Les anges n’ont rien dans les poches, Dan Fante

Ces dernières années, j’ai découvert et apprécié les romans de John Fante pour la qualité de son écriture : Mon chien Stupide, Bandini, Rêves de Bunker Hill, Demande à la poussière). Son fils Dan Fante est également romancier. Il est décédé il y a quelques mois. Dan Fante est-il le digne rejeton de son père ? J’ai lu son roman Les anges n’ont rien dans les poches publié en 1994.

Les anges n'ont rien dans les poches - Dan Fante

Bruno Dante est alcoolique. Il sort de cure après un nouvel internement. Il s’est en effet infligé des blessures alors qu’il était dans un « trou noir » dû à l’alcool. Sa femme Agnès vient le chercher à sa sortie de l’hôpital pour rendre visite en Californie à Jonathan Dante, son père mourant. Il retrouve sur place son frère Fabrizio. Bruno essaie de se maintenir à flot malgré les circonstances et son furieux besoin d’alcool.

Vous aurez compris que Les anges n’ont rien dans les poches est un récit autofictionnel jusqu’à l’alcoolisme du narrateur. On reconnaît évidemment John Fante à peine déguisé sous le nom de John Dante, ce père écrivain et scénariste à Hollywood. Le récit consiste pour le narrateur à tuer le père. Il parvient à le faire alors qu’il ne l’avait pas fait de son vivant. Il finira en paix avec sa forte personnalité.

Alors oui, Dan Fante est le digne rejeton de son père. Il possède un talent indéniable pour raconter une histoire. Son récit est bien plus trash (époque oblige ?) que ceux de son père mais quelle efficacité ! Son texte est vrai. Or la vérité n’est pas toujours belle et romancée. Le narrateur est à de nombreux égard détestable, il est dépendant à l’alcool, il n’est pas fiable mais il est dans la vérité. Le terme peut paraître galvaudé mais il est authentique. C’est un de nombreux points communs entre le père et le fils mais Dan Fante possède sa propre identité que je vais continuer à découvrir. Les anges n’ont rien dans les poches est le premier roman d’une tétralogie, à suivre…

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Demande à la poussière, John Fante

Après Mon chien Stupide, Bandini et Rêves de Bunker Hill, je poursuis l’exploration de l’œuvre romanesque de John Fante avec Demande à la poussière, un autre roman à saveur autofictionnelle.

Demande à la poussière John Fante

 

Dans Demande à la poussière, nous retrouvons Arturo Bandini, l’alter ego de John Fante, alors qu’il vient d’arriver à Los Angeles. Il loge dans un petit hôtel et peine à joindre les deux bouts. La publication d’une première nouvelle lui a permis de gagner un peu d’argent. Son obsession de devenir un écrivain reconnu. Alors il cherche à vivre des expériences qu’il pourra traduire dans ses écrits. En parallèle de ses débuts difficiles d’écrivain, Bandini raconte sa vie amoureuse tout aussi compliquée. Son expatriation en Californie est aussi l’occasion de traiter de l’éloignement avec sa famille restée dans le Colorado. Et il se pose toujours la question de faire ce qui est juste, on sent dans ces  passages le poids de son éducation catholique et des origines italiennes de sa famille.

La préface de Demande à la poussière est signée de Charles Bukowski. Alors que lui-même galérait avec l’écriture, l’alcool et ses aventures avec des femmes, il a découvert John Fante avec Demande à la poussière. Dans une préface dithyrambique, il écrit entre autre : « Je dois beaucoup à John Fante », signe que John Fante a constitué pour lui une grande inspiration.

Mis à part, les passages consacrés à Camilla Lopez, la femme qu’il aime (une relation amour/haine serait plus juste en fait), que j’ai trouvé un peu longs en raison des tergiversations de chacun, j’ai beaucoup aimé Demande à la poussière. J’ai retrouvé la plume alerte de John Fante qui alterne entre mélancolie et humour au fur et à mesure de ce que vit Bandini. En filigrane de ce roman, le coût de la vie dans l’Amérique de l’époque, une belle galerie de paumés qui vivotent dans Los Angeles, le risque de tremblements de terre déjà présent et la curieuse hiérarchie entre américains, italiens et mexicains.

J’ai un seul regret à la lecture de Demande à la poussière, comme souvent avec les romans de cette époque, c’est leur traduction dans un français argotique qui a mal vieilli. Par exemple, qui utilise aujourd’hui le mot pouloper ?

Rêves de Bunker Hill, John Fante

Rêves de Bunker Hill est le troisième roman de John Fante que je lis après Bandini et Mon chien Stupide. Rêves de Bunker Hill est le dernier roman écrit par John Fante. Il sera publié après sa mort en 1983.

Rêves de Bunker Hill - John Fante

Tout comme Bandini, Rêves de Bunker Hill est une autobiographie romancée où John Fante laisse la parole à son alter ego Arturo Bandini. Fraîchement arrivé à Los Angeles et employé dans une gargote, Bandini se voit proposer un travail dans ses cordes : assistant d’un éditeur. Son rôle est de lire les manuscrits que la maison d’édition reçoit et de réécrire ceux qui ont du potentiel. Cela ne dure qu’un temps car Bandini rejoint bientôt un studio de cinéma comme scénariste. Outre les aventures professionnelles de Bandini, John Fante raconte les moments où Bandini cherche à séduire quelques femmes, avec plus ou moins de succès.

Rêves de Bunker Hill est une sorte de roman d’apprentissage : Bandini a envie de réussir, de gagner de l’argent. Il se frotte à un Los Angeles riche en personnages excentriques à souhait. Mais Bandini ne sait pas ce qu’il veut vraiment car malgré une réussite matérielle certaine, il ne se satisfait pas d’un travail dans lequel il ne s’accomplit pas. Il est partagé entre le confort matériel qui lui permettra de bien vivre et d’étaler sa réussite à sa famille et à ceux qui l’entourent et la volonté d’être reconnu pour ses talents d’écrivain et de scénariste. Pour preuve de son ambivalence, Bandini refuse de collaborer avec une scénariste sur un film car celle-ci trahit complètement la première version du scénario qu’il avait écrit, se privant ainsi de confortables revenus et d’un début de reconnaissance dans le milieu hollywoodien. Par ailleurs, sans le sou, il revient dans son Colorado natal mais plutôt que d’admettre son échec à percer, il cherche malgré tout à impressionner ses anciens amis et sa famille.

Rêves de Bunker Hill est le roman d’un jeune homme qui se cherche. Une chronique douce amère de la vie d’un jeune écrivain à Los Angeles. Car c’est là le talent de John Fante : se raconter tout en nuances et, que l’épisode narré soit drôle ou triste, toujours faire naître un sourire sur les lèvres du lecteur. Ce roman confirme l’attrait que je me suis découvert pour John Fante. Tout porte donc à croire que je n’ai pas fini d’en parler ici !

Bandini, John Fante

Après Mon chien Stupide, le dernier roman de John Fante, qui a été publié à titre posthume, je poursuis ma découverte de cet auteur américain avec son roman intitulé Bandini.

Svevo Bandini est un immigré italien qui vit dans une petite ville du Colorado avec Maria, sa femme, et ses trois fils, Arturo, August et Frederico. Alors que l’hiver s’installe, Svevo ne peut plus travailler en raison du temps. Cela tombe mal car l’ardoise qu’il a chez l’épicier ne cesse de s’allonger et les loyers en retard ne se comptent plus. C’est dans ce contexte déjà tendu qu’arrive une lettre de sa belle-mère, une personne qu’il déteste. Il décide de s’éclipser de la maison pendant le séjour de celle-ci chez lui. Son départ va entraîner toute une série d’événements.

Le récit suit le plus souvent Arturo Bandini, le fils aîné de la famille. La vie à l’école et à la maison sont présentées à travers ses yeux. Ce qui permet à John Fante de balayer plusieurs thèmes. Bandini est avant tout une chronique de la pauvreté car le roman décrit la dure réalité d’une famille pauvre : des menus qui reviennent souvent, des vêtements élimés et rapiécés, une maison vétuste. La charité, bien que bien intentionnée, est vécue comme une insulte. Arturo en particulier est fier et a envie de goûter au monde des riches. S’appeler Bandini dans le Colorado des années 30, c’est aussi être un métèque selon les propres mots de l’auteur. John Fante met le doigt sur ce décalage : la famille Bandini est marquée par ses origines italiennes même si les trois enfants sont nés aux Etats-Unis et Américains de plein droit. John Fante décrit également le poids du catholicisme : Maria est une véritable dévote qui vit le rosaire à la main et les deux aînés sont marqués par l’éducation catholique qu’ils reçoivent à l’école. August le cadet se voue d’ailleurs à une carrière de prêtre. Arturo a lui plus de choses à se reprocher mais la pensée catholique reste présente dans ses réflexions. Il a des désirs d’émancipation et en même temps il s’inquiète des pêchés qu’il commet et garde à l’esprit la possibilité de se confesser pour se faire pardonner. Il est aussi question de la figure du père. Svevo Bandini représente un modèle pour Arturo. Celui-ci admire son père quelles que soient ses actions. Même quand la raison semble l’emporter, Arturo se ravise et pardonne tout à son père. Il se dégage une certaine tendresse pour lui. Il l’admire pour son travail et sa personnalité et il comprend ses écarts de conduite. Le patriarche italien est une figure puissante dans le roman.

L’écriture de John Fante est donc admirable. En plus de décrire la réalité de son époque, Bandini est surtout une histoire bien racontée. Je n’ai pas lâché ce roman. Il est relativement court mais très riche. Le récit est largement autobiographique si j’en crois la postface. Arturo Bandini serait l’alter ego de John Fante. Un auteur que j’ai envie de lire à nouveau.