans, il s’agit là d’un ouvrage consacré à l’histoire de l’Amérique du Nord au travers de la cartographie. Ouvrage complet et qualitatif proposé par les éditions Septentrion, il saura contenter les lecteurs les plus exigeants.

Hongrie-Hollywood Express d’Eric Plamondon : si vous suivez l’actualité littéraire du Québec, vous savez certainement déjà que les éditions du Quartanier sont parmi les plus novatrices du milieu. J’ai choisi de retenir ce roman, premier volet de la trilogie écrite par Eric Plamondon, à la fois pour sa structure originale mais aussi pour le regard de l’auteur et les liens qu’il fait entre plusieurs événements. Vous n’avez pas vraiment lu ce billet car vous n’aviez pas besoin de moi pour être convaincu de vous y intéresser🙂

Et vous ? Y a-t-il des livres qui vous ont conquis récemment et à côté desquels je suis passé ?

Le prix de la chose, Joseph Elfassi

Imaginez un monde où les femmes font payer aux hommes les relations sexuelles. Pas juste les prostituées ou les escortes mais toutes les femmes : les copines, les épouses, les maîtresses… C’est ce qui se passe un beau jour au Québec où Louis se voit demander 200 dollars par Myriam pour la relation sexuelle qu’ils viennent d’avoir. Cette nouvelle donne va avoir de sérieuses conséquences sur les relations hommes-femmes et sur le fonctionnement de la société dans son ensemble.

Le prix de la chose - Joseph Elfassi

Avec ce court roman aux airs de novella, Joseph Elfassi invente l’uchronie sexuelle. Dans ce temps qui n’existe pas, la domination masculine sur les femmes (sexuelle, professionnelle…) est contrée par une mesure forte proposée par une mystérieuse entreprise privée nommée F. qui recrute toujours plus de femmes pour faire payer les hommes. La culture du viol est par ailleurs éliminée de manière radicale grâce aux avancées scientifiques menées par des chercheuses.

J’ai apprécié l’idée de départ proposée par l’auteur. Elle témoigne d’une originalité et d’une réflexion sur l’actualité de nos sociétés occidentales (des sujets qui sont vrais autant au Québec qu’en France). Je n’irai pas jusqu’à caractériser Le prix de la chose comme un roman féministe mais je trouve intéressant que le sujet vienne d’un homme. La réflexion proposée par Joseph Elfassi est pertinente et le choix de traiter le sujet par la fiction plutôt que par l’essai est intéressant. En revanche, je regrette une narration qui m’a laissé l’impression d’être traitée à la va-vite et des personnages sans substance. Le travail de l’éditeur aurait pu être bien meilleur sur ces points et aurait permis d’éviter une impression d’inachevé.

J’ai lu ce roman dans le cadre de la Recrue du Mois.

L’année la plus longue, Daniel Grenier

J’ai loupé la sortie de ce roman de Daniel Grenier aux éditions Quartanier. Mais Flammarion a eu la riche idée de le publier en France. Je me suis donc procuré l’édition française de L’année la plus longue.

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Thomas Langlois est né un 29 février. Comme son aïeul Aimé. Du fait de leur date de naissance atypique, ni l’un ni l’autre ne vieillissent au même rythme que les autres. Ils ne vieillissent que d’un an tous les 4 ans. Albert, le père de Thomas, cherche à retracer le fil de la vie d’Aimé qui a vécu à plusieurs époques, à plusieurs endroits au Canada et aux Etats-Unis et, pour compliquer encore plus les choses, sous plusieurs identités. Cette quête de la trajectoire d’Aimé au travers des époques devient une véritable obsession pour Albert.

Disons le tout de suite, l’intérêt de L’année la plus longue ne réside pas dans son côté fantastique où ceux qui naissent le 29 février vieillissent plus lentement que le commun des mortels. Il ne s’agit là que d’une astuce, ou d’un beau prétexte, pour parler au lecteur de l’Amérique. L’année la plus longue est en fait un très bel hommage de Daniel Grenier au territoire américain. Et il faut entendre américain dans son sens littéral et non restreint aux Etats-Unis. Les pérégrinations d’Aimé puis de ses descendants au fil des années ont lieu sur un formidable terrain de jeu : le massif des Appalaches, des Monts Chics-Chocs au Québec jusqu’aux Alleghenies et aux Great Smokies plus au sud. Daniel Grenier nous gratifie en plus d’un passage dans le quartier de Saint-Henri de Montréal, écho au quartier auquel il rendait déjà hommage dans son premier ouvrage de fiction, Malgré tout, on rit à Saint-Henri. Mais le voyage proposé dans ce roman n’est pas que géographique. La longévité d’Aimé Langlois lui fait traverser les époques, à commencer par la prise de la ville de Québec par les Anglais en 1760 jusqu’à notre époque en passant par la guerre de Sécession et l’industrialisation dans les villes. Il en résulte une formidable fresque intelligemment construite et bien racontée. J’ai pour ma part découvert un territoire dont je ne soupçonnais pas la richesse.

Alors oui, parfois ça part un peu dans tous les sens et on ne sait pas toujours de qui c’est l’histoire. On passe de Thomas pour suivre longtemps Aimé, en passant par l’histoire d’Albert et de sa femme Laura. Mais encore une fois, les personnages ne sont que le prétexte pour peindre le portrait de l’Amérique moderne.

Dans un style très personnel, Daniel Grenier met en scène un narrateur/conteur qui casse à plusieurs reprises le « quatrième mur » de la narration. Un parti pris qui n’est pas sans rappeler un style journalistique très américain (journalisme narratif, nouveau journalisme…) où celui/celle qui rapporte les faits se met en scène et fait partie de ce qu’il/elle décrit. Là aussi donc, un parti pris très « américain » jusque dans le choix du mode narratif, histoire de savourer une américanité en français. D’autant que les éditions Flammarion ont eu l’intelligence et le respect de ne pas gommer les aspérités québécoises du texte de Daniel Grenier.

10 ans de blog littéraire : les livres que vous n’avez pas lus (et on ne peut pas vous en vouloir)

Alors que vous avez plébiscité certains livres au cours des 10 dernières années, vous avez totalement délaissé certains autres. J’ai donc exhumé plusieurs billets du fin fond du blog. Je comprends que certains ouvrages n’aient pas trouvé beaucoup d’écho de votre part. Petit florilège.

Livres pas lus France

Game of thrones de George R. R. Martin (tomes 1, 2, 3 et 4) : j’ai lu 4 tomes en anglais de cette désormais fameuse saga de George R. R. Martin. Ils se trouvent en fond de la liste des articles les plus consultés. Je vous comprends. Vous avez entendu parler de Game of Thrones à toutes les sauces ces 5 dernières années, d’où une certaine lassitude. Ou alors vous vous êtes dit : « pourquoi vous embêter à vous intéresser aux livres quand la série est déjà très qualitative et assez complète ? »

A heartbreaking work of staggering genius de Dave Eggers : là aussi un roman lu en anglais qui n’est pas dans mes billets les plus consultés. Vous n’auriez pas un peu du mal avec les romans en version originale ? Bon dans ce cas-ci, je vous pardonne. Malgré tout ce que j’ai pu lire d’élogieux dans les médias anglo-saxons à propos de Dave Eggers, j’ai été déçu par ce roman globalement geignard et superficiel.

La convocation de Herta Müller : Herta Müller a obtenu le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son oeuvre. Et pourtant vous n’avez pas été nombreux à lire ce billet. Pas d’excuse de la version originale (mon allemand est lamentable), je l’ai lu en français. Mais j’admets que le thème de la délation dans la Roumanie communiste n’est pas le plus joyeux de tous.

Une semaine de vacances de Christine Angot : là aussi le sujet du roman de Christine Angot est dur avec des scènes de perversion insupportables et une ambiance très pesante. C’est un roman qui de par son sujet ne s’adresse pas au plus grand nombre.

Le récital de Nicolas Gilbert : il s’agit là d’un roman dont vous n’avez sans doute pas entendu parler mais il est important pour moi. C’est le premier roman que j’ai chroniqué pour la Recrue du Mois. Je m’étais mis une certaine pression car c’était la première fois que j’écrivais sur un autre espace que le mien, avec une portée plus large. Et surtout avec des premiers auteurs qui lisent les billets parus sur La Recrue du Mois, voire qui les attendent. Je me souviens d’avoir apprécié ce roman au ton simple qui proposait une découverte du monde de la musique contemporaine.

Et par contre, vous avez boudé injustement certains livres. On s’en parle vite !

10 ans de blog littéraire : les livres que vous avez lus (et vous avez bien fait)

Vous me pardonnerez ce raccourci mais je vais considérer que les articles les plus consultés de ce blog correspondent aux livres que vous avez lus. C’est une manière de revenir sur les articles qui ont eu le plus de succès au cours des dernières années. Voici donc un extrait subjectif des billets que vous, lecteurs, avez plébiscités ces 10 dernières années.

Meilleurs livres France

Les frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski : c’est un classique de la littérature mondiale, assez complexe et long. Mais étant donné que vous êtes courageux et avides de vous frotter à des romans ambitieux, vous avez lu ce livre.

L’éducation sentimentale de Gustave Flaubert : là aussi un classique, français celui-ci. Vous revenez toujours vers Flaubert. La littérature française du XIXe siècle a une place spéciale dans votre coeur et je vous comprends. De plus, vous assumez votre goût pour les anti-héros.

Le pape des escargots d’Henri Vincenot : je reconnais bien là votre curiosité pour les romans atypiques. Celui-ci traite de la beauté du terroir bourguignon et de la richesse de la langue française quand elle prend des accents de l’Auxois et du Morvan. Le tout mis en musique par le formidable conteur qu’est Henri Vincenot.

Volkswagen Blues de Jacques Poulin : vous avez des envies de voyage et de découvertes. C’est pourquoi vous avez aimé ce road novel québécois qui vous fait voyager à travers l’Amérique française, de l’Atlantique au Pacifique.

Le Survenant de Germaine Guèvremont : A lire évidemment. LE roman du terroir québécois avec une opposition entre tradition et modernité. Et un regard sur la vie rurale dans les rangs au Québec.

Une saison dans la vie d’Emmanuel de Marie-Claire Blais : un roman très dur sur la misère d’une époque pas si lointaine. Vous avez lu ce livre malgré l’impression de malaise qu’il procure parce que Marie-Claire Blais est une auteure majeure qui aura le prix Nobel de littérature un jour.

Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer de Dany Laferrière : le premier roman de Dany Laferrière. A lire pour découvrir le style décapant de celui qui est aujourd’hui membre de l’Académie Française.

Sans surprise, on retrouve avec ce top des lectures les grandes thématiques du blog : beaucoup de littérature québécoise et des classiques. A noter que je ne retrouve pas un pan important du contenu de ce blog : la littérature américaine… On aura l’occasion d’en reparler dans un prochain billet🙂

Retombées de sombrero, Richard Brautigan

Intelligent, original et passionnant. Voici les 3 qualités de Retombées de sombrero, court roman de l’auteur américain Richard Brautigan.

Retombees de sombrero Richard Brautigan

Pourquoi ce roman m’a-t-il plu ? Parce qu’il mêle de manière improbable deux récits : celui des conséquences d’une rupture amoureuse et celui de la découverte d’un sombrero dans une rue d’une petite ville américaine. Ce croisement inattendu est rendu possible par une mise en abyme. Richard Brautigan raconte d’un côté le désespoir d’un auteur comique quitté par sa conjointe et de l’autre côté ce qu’il advient des protagonistes du dernier texte de cet auteur une fois que son brouillon a été jeté à la corbeille. C’est ainsi que l’on croise dans ce roman une japonaise endormie, un chat qui ronronne, un maire hystérique, un gouverneur alcoolique et bien sûr un auteur dont la récente rupture amoureuse exacerbe les névroses.

Le roman alterne une subtilité remarquable dans les sentiments humains et une surenchère dans la violence. Le tout avec un humour noir grinçant à souhait. Chapeau (désolé) pour cette idée géniale de sombrero qui déclenche une série d’événements plus fous les uns que les autres. Il faut avoir un cerveau à la fois créatif et pervers pour accoucher d’une histoire pareille. Et surtout pour y accoler une rupture somme toute banale mais présentée sous un angle très fin. Je suis ressorti conquis par Retombée de sombrero, avec l’envie de lire de nouveau du Brautigan (après avoir déjà lu Tokyo-Montana Express).

10 ans de blog littéraire : un bilan

En septembre 2006, j’appuyais sur le bouton « Publier » pour faire paraître un premier texte (d’abord sur une autre plateforme puis rapidement sur wordpress). 10 ans et 370 billets plus tard, ce blog est toujours là ! Et qui plus est, je continue à l’alimenter ! C’est mon premier motif de fierté, la constance dans la publication. Quand je regarde le nombre et la variété des livres que j’ai lus et commentés ici au cours des dernières années, je suis satisfait. Le blog a même souvent joué le rôle de déclencheur dans les lectures que j’ai faites, mission accomplie !

Mission accomplie et plus encore !

Ce qui avait commencé comme un bloc-notes personnel pour pallier une mémoire souvent trop courte concernant mes lectures s’est vite transformé en lieu d’échanges entre passionnés. Et c’est surtout ce que m’a apporté cet espace : l’envie d’aller plus loin dans la découverte de nouveaux auteurs et de nouveaux genres. Sans les commentaires laissés ici, je n’aurais peut-être pas eu spontanément l’envie de lire Dany Laferrière, François Mauriac, William Faulkner, Kim Thuy, Marie-Claire Blais ou encore Don DeLillo. Et ça marche dans les deux sens, quel plaisir lorsque vous m’écrivez que tel ou tel billet vous a donné envie de lire le livre dont je parle !

De la même manière, ce blog m’a donné la possibilité de rejoindre en 2009 l’équipe de la Recrue du Mois, une joyeuse bande de passionnés de littérature québécoise et de nouveaux talents littéraires. Merci à Venise de m’avoir proposé de contribuer à faire connaître les jeunes talents du milieu littéraire québécois. Cerise sur le gâteau, grâce à la Recrue du Mois, je peux m’enorgueillir d’avoir dépassé la barre symbolique de 100 livres québécois lus.

Petite fierté personnelle, j’ai été contacté il y a quelques années par un professeur qui a fait travailler sa classe sur ce blog. Ce sont ses élèves qui ont fait exploser le nombre de commentaires sur l’article consacré à Agaguk d’Yves Thériault.

Mais surtout, ce blog représente un exercice d’écriture que j’apprécié énormément. Je me suis rendu compte au cours de ces 10 dernières années que j’aimais et que j’avais besoin d’écrire. J’aime le fait de devoir réfléchir sur un roman pour en faire un compte-rendu fidèle sans gâcher le plaisir du futur lecteur. Poser des pensées par écrit me fait un bien fou.

Les tentatives avortées

Au cours des années, j’ai essayé un certain nombre de choses concernant ce blog, histoire de varier les plaisirs ou tout simplement d’expérimenter.
Par exemple, ce blog a eu sa page Facebook. Mais j’ai trouvé qu’il était compliqué de l’alimenter en contenu en parallèle du blog. Après une expérience de 2 ans environ, j’ai choisi de fermer la page Facebook pour me concentrer sur le blog lui-même.
J’ai aussi essayé plusieurs fois de sortir du strict commentaire de lecture avec des billets sur des sujets liés au livre. J’ai ainsi écrit à propos de ma première liseuse (j’en ai une nouvelle depuis), à propos des pages Facebook des maisons d’édition ou de la présence de bandeaux sur les livres. Ces billets ont eu leur petit succès d’audience mais j’ai pour le moment renoncé à poursuivre sur cette voie pour privilégier les compte-rendus de lecture. A renouveler peut-être.
Je me suis aussi posé la question de poster quelques commentaires en mode vidéo, à la façon des booktubeuses. Mais là aussi le temps nécessaire à la préparation et au tournage en lui-même m’ont fait renoncer. Et je suis plus à l’aise avec le texte qu’avec l’image et la vidéo (au contraire de la tendance actuelle du web, je sais…)

Les frustrations

En 10 ans, on a le temps de prendre du plaisir mais aussi de se retrouver frustré.
Ma principale frustration est de ne pas réussir à publier davantage. Par exemple, il y a encore une dizaine de livres que j’ai lus mais pas encore chroniqués. Cette liste m’obsède. J’ai réglé quelques cas fin 2015 avec une rafale de publications. Mais je traîne encore plusieurs livres que je dois encore commenter. Comme un boulet attaché à ma cheville. Ceci s’explique par le fait que la lecture est un loisir peut-être un peu moins important dans ma vie que quelques années auparavant. Ma vie professionnelle est plus prenante, les activités avec la famille plus nombreuses, d’autres loisirs ont aussi relégué la lecture et ce blog un peu plus bas dans les priorités.

J’aimerais aussi être plus actif dans la blogosphère littéraire. Je l’ai déjà été mais je me fais rare, voire totalement absent dans les commentaires des autres blogs littéraires. Pas par manque d’intérêt, loin de là, mais faute de temps. Il faut dire aussi que je ne suis pas aidé par l’inflation de blog consacrés aux livres. A tel point que j’ai renoncé à en faire le compte… Ce qui est un bon signe (espérons-le) pour le milieu de l’édition.

Un autre point qui me frustre légèrement est l’érosion du nombre de visites au fil des années. Certes je publie moins qu’avant et je suis un blog littéraire parmi des milliers d’autres. Mais vu la quantité d’articles publiés, je me dis que l’audience ne pourrait qu’augmenter au fil des années. Or la fréquentation de ce blog a été divisée par deux entre 2013 et 2015. La dépendance à Google et ses algorithmes fait mal. Pour les amateurs de chiffres, le blog compte depuis sa création 480 000 pages vues environ au moment d’écrire ces lignes.

Et l’avenir, me direz-vous ?

Le blog n’est pas mort ! On annonce régulièrement la mort du blog au profit des réseaux sociaux, des chaînes YouTube, des applications etc. Je n’en crois pas un mot. Le format peut changer et la lecture des blogs se fait de plus en plus sur mobile mais je veux croire à la valeur ajoutée et à l’intérêt d’un espace dédié à des lectures. Je vais donc continuer à parler de mes lectures et à partager mes impressions. Et pourquoi pas expérimenter de nouvelles choses.

Cette étape des 10 ans est l’occasion de vous remercier de votre passage, de vos commentaires et de vos amitiés, toutes virtuelles qu’elles soient. Mais cet anniversaire, c’est aussi l’occasion de vous demander ce que vous, lecteurs, attendez d’un blog de lecture et de ce blog en particulier. Quelques questions en vrac :

  • Qu’aimeriez-vous trouver ici ?
  • Qu’est-ce qui vous déplaît ici ?
  • Quels livres aimeriez-vous trouver ici ?
  • Que vous inspire ce blog : plaisir ? ennui ? découverte ? déjà-vu ?

 

Exil en la demeure, Jean Bello

Exil en la demeure est le premier roman de l’auteur Jean Bello. Je l’ai lu dans le cadre de la Recrue du mois.

Exil en la demeure Jean Bello

Exil en la demeure peut être résumé très simplement : Mattia, qui vit au Québec depuis plusieurs décennies, revient dans son village natal en Italie pour régler la succession de sa tante récemment décédée. Il retrouve des membres de sa famille qu’il n’a pas vus depuis longtemps, les lieux de son enfance et des habitudes italiennes qui ne sont plus les siennes étant donné qu’il est devenu un Nord-Américain.

Le récit de Mattia est un hommage du narrateur à son entourage, au courage de ceux qui ont émigré au Canada ou aux Etats-Unis et au courage de ceux qui sont restés en Italie. Mattia se retrouve lui le cul entre deux chaises : pas assez italien pour se sentir à la maison en Italie et trop italien pour se sentir complètement étranger. Il constate de nombreuses différences après que les membres de la famille ont pris des routes séparées : les conventions sociales qui sont très présentes en Italie, la nécessité de ménager les susceptibilités des uns et des autres, les lourdeurs de l’administration italienne… Et par-delà les différences se trouve le terreau commun de la famille : un village isolé, les anecdotes de l’enfance, les fêtes religieuses… Exil en la demeure est aussi un hommage à la culture italienne. Impossible de ne pas tracer un parallèle avec L’énigme du retour de Dany Laferrière mais en version italienne.

Je l’admets, je n’ai pas été séduit par le roman de Jean Bello. Le style est pourtant agréable mais l’ambition du roman est desservie par un récit confus. Je me suis perdu dans la multitude de personnages. J’ai remarqué un peu tard qu’il y avait un arbre généalogique en fin d’ouvrage mais il est finalement peu utile. Peut-être que chaque personnage n’était pas suffisamment distinct des autres ou que la construction du roman ne m’a pas permis d’y voir clair. J’ai finalement pris le parti de lire chacune des anecdotes comme des petits épisodes indépendants et c’est bien passé comme ça.

117 Nord, Virginie Blanchette-Doucet

Virginie Blanchette-Doucet est la recrue du mois avec son premier roman intitulé 117 Nord.

la Recrue du mois

La narratrice, qui a déménagé à Montréal, se remémore sa vie en Abitibi, son enfance dans la maison familiale en bordure de la route 117 Nord.

117-nord-virginie-blanchette-doucette

L’enfance de la narratrice était faite d’aventures et d’explorations dans la forêt environnante en compagnie de son ami Francis. Mais à un moment donné, une mine est rouverte pour permettre son exploitation. La nature doit faire place aux engins de chantier. Certaines maisons d’un côté de la 117 Nord doivent être détruites et plusieurs familles sont déplacées, y compris celle de la narratrice. Désormais installée à Montréal, elle travaille le bois dans un atelier. Peu sensible à ses nouveaux collègues et effacée, elle vit mal son exil montréalais. Elle repense aux différents moments de sa vie alors qu’elle fait le long trajet entre Montréal et l’Abitibi à bord de sa Toyota Tercel.

Voilà un roman qui fait travailler le lecteur. Les courts textes sont comme les pièces d’un puzzle qu’il faut assembler soi-même pour percevoir l’ensemble de la scène. La structure de 117 Nord impose un certain travail de déduction pour bien saisir le sens du récit. L’écriture poétique de Virginie Blanchette-Doucet m’a déstabilisé. Pour décrire le déracinement de la narratrice, je me serais attendu à un champ lexical autour de la colère, voire de la violence. Mais tout est dit en douceur. Ainsi, la narratrice reste calme en surface mais chamboulée à l’intérieur. L’intimité est pudique et la colère ne déborde pas. Malgré un thème qui me touche, j’ai trouvé le récit un peu lisse à mon goût. Le manque d’aspérités l’a rendu trop évanescent pour me laisser une marque durable. Nos sensibilités ne se sont pas rencontrées, à la manière de Francis et de la narratrice, autrefois hyper complices et évoluant maintenant dans des univers distincts qui se croisent rarement.