Cavelier de Lasalle, une épopée aux Amériques

Le titre complet de ce livre de Pierre Berthiaume est Cavelier de Lasalle, une épopée aux Amériques, récits de trois expéditions 1643-1687.

J’ai trouvé ce livre à la bibliothèque au rayon des nouveautés. Je nourris une certaine passion pour l’Amérique française. J’avais lu avec intérêt il y a quelques années un livre sur l’histoire tragique du peuple acadien. D’ailleurs je me suis replongé dans ce contexte avec intérêt grâce à la fiction acadienne d’Antonine Maillet dans Pélagie-la-Charrette. Pierre Berthiaume est professeur de français à l’Université d’Ottawa. Il retrace dans son livre le parcours de trois expéditions du Français Cavelier de Lasalle à travers les témoignages de trois de ses compagnons de route. Cavelier de Lasalle est un explorateur au même titre que Jolliet et Marquette, qui malheureusement sont tout aussi méconnus dans les livres d’Histoire de France. Les Français ont joué un rôle important dans l’histoire de l’Amérique du Nord, de manière plus large que le Québec, même si ce dernier en est un des plus beaux restes. La Nouvelle-France était un territoire énorme : de Terre-Neuve aux Grands Lacs et ensuite en descendant jusqu’au Golfe du Mexique via le Mississippi avec un territoire comprenant une bonne partie du MidWest et de la Louisiane. Coincé entre l’Est des États-unis sous la coupe de l’Angleterre et le Sud Ouest, le Nouveau-Mexique des Espagnols, ce territoire ne pouvant que susciter les convoitises de ses puissants voisins. D’autant qu’il est resté très peu colonisé et pas suffisamment développé pour devenir fort. Le traité de Paris aura raison en 1763 de la Nouvelle-France. Il est amusant de constater que malgré tout, quelques noms français ont subsisté en Amérique du Nord : Saint-Louis dans le Missouri, Sault Sainte-Marie en Ontario, Marquette dans le Minnesota, Terre Haute dans l’Indiana ou encore Fonds du Lac dans le Wisconsin. Notons tout de même que la ville de Green Bay dans le Wisconsin était appelée Baie des Puants par les Français de l’époque de Lasalle. Un changement de nom salutaire.

Livre Lasalle

Revenons-en au livre de Pierre Berthiaume et à Cavelier de Lasalle. Sa première expédition, mal préparée, a pour objectif de découvrir le fleuve Mississipi. Cela s’avérera plutôt l’exploration de la région de l’Ohio. La deuxième expédition est couronnée de succès puisque, avec ses compagnons, Lasalle traverse une bonne portion du territoire nord américain du Nord au Sud. Il suit le Saint-Laurent jusqu’aux grands lacs et rejoint ensuite le Mississipi jusqu’à son embouchure dans le golfe du Mexique où il prend possession des terres au nom du roi de France Louis XIV. C’est la naissance officielle de la Louisiane ! Quant à la troisième et dernière expédition de Lasalle, elle part de France par bateau et a pour objectif de retrouver l’embouchure du Mississipi en navigant dans le golfe du Mexique. C’est au cours de cette ultime expédition que Cavelier de Lasalle sera assassiné par un de ses compagnons.

Le livre se compose de deux parties. La première est consacrée aux récits des compagnons de voyage de Lasalle. Ils sont retranscris tels quels, dans le français de l’époque (pas très éloigné du nôtre je vous rassure). Le premier récit est de Bréhant de Galinée, le suivant de Henri de Tonty et le dernier est de Jean Cavelier de Lasalle, frère de Cavelier. Dans la seconde partie du livre, Pierre Berthiaume retrace le parcours de Lasalle, précise certains points et éclaire certains aspects non traités par les récits précédents.

Ce que j’aime particulièrement dans ce livre, c’est qu’on en apprend beaucoup sur la vie à cette époque. Ceux qu’on appelle les Sauvages (pas encore les Amérindiens ou les autochtones) ont marqué les esprits des Européens. Les expéditions se font par le moyen de transport le plus simple à l’époque : les cours d’eau. Et cela est possible grâce au canot en écorce de bouleau couramment utilisé par les Indiens, une des plus belles inventions des Sauvages selon Bréhant de Galinée. Quand le cours d’eau n’est pas navigable, les hommes pratiquent le portage des canots. Ils les portent sur la terre en attendant de pouvoir reprendre la rivière. Les explorateurs doivent également composer avec les saisons et notamment le redoutable hiver du Nord de l’Amérique qui leur impose de prendre des pauses de plusieurs mois à l’abri des intempéries.

En toile de fond est présente la concurrence entre les Nations européennes pour l’exploitation du territoire nord-américain. Ici c’est notamment l’Espagne qui est vue comme un rival direct. De plus, la rivalité entre les Français eux-mêmes est perceptible. Montréal est à l’époque une ville de Jésuites qui ne soutient pas vraiment Lasalle. De même l’exploration du continent n’est pas une priorité de Louis XIV déjà bien empêtré dans ses guerres européennes. On croisera aussi quelques missionnaires partis convertir les Sauvages au catholicisme. Et certains membres des expéditions de Lasalle déserteront pour se lancer dans la pelleterie (le commerce de la fourrure), une activité très lucrative alors que d’autres iront rejoindre les tribus indiennes pour y fonder une famille.

Les commentaires et explications de Pierre Berthiaume sont clairs, concis et permettent de préciser certains points. Ainsi dans le compte-rendu de Tonty la découverte de l’embouchure du Mississipi passe presque inaperçue. Pierre Berthiaume revient sur le sujet ce qui permet au lecteur de mieux profiter de la dimension historique de ce moment.

Cela dit, il manque une carte actuelle avec les principales villes et les cours d’eau pour se rendre compte du parcours de Lasalle. Je me permets de mettre ici une carte trouvée sur le site internet du musée canadien des civilisations schématisant les trajets successifs de Lasalle.

Lasalle

De plus, l’identification des différents peuples indiens est ardue au départ pour celui comme moi qui n’y connaît rien. Là aussi une carte de l’implantation des tribus aurait aidé. Que voulez-vous je suis un visuel ! Le livre présente quelques cartes d’époque (remarquables de précision) mais elles sont malheureusement trop petites pour être vraiment lisibles. Mais je passe volontiers sur ces défauts tant le sujet m’enthousiasme.

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4 réflexions au sujet de « Cavelier de Lasalle, une épopée aux Amériques »

  1. Hehehehe … me voici avec des voeux plein les doigts !
    Alors pour toi que je ne connais pas, un peu moins de neige, de belles lectures, des trucs passionnants et qui te tiennent toute la nuit eveille.
    Bien sur !000 choses a partager.
    Blabla from USA

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  2. @Sblabla : merci et excellente année à toi. Plein de bonnes choses pour 2008 à toi et tes proches.
    Rares sont les lectures à me tenir éveillé la nuit. J’aime mieux dormir que lire en fait !

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