Ravage, René Barjavel

Ravage est un roman de science-fiction publié par René Barjavel en 1943. C’est aussi le premier roman de Barjavel que je lis.

Ravage Barjavel

Ravage est une dystopie dont le récit se passe en 2058. Blanche est une jeune provinciale montée à Paris et repérée par le patron de radio 300, une grande société médiatique. Une grande carrière de chanteuse s’offre à elle dans un Paris très moderne dominé par de grandes tours modernes et ultra confortables et où les avenues sont pleines de voitures volantes. François Deschamps, l’ami d’enfance de Blanche, est lui un étudiant sans le sou qui vit dans un vieil appartement. Toute occupée par sa carrière naissante, Blanche néglige son ami. Le soir de la grande première du spectacle où Blanche tient la vedette, un mystérieux phénomène coupe le courant partout. C’est le début d’un enchaînement de catastrophes qui modifient durablement les conditions de vie jusqu’alors confortables de chacun. François et Blanche se retrouvent alors et le jeune homme décide de les ramener dans leur Provence natale et rurale, a priori épargnée par les conséquences du cataclysme.

René Barjavel n’y va pas par quatre chemins. Le message de Ravage est en effet peu subtil. Barjavel offre une vision très noire de la technologie et du progrès. L’être humain s’est peu à peu laissé éloigner de la nature par les progrès de la technologie. L’agriculture se fait hors terre et est complètement industrialisée. Les logements ont des robinets qui donnent du lait. Les déplacements s’effectuent très rapidement en avion d’un pays à l’autre. Les gens se sont habitués à un niveau de confort très important et se sont peu à peu détachés de l’origine des choses : les champs pour la nourriture et les vaches pour le lait par exemple. C’est donc dire que c’est un véritable problème quand se produit la panne généralisée. Le retour à l’état de nature se passe mal : privés de nourriture et de confort, les gens sont ramenés à leurs plus bas instincts pour survivre et bon nombre d’entre eux ne savent plus comment produire de la nourriture, s’organiser pour vivre et se défendre des agresseurs. L’Homme moderne est perdu quand il doit revenir à l’état de nature. Le soi-disant progrès conduit selon Barjavel à des dérives tels ces médecins qui jouent les apprentis sorciers avec des malades mentaux et libèrent des pouvoirs destructeurs incontrôlables. Ou encore ce culte des ancêtres qui est pratiqué dans chaque logement : les aïeux sont conservés comme empaillés dans les salons et partagent la vie quotidienne de leurs descendants.
Heureusement que François Deschamps, jusque dans son nom le Français des champs, possède le bon sens nécessaire pour sauver ses compagnons et remettre dans le droit chemin une Blanche, la blancheur virginale voire l’oie blanche, qui bien que séduite un temps par le miroir aux alouettes de la société moderne, se ressaisira pour se ranger sous la férule de François.

Saluons la justesse de la vision de Barjavel qui imagine 2058 (c’est dans 45 ans seulement) avec des villes faites de grandes tours d’habitations modernes, prélude à ce qui sera les grandes barres d’habitation construites dans les années 60 avec tout le confort moderne (on en est revenu depuis mais c’est une autre histoire). Que dire de radio 300, ce conglomérat médiatique qui domine le divertissement des Français sinon que nous sommes en plein dedans avec la convergence entre différents médias et modes de communication ? Certes nous sommes loin d’avoir des voitures volantes et d’avoir la capacité de nous rendre en Ecosse en quelques minutes. Mais il faut bien admettre qu’au cours des dernières décennies les distances se sont considérablement réduites et que les grands trajets sont plus abordables financièrement que jamais. La déconnexion des habitants des villes de la nature est également une réalité. Mais surtout la question principale de René Barjavel se pose toujours : que deviendrions-nous si demain nous devions vivre sans eau courante ni électricité, sans tout ce qui rend nos vies confortables ? C’est une interrogation qui demeure d’actualité 70 ans après l’écriture de Ravage.

Après avoir développé les abus d’une société moderne et technologique, Barjavel déroule dans le dernier chapitre du roman sa vision de ce que serait une société idéale. Les hommes vivraient donc en petits villages ruraux subsistant principalement en autarcie sous la direction sévère et bienveillante d’un patriarche centenaire. C’est la partie utopique de Ravage. Il faut admettre que Barjavel ne se limite pas à une critique réussie du modernisme à tous crins et de ses dérives. Il propose sa vision de la société idéale. Mais je trouve que celle-ci ne tient pas la route. La quête du progrès technologique est indissociable de l’être humain, pour preuve cet homme qui à la fin du roman propose une machine pour faire gagner du temps à ses contemporains. Mais Barjavel par la voix de François tue dans l’œuf toute initiative pour sortir la société de sa condition terrienne. Il est paradoxal qu’un écrivain recommande notamment la destruction des livres car ils représentent des instruments du progrès. Ce côté radical ne m’a pas plu.

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12 réflexions au sujet de « Ravage, René Barjavel »

  1. J’aime tellement ce livre ! Et comme toi, à la lecture, j’ai été bluffée par le fait qu’il ait pu écrire ça en 1943. La même fascination que j’avais éprouvé en lisant le meilleur des Mondes.

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  2. La Faim du Tigre, je trouve, est meilleur dans le genre. Et puis, Colomb de la Lune, une si belle fantaisie. Et Le Grand Secret ! C’était un Grand, Barjavel.

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    1. Salut. Juste pour te dire que ce livre c’est une science fiction . Car à l’époque il ne pouvait absolument pas se douter que certaine technologies pourraient un jour exister. Et puis , c’est surtout parce que je l’ai lu car c’est pour le collège et que on étudie le science fiction durant ce chapitre ! Et de rien.

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  3. Ce livre qui date des année 40 est trés visionnaire par bien des aspects:
    -tout d’abord tecnlogiques développement de l’informatique, usage d’aliments de synthèse…
    -Puis sociologiques, la dépendance technologique, une classe de gens riche de plus en plus puissants et toujours plus éloignée du bas peuple.

    Le héros François deschamps est un jeune homme que les évênements au fil du livre vont rendre de plus en plus violent et tyranique (c’est une conséquence du retour à la nature sauvage et brutal). Le petit groupe des réfugié de l’apocalypse prendra des allures de socité primitive.

    Le personnage de Blanche Rouget quant lui obtiendra à ses débuts plus par son physique que par son talent réel. Car ce futur est un monde d’apparence où les hommes les plus puissants (type jerôme Seita) une fois démuni se montre faible et incapable.

    Ce livre relate l’odysée de l’Humanité à ses origines où la nécéssité fait loi, (recours à la polygamie pour repeupler le monde), usage de la violence pour la survie.

    Certaines images de ce livre m’ont profondément marquées , la conservations des corps des ancêtres dans des frigidaires, les mutations qui s’effectuent à l’asile….
    http://sfsarthe.blog.free.fr/

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  4. Bonjour, après avoir lu quasiment tout BARJAVEL, je souhaiterais avoir des suggestions d’auteurs de la même veine, orientés également sciences fiction.
    Merci de vos conseils.
    Bien à vous,
    Wilfried

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