Lune sanglante, James Ellroy

Ce livre m’a été offert par un collègue via un échange de cadeaux de Noël au bureau. Qu’il en soit remercié ! D’abord parce que j’avais James Ellroy sur ma liste des auteurs à découvrir et en plus parce que Lune sanglante est un très bon roman.

Lune sanglante James Ellroy

Lloyd Hopkins est un sergent au sein du LAPD, la police de Los Angeles. Il enquête sur le meurtre particulièrement violent d’une jeune femme. Suivant son intuition, Hopkins pense avoir découvert un tueur en série en activité depuis au moins 15 ans. Il se met sur sa piste contre l’avis de son supérieur hiérarchique.

Lune sanglante est un roman noir. Ce polar est déroulé de manière particulière. En effet la partie enquête à proprement parler du roman arrive tardivement dans le récit. Au départ, Lune sanglante prend des allures de chroniques du Los Angeles du début des années 80. On suit des personnages sans vraiment savoir au départ qui ils sont. Et contrairement à ce qu’on peut lire dans un polar de facture classique, le gentil policier qui enquête n’est pas tout blanc. En effet, il connaît son lot de troubles et il a une part d’ombre importante. Il a de nombreuses aventures extra-conjugales et il possède un sens de la justice particulier.

La lecture de Lune sanglante est haletante, je suis resté accroché sérieusement lors de ma lecture. Il faut avoir le cœur bien accroché dès le début tant le roman est violent et riches en tensions. Le récit alterne régulièrement le point de vue de l’enquêteur et celui du tueur, donnant ainsi l’envie de poursuivre la lecture. J’ai toutefois trouvé le final un peu décevant avec une confrontation un peu trop rapide entre le tueur et le policier. Qui plus est, la situation finale n’est pas véritablement claire. Le roman reste très bon et il me tarde de lire d’autres romans de James Ellroy, d’autant que Lloyd Hopkins est le héros de deux autres romans de cet auteur américain.

Marie-Louise court dans la neige, Mario Cholette

la Recrue du mois

Marie-Louise court dans la neige est le premier roman de l’auteur québécois Mario Cholette, ce qui lui vaut une place de choix dans la Recrue du mois, la vitrine des premières œuvres du Québec.

Marie-Louise court dans la neige - Mario Cholette

L’histoire de Marie-Louise est racontée par sa fille Roseline. Née au début du XXe siècle à Québec, Marie-Louise a eu une vie bien remplie. A une époque où la femme est entièrement dévouée à son mari et à ses enfants et dans une société où la bienséance imposée par l’Eglise catholique est bien ancrée, le comportement de Marie-Louise détonne. En effet, elle a beaucoup d’enfants, presque un par an, comme c’est le cas à cette époque. Mais elle veut vivre de légèreté, de passions, de jolies robes et de sorties. Or ses enfants la freinent dans ses envies, son mari alcoolique la bat et passe plus de temps à la taverne avec ses amis ivrognes qu’à s’occuper de sa famille. Alors Marie-Louise cherche à quitter son mari et abandonne ses enfants, au grand dam de la société québécoise conservatrice des années 30.

Tenez-vous le pour dit, ni le titre banal du roman ni la description de l’éditeur au dos du livre ne rendent justice à cette formidable fresque québécoise ! Davantage que le parcours individuel d’une femme au comportement condamnable d’après les règles en vigueur à l’époque, c’est la genèse de la libération de la femme québécoise qui nous est contée avec brio par Mario Cholette. Le roman possède une portée plus large que ce que laisse entendre sa description. Si ses filles ont pu ne pas se marier ou n’avoir qu’un seul enfant, si un de ses fils a pu vivre avec un homme, c’est parce que Marie-Louise a commencé par fissurer le carcan d’une Eglise catholique toute puissante. Je craignais de lire un morceau d’histoire un peu pesant mais je n’ai pas pu lâcher Marie-Louise court dans la neige. La narration est bien rythmée et au-delà du symbole que représente Marie-Louise, j’ai été enthousiasmé par la complexité des relations entre cette mère et ses enfants. A la lecture de ce récit, bien malin qui pourra poser un jugement sur Marie-Louise mais chacun ressortira éclairé de cette lecture.

The year of magical thinking, Joan Didion

Joan Didion est une journaliste américaine renommée. Elle a publié plusieurs ouvrages. Voici l’un d’entre eux sur un sujet particulièrement sensible, The year of magical thinking.

The year of magical thinking - Joan Didion

Ce que je pensais être au départ un roman est en fait un ouvrage qu’on peut apparenter à des mémoires. Joan Didion partage ici une tranche de vie particulière. Elle raconte les mois qui ont suivi le décès soudain de son mari John peu de temps après Noël. Ce drame intervient alors que sa fille Quintana est hospitalisée pour une maladie très sérieuse, quelques mois à peine après son mariage. The year of magical thinking (L’année de la pensée magique dans sa version française) est le récit de cette année difficile qui a suivi le décès de son mari. Le titre fait référence en anglais au fait de prendre ses désirs pour des réalités, à défaut d’une meilleure traduction. Concernant un décès, on veut croire que ce n’est pas vrai.

Joan Didion propose avec ce livre une réflexion sur le deuil. Le livre n’est pas réellement structuré, il suit les pensées évidemment décousues de Joan Didion alors qu’elle se débat avec le deuil et les problèmes de santé de sa fille. Elle témoigne du fait que le deuil n’est pas un processus linéaire. C’est un parcours sinueux, révélé par une narration non chronologique, et qu’il n’y a pas de guérison. Le récit honnête de la journaliste américaine est poignant. Elle revit les moments difficiles, analyse a posteriori ces moments et les différentes étapes de leur vie avec son mari et sa fille. Au fur et à mesure du temps qui passe, elle redonne sens à des conversations et des moments passés ensemble. Joan Didion se livre totalement. La transparence va jusque dans les moments où son esprit s’égare et refuse la mort de John.

Appréhender cette réalité soudaine est au cœur du processus de deuil. Le fait d’avoir lu ce livre en anglais m’a fait prendre conscience d’une nuance qui existe dans la langue anglaise et à ma connaissance pas en français. L’anglais fait en effet la différence entre grief, qu’on peut résumer comme étant la réaction émotionnelle suite au décès d’un proche, et mourning, un processus du deuil plus long qui consiste à s’adapter au changement induit par le décès.

Swamplandia!, Karen Russell

Après Donna Tartt, Rachel Kushner et Chimamanda Ngozi Adichie, je poursuis la découverte d’auteures américaines contemporaines. Swamplandia! est un roman écrit par Karen Russell en 2011. Je l’ai lu en version originale.

Swamplandia - Karen Russell

Swamplandia! est un parc d’attraction d’un genre un peu particulier tenu par la famille Bigtree. Situé sur une île du golfe du Mexique à quelques encablures de la côte de Floride, ce parc a pour thème les alligators, nombreux dans les marécages de la région des dix mille îles. Les Bigtree sont des lutteurs réputés qui combattent les crocodiles à mains nues, offrant aux visiteurs du parc des spectacles riches en émotions. Le roman commence alors que la mère, Hilola Bigtree, décède d’un cancer et que le grand-père, Sawtooth Bigtree, atteint de sénilité, quitte l’île pour vivre dans une maison de repos sur le continent. Le père et les trois adolescents restent sur l’île mais peinent à maintenir à flot le parc Swamplandia! alors qu’un nouveau parc d’attraction, the World of Darkness, vient d’ouvrir sur la terre ferme.

Les enfants apprennent à se débrouillent seuls car le père, surnommé The Chief, fait d’abord tourner le parc seul avant de partir sur le continent. Il est suivi peu de temps après par Kiwi, le fils aîné, qui veut trouver le moyen de sauver le parc familial en allant espionner le parc concurrent. Les deux filles, Ava et Ossie, restent sur l’île, livrées à elles-mêmes.

Ava est la narratrice d’un chapitre sur deux. Une bonne partie du roman est vu à travers ses yeux. Son jeune regard à la fois naïf – car elle est jeune – et triste – car elle a perdu sa mère – donne le ton du roman. Elle voit sa sœur s’intéresser au spiritisme et quitter son lit le soir pour retrouver des esprits dans les marécages. Les autres chapitres sont des récits à la troisième personne pour suivre Kiwi sur le continent. Ce jeune homme qui était très à l’aise sur l’île familiale et très entouré par les siens s’avère socialement inadapté sur le continent. Il découvre de plein fouet les cruelles interactions avec les jeunes de son âge.

Swamplandia! est un conte pour adulte. Il décrit la fin de l’enfance. Alors que la mère protectrice décède, c’est la cellule familiale qui éclate. Chacun des membres de la famille est violemment confronté à la réalité. La naïveté mignonne du début du roman laisse place à des moments difficiles pour chacun. Je n’en dis pas plus car le roman comporte un certain suspense.

Karen Russell propose un roman avec un univers riche au milieu de la nature si particulière de la Floride. Les personnages sont hauts en couleurs, tant la famille Bigtree que les personnages secondaires souvent déjantés. Outre cet univers foisonnant, je retiens de Swamplandia! un moment mêlant adroitement l’imaginaire et le réel pour mieux signifier la dureté du monde des adultes.

Une semaine de vacances, Christine Angot

Christine Angot fait partie de ces auteures françaises que je n’ai pas encore lues, malgré de nombreux articles dans la presse au cours des dernières années. Je fais connaissance avec son oeuvre avec Une semaine de vacances, découvert à la bibliothèque.

Une semaine de vacances, Christine Angot

Dans les années 70, un homme marié est en vacances avec une très jeune femme, beaucoup plus jeune que lui, c’est une adolescente. Elle est vierge. Manipulateur, il « respecte » sa virginité en exigeant d’elles de nombreuses fellations et la force à une relation anale. Il n’est pas intéressé par sa conversation, ce qu’elle désire ou ce qu’elle pense. Elle n’est que l’accessoire de son plaisir. Quand elle ose émettre le début d’une opinion, il se débarrasse d’elle.

En un peu plus de 100 pages, Christine Angot signe un roman à la fois puissant et insupportable. Ecrit sur un ton neutre avec des descriptions presque cliniques, une semaine de vacances démonte les mécanismes de cette relation pédophile, voire incestueuse. L’homme domine totalement la jeune fille. Uniquement centré sur lui-même, il la rabaisse et la manipule pour assouvir ses plaisirs pervers. Il n’y a rien de sexuel dans ce que décrit Christine Angot. Il n’y a aucune ambiguïté possible.

Le sujet du roman est choquant, dégueulasse même. On peut évidemment débattre de la nécessité d’aller aussi loin dans la littérature, d’aborder de tels sujets. Une semaine de vacances est en effet un roman qui ne peut pas laisser insensible. Il choquera évidemment de nombreux lecteurs qui trouveront que le sordide n’a pas sa place dans la littérature. Je suis plutôt de ceux qui pensent que la pudeur et l’auto-censure n’ont pas leur place dans la création littéraire. Oui je me suis senti mal à l’aise à la lecture d’une semaine de vacances (ce qui est plutôt sain). Mais si j’en restais à mon petit confort de lecteur, j’aurais l’impression de ne pas évoluer intellectuellement. Il faut de temps en temps se frotter à des propos qui dérangent.

Apocalypse bébé, Virginie Despentes

Il s’agit pour moi d’un premier contact avec Virginie Despentes via Apocalypse bébé, un roman paru en 2010. Il a obtenu le prix Renaudot la même année.

Apocalypse bébé - Virginie Despentes

Valentine est une adolescente qui vient de disparaître. Lucie, une détective privée pas très dégourdie, mène l’enquête. Alors qu’elle a bien du mal à débuter ses investigations, elle fait appel à la Hyène, une lesbienne bien connue dans le milieu des privés. Rompue aux méthodes peu orthodoxes, elle remet Lucie sur les bons rails. Leur enquête les conduira de Paris à Barcelone.

Apocalypse Bébé est construit d’une manière originale qui donne du rythme au roman. Les chapitres à la première personne du point de vue de Lucie alternent avec d’autres chapitres offrant le point de vue des autres personnages du roman. Ce polar lesbien tire dans tous les sens : le Paris bourgeois, le monde de l’édition, la famille traditionnelle… L’histoire elle-même n’est que le prétexte à une critique de notre société. L’enquête est plutôt rapidement menée et comporte quelques rebondissements jusqu’à montrer l’histoire familiale compliquée de Valentine. L’ensemble se lit bien.

J’avais une image trash de l’écriture de Virginie Despentes, la faute à quelques articles lus ici et là. Mais si je me limite à Apocalypse bébé, point de trash. Il y a bien quelques provocations comme la description de scènes de sexe, y compris entre lesbiennes, un mode de vie alternatif à Barcelone, de la violence mais il n’y a vraiment pas de quoi choquer le lecteur lambda. Quant à la question de savoir si le prix Renaudot est mérité, je veux bien croire que le cru 2010 des romans français était pauvre.

La convocation, Herta Müller

Tout vient à point à qui sait attendre ! Je ne connaissais pas Herta Müller jusqu’à ce qu’elle obtienne le prix Nobel de littérature en 2009. Six ans plus tard, j’ouvre enfin un de ses romans : la convocation.

La convocation Herta Müller

La convocation décrit le quotidien pesant sous la dictature communiste roumaine. On y suit les pensées d’une narratrice qui prend le tramway pour se rendre à une énième convocation des autorités où elle sera interrogée à nouveau par un commissaire rustre et manipulateur. En effet, cette femme a été surprise à glisser un petit mot dans des vêtements à destination de l’Italie dans l’atelier de confection où elle travaille. La communication avec l’étranger est par nature un acte suspicieux dans une dictature. Les convocations se suivent et à chaque fois, le commissaire la soumet à un flot continu de questions jusqu’à la persécuter et à l’humilier. Le trajet en tramway de cette femme est une cruelle anticipation de ce moment redouté et l’occasion de penser à son quotidien.

Herta Müller rend palpable l’ambiance de surveillance permanente et la recherche de coupables, incitant ainsi chacun à la dénonciation. Les individus deviennent eux-même les rouages d’un système oppressant. Avec la convocation, Herta Müller dénonce l’absurdité qui mène jusqu’à la destruction de la société. La vie familiale de la narratrice du roman est détruite, son mari est alcoolique et elle éprouve la nostalgie de sa vie à la campagne pendant sa jeunesse et de son amitié avec Lilli jusqu’à la fin tragique de celle-ci.

Herta Müller est originaire d’une région roumaine germanophone. Elle a bien connu l’ambiance qu’elle décrit dans la convocation. C’est notamment la description du quotidien de la dictature en Roumanie dans son oeuvre qui lui a valu le prix Nobel de littérature.

Il faut admettre que la convocation n’est pas un roman facile à lire. Il faut en effet suivre les pensées de la narratrice au fur et à mesure de ce trajet en tram. Cette absence de structure clairement établie pourra gêner certains lecteurs. Par ailleurs, le roman est dur. J’ai trouvé l’environnement très oppressant pour le lecteur également. Le quotidien difficile qui est décrit fait qu’il faut s’accrocher pour poursuivre la lecture.

14, Jean Echenoz

L’auteur français Jean Echenoz propose un court roman sur fond de Première Guerre mondiale. Ce roman est sobrement intitulé 14.

14-Jean-Echenoz

Anthime est un jeune vendéen qui est mobilisé dans les premiers avec plusieurs jeunes hommes de son âge. Le roman commence dans un esprit léger, chacun pensant que la guerre va être courte. Ce début de guerre quasiment euphorique tranche au fur et à mesure que les soldats font connaissance avec le quotidien des tranchées, la mort qui frappe soudainement, les blessures, les parasites, les attaques de gaz, les désertions. Bref les horreurs de la guerre. Chacun se surprend à espérer la belle blessure, celle qui permettra de retourner à la vie civile sans être trop amoché. Et attendant, on consomme de l’alcool pour se donner du courage. A l’arrière, les civils se réinventent une vie alors que les villages sont vidés des jeunes hommes partis au front et que les usines doivent tourner pour approvisionner les armées dans le cadre de l’effort de guerre.

Avec 14, Jean Echenoz signe un roman tout en sobriété, dans un style littéraire certes, pour décrire la dure réalité que découvrent les jeunes hommes mobilisés lors de la Première Guerre Mondiale. Leur naïveté se transforme petit à petit en désarroi puis en résignation dans ce roman court mais riche. Entre les parcours individuels d’une génération sacrifiée et l’Histoire avec un grand H, voici un ouvrage touchant et nécessaire qui doit faire partie de notre devoir de mémoire.

Dans la dèche au royaume enchanté, Cory Doctorow

Dans la dèche au royaume enchanté est un roman de science fiction écrit par le blogueur canadien Cory Doctorow (son blogue sur la technologie). C’est son premier roman.

Dans la dèche au royaume enchanté - Cory Doctorow

Dans ce roman d’anticipation, Julius, le narrateur, est âgé de 150 ans et vit dans un monde où règne la société Bitchun. Tout le monde est immortel. Il est possible de sauvegarder le contenu de son cerveau. En cas de décès, on reprend la dernière sauvegarde en date et on la remet dans un clone. Et si on le souhaite, on peut se mettre en sommeil pendant plusieurs centaines voire milliers d’années et reprendre sa vie dans un temps très lointain. Autre caractéristique de ce futur qu’on imagine proche, tout le monde vit connecté et chaque individu dispose d’un stock de whuffies, un indicateur qui résume la popularité, la cote d’amour dont chacun bénéficie auprès des membres de sa communauté.

Julius vit à Disney World en Floride. Il est responsable du manoir hanté, une attraction traditionnelle du parc. Julius pense que cette attraction suscite la convoitise de la responsable d’une autre attraction, une femme très ambitieuse qui veut moderniser les attractions de Disney World. Paranoïa ou réalité, toujours est-il que Julius se fait assassiner. Grâce à ses sauvegardes fréquentes, il se retrouve rapidement dans un nouveau corps avec une mémoire fraîche. Mais ce clone de lui même connaît quelques dysfonctionnements.

Dans la dèche au royaume enchanté est le conte doux amer d’une réalité qui pourrait être la nôtre. En effet, ce roman est à lire en gardant à l’esprit les intentions d’un Mark Zuckerberg de voir nos vies exposées en ligne, sans filtres. Le système de whuffies évoque bien sûr ces « j’aime » qu’on récolte sur un célèbre réseau social ou les RT sur un autre de ces réseaux. Cory Doctorow nous invite ainsi à réfléchir sur les relations humaines alors qu’une technologie rend permanent le regard des autres sur nos actions. Son message nous rappelle qu’il est bon de déconnecter de temps en temps. Le roman aborde aussi la notion d’adhocratie : les collaborateurs du Disney World de Cory Doctorow travaillent sans véritable hiérarchie, au gré de leurs envies et d’alliances transitoires.

Le roman est court mais efficace dans le questionnement qu’il provoque chez le lecteur, ce qui en fait un bon livre de science-fiction. Je regrette juste que certains ressorts des relations humaines et les implications du système mis en place par la société Bitchun ne soient pas plus longuement développés.

Pour ceux qui rêvent de pouvoir un jour télécharger le contenu de leur cerveau, je vous laisse lire cet article très complet, même s’il ne vous réjouira pas.

Dans la dèche au royaume enchanté est téléchargeable gratuitement en version originale sur le site de Cory Doctorow.

The Goldfinch, Donna Tartt

The Goldfinch est un roman de l’auteure américaine Donna Tartt que j’ai lu en version originale. Son titre français est le chardonneret. Il est paru en 2013 aux Etats-Unis et a permis à Donna Tartt d’obtenir le prix Pulitzer de la fiction en 2014.

Chardonneret Donna Tartt

Le titre du roman fait référence au tableau éponyme du peintre néerlandais Carel Fabritius. Ce tableau a été peint en 1654 et est l’une des rares œuvres du peintre à nous être parvenues. En effet, son atelier a été détruit par une violente explosion qui lui coûta la vie et qui a fait disparaître nombre de ses tableaux. Pour en savoir plus sur le tableau et sur Fabritius.

Theo Decker, le narrateur, est un jeune garçon âgé de 12 ans quand débute le roman. Alors qu’il visite un musée à New-York avec sa mère, un attentat a lieu. Sa mère et de nombreuses personnes sont tuées. Theo est miraculeusement épargné et se retrouve aux côtés de Welty, un vieil homme à l’agonie, antiquaire de son état, qui lui demande de sauver le fameux tableau de Fabritius, le Chardonneret. Le père de Théo ayant quitté le domicile familial sans préavis, Theo est placé dans la famille d’un de ses camarades de classe, Andy Barbour, dans un quartier aisé de New-York.

The Goldfinch (ou le chardonneret) est un roman magistral avant tout par sa narration, le fameux storytelling cher aux romans américains. J’ai été happé dès le début du récit par une tension qui monte petite à petit avec un sommet lors de la description des minutes qui suivent les explosions qui enlèvent la vie de la mère de Theo et qui détermineront les 12 années suivantes de sa vie. Dès lors impossible de quitter le roman malgré ses 700 pages. Le roman n’est pas long, loin de là. Chaque page trouve sa justification. Donna Tartt a su retenir et surtout maintenir mon attention. Evidemment les nombreuses péripéties vécues par Theo au fil des années sont parfois invraisemblables mais peu importe. C’est le propre de la littérature d’avoir des personnages à qui il arrive beaucoup de choses.

Le chardonneret comporte de nombreux thèmes. Il est bien entendu question de l’art et de l’influence qu’il peut avoir sur celui qui le contemple. Le tableau de Fabritius devient central dans la vie de Theo : il est à la fois source de réconfort et motif d’inquiétude. Son attirance envers le beau le conduit à s’intéresser de près au monde des antiquités et à apprendre les ficelles du métier jusqu’à en maîtriser les codes. D’ailleurs le chardonneret est un roman d’apprentissage. Theo se construit au fil du temps à travers les épreuves qu’il vit et les amitiés qu’il noue, notamment avec Boris avec qui il trompe son ennui adolescent. Il est aussi question de voyage puisque Theo est amené à quitter New-York pour s’installer à Las Vegas. Il retraversera le pays dans l’autre sens pour revenir à New-York quelques années plus tard. La quête de soi de Theo le voit alterner entre le bien et le mal, entre la vie dans la société new-yorkaise et les abus de drogue et d’alcool, entre le respect des personnes qui comptent sur lui et la culpabilité à propos de ses arnaques. Theo n’est donc pas forcément un personnage que j’ai trouvé sympathique. Mais il est sincère dans sa recherche du bonheur malgré une solitude qui lui pèse.

Fresque du monde moderne avec des échos de l’art classique, le chardonneret est un roman dont on ne sort pas indemne ! Petit bémol : la fin du roman avec une conclusion qui me semble un peu courte, en tout cas qui ne rend pas forcément justice à la complexité du parcours de Theo.