Poisson d’amour, Didier Van Cauwelaert

La ville de mon enfance a mis en place des boîtes à livres un peu partout sur le territoire de la commune. Quand j’y retourne, je jette un petit coup d’œil au cas où. Et là je vois un livre de Didier Van Cauwelaert, un auteur dont je vois le nom régulièrement sur les blogues littéraires et dans l’actualité du livre. Je prends le livre en me disant que ce sera l’occasion de découvrir cet auteur. Voici donc Poisson d’amour, un roman publié en 1984.

Poisson d’amour est le récit d’une rencontre improbable dans une salle d’enchères parisienne entre Philippe, un videur de boîte de nuit un peu paumé, et Béatrice, une visiteuse de prison qui pratique le basket. Raconté du point de vue de Philippe, ce roman dresse le portrait doux dingue de Béatrice, jeune femme dont le père a disparu en Amazonie.

Attention, gardez l’esprit ouvert à la lecture de Poisson d’amour car le récit par dans tous les sens. Ça foisonne d’idées et de délires. Les personnages secondaires sont un peu fous, à commencer par la grand-mère et l’arrière grand-mère de Béatrice avec qui elle vit. Le médecin de la famille est lui aussi un doux dingue. Ajoutez à ça un narrateur qui ne sait plus trop où il en est et vous avez un cocktail détonnant. La quête de soi prend souvent des chemins détournés. J’ai apprécié la lecture de ce roman de Didier Van Cauwelaert, lui trouvant des airs parfois d’Amélie Poulain si je devais le rapprocher de quelque chose de connu. Léger, frais et pétillant !

Cher amour, Bernard Giraudeau

Je connaissais Bernard Giraudeau l’acteur. Mais pas Bernard Giraudeau le voyageur et l’écrivain. C’est un homme qui avait plusieurs casquettes. Cher amour est le dernier roman qu’il a publié avant son décès.

Dans ce roman, il s’adresse à une femme imaginaire. Une femme qu’il idéalise : elle est celle qu’il n’a pas encore rencontré. Mi correspondance, mi journal de bord, ce roman expose les différents voyages faits par le narrateur récemment. Il raconte ses voyages à cette femme qu’il imagine parisienne sédentaire. Il part dans l’Amazonie profonde et il visite le Chili en compagnie d’anciens opposants à Pinochet. À l’occasion de tournages, il parcourt les Philippines de l’excès et le Cambodge qui se remet des Khmers rouges. Le voyage le plus émotif est peut-être celui qui le voit remettre les pieds sur le navire la Jeanne d’arc qu’il avait connu dans sa jeunesse comme marin. À son bord, il se dirige vers Djibouti, port et porte d’entrée vers l’Afrique de l’Est.

Ces voyages sont l’occasion pour le narrateur de quitter la frénésie occidentale et de poser un regard sur des sociétés et des personnes qu’on n’entend pas souvent, voire pas du tout. Il y a chez Bernard Giraudeau une capacité d’émerveillement salutaire. Ses textes sont parfois empreints d’une certaine poésie qui fait ressortir la beauté de la pauvreté, de l’insolite et du laid. Le tout sans voir le monde à travers les lunettes roses d’un touriste occidental admiratif de l’authenticité du Tiers Monde.

Bernard Giraudeau entremêle aussi ses récits d’anecdotes de théâtre et de tournages de films, ce sont des moments très intéressants pour qui s’intéresse au monde du spectacle vu de l’intérieur. Même après des dizaines d’années d’expérience sur la planches et devant les caméras, le trac se manifeste toujours au moment d’entrer en scène.

Lorsqu’il voyage, Bernard Giraudeau filme les rencontres qu’il fait, les visages de ses interlocuteurs. Il veut capturer ce qu’il voit. Malheureusement quand vient le temps de restituer sur papier ses expériences de voyage, il le fait dans un style qui passe souvent du coq à l’âne, au gré de ses pensées et des anecdotes historiques dont il émaille son récit. Les passages passionnants auraient gagné à ressortir un peu plus au lieu d’être perdus dans une ensemble d’impressions pas toujours intéressantes pour le lecteur. Tout cela fait que je ne suis entré dans le texte. J’ai lu ce livre distraitement alors que je ne lui trouve pas vraiment de défauts. Un rendez-vous manqué avec ce Cher amour.