Le pape des escargots, Henri Vincenot

Bon là j’étais un peu vendu d’avance à ce livre. D’abord parce que le recueil de romans dans lequel figure Le Pape des escargots m’a été offert par mes parents. Et aussi parce que ça faisait un moment que je m’étais promis de m’intéresser à Henri Vincenot, le chantre de la Bourgogne, ma région natale.

Vincenot, éditions Omnibus

Gilbert vit comme un ermite dans sa ferme appelée la Rouéchotte. Négligeant les travaux de la ferme et oubliant de se nourrir, il passe son temps à sculpter alors que sa famille est toute entière tournée vers les travaux des vendanges. Son occupation est considérée comme une lubie par tous, sauf par la Gazette, un vieil original errant qui voit en Gilbert la réincarnation des bâtisseurs bourguignons d’antan qui ont œuvrés à la construction des plus belles églises romanes. Le talent de Gilbert est remarqué fortuitement par le propriétaire d’une galerie d’art parisienne qui, grâce à ses nombreux contacts dans le milieu de l’art moderne, lui propose de l’envoyer à Paris tous frais payés pour suivre des cours dans une école d’art. Gilbert le Bourguignon va donc prendre la route de Paris.

Le pape des escargots est un livre très riche. Les thèmes dont il est question sont très nombreux.

Commençons d’abord avec la Bourgogne. Il est évident que Henri Vincenot est un amoureux fou de sa région, la terre des Eduens et des Burgondes. Ça se sent à chaque ligne, à chaque description de ses personnages, des paysages et des bâtiments. La langue est joyeuse. J’ai pris plaisir à lire certains mots que je n’avais qu’entendu jusque-là. Des beaux mots comme revorcher, reveuiller, beuzenot, pangnat, traignas, treuffes etc. D’ailleurs je me suis dit que j’avais encore quelques progrès à faire pour comprendre vraiment le patois bourguignon. Le texte est en truffé et on peut buter dessus si on ne connaît pas ces mots. Mais ça m’avait fait la même chose avec le français d’Acadie dans Pélagie la charrette sans pour autant m’empêcher de l’apprécier. Toujours au rayon des mots, on notera le vocabulaire du domaine de l’architecture, de la sculpture, de l’artisanat et de la bonne nourriture.
Les personnages sont plutôt colorés, et c’est un euphémisme dans le cas de La Gazette, sorte de prédicateur errant, mémoire vivante de la vie bourguignonne, des traditions ancestrales, de l’architecture et des Compagnons du Devoir. Les exégètes d’Henri Vincenot pourraient facilement consacrer une longue étude à propos de ce personnage, qui est en fait le véritable héros du roman. Le pape des escargots c’est lui.
Je ne m’attendais pas du tout à ce que ce livre parle de religion. En fait ça parle beaucoup plus de spiritualité que de religion. La Gazette expose l’intégration des coutumes laïques et druidiques dans le christianisme. Henri Vincenot n’a pas attendu le Code Da Vinci pour mêler christianisme, panthéisme et paganisme.
Mais le thème central de ce livre est la vie en Bourgogne, le terroir diront certains. C’est un mode de vie et un monde que je n’ai pas connus, mes parents un peu et mes grands-parents sans doute un peu plus. C’est une culture qui disparaît petit à petit malheureusement. Vincenot a manifestement une dent contre la ville, lieu de perdition par opposition à la campagne où on respecte les vraies choses. On frôle parfois la caricature en ce qui concerne le contraste entre la vie dans la Bourgogne profonde et le mode de vie urbain mais ça reste crédible. Vincenot a lui-même expérimenté les deux modes de vie : né et élevé en Bourgogne, il a passé de nombreuses années à Paris. On peut donc lui accorder un certain crédit sur le sujet. Et puis comme tout écrivain, il force le trait pour passer son message. J’aime bien aussi la sensibilité écologique de l’auteur. Écrit dans les années 70, ce livre aborde déjà le sujet de la pollution des nappes phréatiques, du manque d’eau en été, de l’utilisation intensive des engrais dans l’agriculture… Ces sujets sont malheureusement toujours d’actualité.
Le pape des escargots, c’est aussi l’histoire des déracinés, comme Vincenot lui-même. C’est la description des individus qui quittent leur région pour la ville, que ce soit Dijon ou Paris. Avec la distance on a tendance à se couper de ses racines. C’est ce qui arrive à Gilbert de la Rouéchotte mais il finit par se retrouver. Il ressort grandi de son expérience d’expatrié.

En guise de conclusion, voilà une lecture très agréable, je garde les autres romans du recueil sous la main.

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Du même auteur : La billebaude et Les étoiles de Compostelle

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30 réflexions au sujet de « Le pape des escargots, Henri Vincenot »

  1. J’avais déjà remarqué ce roman puisque Amazon me le recommande toujours mais sans jamais avoir vu d’avis de lecteur. C’est maintenant chose faite et cette critique ne fait qu’attiser mon envie d’y jeter un coup d’œil. J’espère seulement que le patois ne nuira pas trop à ma compréhension. Merci pour cette belle critique!

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  2. @ Frisette : j’aime quand je donne envie de lire à quelqu’un. Et le patois n’est pas un problème pour comprendre et apprécier le pape des escargots. Sans forcément connaître le sens exact de chaque mot, on a une bonne idée du sens avec le contexte.

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  3. Ca alors! Moi je suis Bourguignonne de coeur… j’ai passé neuf ans à Dijon et tous mes étés de l’autre côté de la colline d’Irancy… et toi?
    Quant à ce bouquin, je l’ai lu il y a plusieurs bonnes années, mais j’avais trouvé la langue vraiment savoureuse…

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  4. @ Filaplomb : c’est dommage qu’il faille attendre si longtemps pour que les préoccupations des romans fassent la une des médias. Et le chemin qui reste à faire demeure plutôt long…

    @ Magda : je suis arrivé sur Dijon sur le tard, pour les études. Auparavant j’ai erré dans la plaine de la Saône, entre Dijon et les limites du Jura… Entre les champs de colza, les tas de betteraves et les remorques pleines d’oignons !

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  5. Je suis amenée à passer régulièrement par la Bourgogne, je vais y visiter mes beaux parents.C’est un joli pays, je connais surtout Chablis et ses environs… Il faut croire que je suis marquée par les grands vins, (j’habite Bordeaux!)Ce livre doit être une lecture agréable, mais je ne note pas pour l’instant, plus tard peut-être, sans doute…

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  6. @ Sylvie : c’est une malédiction que beaucoup aimeraient subir que d’être marquée par les grands vins !
    Comme le pape des escargots fait partie d’un recueil, je compte lire d’autres romans de Vincenot et j’en parlerai ici. Comme ça tu pourras te faire un avis plus complet sur l’auteur et voir si tu le mets dans ta pile à lire ou pas 😉

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  7. Marrant, ce livre ne m’a jamais attiré. Il était chez mon père, je le prenais, le reposais. Non. (Je ne lis pas que de la SF – d’ailleurs je n’en lis plus)

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  8. @ fanette : ton expérience me fait penser à un livre de Balzac (Modeste Mignon) entamé il y a plusieurs mois, vers lequel je suis revenu mais sans me décider à le finir. Je ne m’explique pas pourquoi…
    Quant à la SF, je devais m’y mettre mais j’ai été trahi par Amazon… Ce n’est que partie remise j’espère.

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  9. « Salutas la compagnie » comme dit La Gazette…
    « Le pape des escargots », c’est aussi l’humour de Vincenot, par la verve de cet étonnant et fantasque personnage de La Gazette et des tirades d’une grande drôlerie. Désolé, je ne peux résister à vous lire un passage : « Le vieux, de ses deux mains, leva sa crosse au ciel, car dans les moments d’émotion, il oubliait qu’il était manchot… »

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  10. @ Alex : tu fais bien de le souligner, Vincenot a beaucoup d’humour. C’est ce qui fait que le pape des escargots est aussi plaisant à lire. Il y a une certaine distance via-à-vis des événements dramatiques, on comprend qu’il vaut mieux un peu d’humour dans la vie pour continuer à vivre.

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  11. En fait, le drame et le comique ne vont souvent pas l’un sans l’autre en littérature je crois… Je voulais répondre à cette question il y a quelques jours : « Conseillez-moi un roman qui fasse rire aux larmes » mais dans tous ceux qui me venaient à l’esprit, le drame pointait toujours le bout de son nez…

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  12. Salut, je suis suisse et passionné au point d’ aller à pied jusqu’à Vézelay (d’abord, jusqu’à Dijon en train ;o) !!)
    La vallée de la Cure et enfin la fameuse colline…
    J’allais seulement voir le petit escargot que H.Vincenot décrivait brièvement dans son livre; mais ce qu’il y avait autour était encore beaucoup plus surprenant !
    J’ai passé 10 jours en 1986 à visiter les plus fameux sites décrits dans le pape des escargots:le pied !Je regrette encore maintenant d’avoir loupé la conférence que donnait H.V. à Dijon …tant pis

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  13. @ Nestor : en effet tu sembles être un grand passionnée de Vincenot. Je ne suis jamais allé à Vezelay mais à une époque je passais tous les jours à côté de la chouette sur l’Église Notre-Dame à Dijon. J’ai été attristé d’apprendre qu’elle avait été vandalisée il y a quelques années (mais réparée depuis).
    Reste connecté car je devrais bientôt reparler d’Henri Vincenot quand je me serai replongé dans le recueil de ses romans.

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  14. hi Phil
    j’ai lu presque tous les ouvrages de H.V. et il fût un temps où je t’aurais presque récité les tirades de la Gazette par coeur ;o)
    j’ai été captivé par « la billlebaude », étant d’une région vallonnée, comme les arrières-côtes du Morvan, truffée de gibier et de braconniers , braco dans l’âme moi-même, mais trop prudent ou plutôt trop chiard pour passer véritablement à l’acte, passionné par » la pie saoûle » et « les chevaliers du chaudron », je me voyais aux commandes de cette fameuse loco aux greandes roues, puis « le maître des abeilles » a bouleversé ma façon de voir la maladie et la foi en Dieu, « les étoiles de Compostelle » m’ont fait rêvé d’un monde meilleur et pour la énière fois, j’entendais parler d’un certain charpentier, Jésus de son prénom, mais d’une autre manière. H.V. a été le catalyseur d’un début de curiosité sans cesse croissante vers cet Homme qui changera ma vie quelques années plus tard…
    C’était il y a bien longtemps et mes souvenirs de ces nuits blanches à cligner des yeux pour rester éveillé coûte que coûte pour finir le chapitre voire le bouquin, se limitent aujourd’hui à quelques citations et bribes de phrases…
    J’ai abandonné Vincenot pour suivre Jésus et je n’ai jamais regretté ce choix; Henri Vincenot est mort mais Jésus est toujours vivant et sa parole, la Bible, toujours d’actualité
    Salut Phil, à+

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  15. @ Nestor : Henri Vincenot aura donc été pour toi un éveil à la foi. C’est vrai que dans le pape des escargots, c’est la religion catholique qui sous tend les actions des personnages (les traditions aussi).
    Cela dit, Vincenot semble se faire l’avocat d’une forme de catholicisme plutôt éloignée de la doctrine de l’Église (syncrétisme, voire paganisme).

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  16. J’ai beaucoup lu Henri Vincenot, Le pape, la Billebaude et les Etoiles de Compostelle sont les titres que j’ai le plus aimé. Comme Nestor, j’ai fait à vélo le tour des sites dont il parle dans notamment La Billebaude. Le voyage de Chateauneuf à Arcenans en passant par la Combe Perthuis et En Bruant. Par contre j’aimerai savoir où se trouve ce qu’il appelle dans son récit « la combe-morte » et qui doit être le hameau « La Pourrie » qu’il a retapé plus tard avec ses enfants.
    Si vous avez des précisions, merci de me les faire connaître.

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  17. Jean-Marie : je viens de remettre le nez dans mon recueil de Vincenot et d’après la préface, il semblerait que le hameau de « la Peurrie » soit situé près de la commune de Commarin.

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  18. Se livre est un très grand livre initiatique, à lire et à relire grâce à sa grande profondeur.
    Merci beaucoup Henri que les Dieux et Déesses toujours te protègent!

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