Le soleil est aveugle, Curzio Malaparte

J’ai connu Malaparte il y a quelques années au travers du roman La Peau qui m’avait laissé une forte impression. Je prévois de relire la peau mais voici d’abord mon commentaire à propos d’un autre livre de Malaparte, le soleil est aveugle, qui parle lui aussi de la seconde guerre mondiale.

Publié en 1947, ce récit relativement court se passe en juin 1940 alors que les Alpins italiens s’apprêtent à se lancer à l’attaque du territoire français en passant par les cols alpins. L’Italie vient en effet de déclarer la guerre à une France déjà considérablement affaiblie par l’offensive allemande. On suit un capitaine italien chargé de faire circuler l’information entre les différentes divisions italiennes pour coordonner une attaque imminente sur les positions françaises. Ce capitaine se prend d’amitié pour Calusia, un soldat un peu simple d’esprit qui se promène avec une cloche de vache autour du cou. La mort de ce soldat pendant les combats cause une grande détresse au capitaine qui se sent responsable et sombre dans la folie.

Le soleil est aveugle est basé sur l’expérience de Malaparte comme correspondant de guerre. C’était un spectateur aux premières loges pendant la seconde guerre mondiale. Il est donc bien placé pour dénoncer l’absurdité de la guerre. Il s’en prend d’abord la lâcheté de Mussolini qui lance son armée sur un ennemi qui n’a déjà plus les moyens de se défendre. Il dénonce aussi le fait que l’Italie fasciste demande aux Alpins italiens de s’attaquer aux Français des Alpes avec qui ils ont toujours entretenu des relations de bon voisinage. Cette attaque est donc fratricide. Mais surtout Malaparte est très virulent contre le cauchemar que représente cette guerre qui tue, qui mutile et qui rend fou. Ironie suprême, les combats ont lieu dans un lieu de toute beauté : glaciers, névés, moraines et montagnes majestueuses. Autant de témoins indifférents à la sottise des hommes. Les montagnes seront encore là bien après que les hommes se soient entretués pour des raisons absurdes. Malaparte rend enfin un bel hommage aux soldats en soulignant leur fraternité dans des moments difficiles où ils risquent leur vie pour des motivations qui les dépassent.

Il y a un contraste entre le message profondément politique que veut faire passer l’auteur et la façon dont il s’y emploie. Point de démonstration ou de grands discours pour montrer que la guerre est absurde. Le récit est riche en sensations. On est dans le réel, le ressenti. Certains paragraphes nous éclairent sur les pensées du capitaine, sur son inconscient. Et c’est la beauté de ce roman : le sujet est pesant mais le récit est léger et parfois chantant car ponctué d’argot italien et de passages oniriques. Difficile enfin de ne pas être charmé par les paysages alpins décrits par Malaparte. On sent chez lui un amour de cette région alpine qui transcende les appartenances nationales.

Publicités