Vent salés, Joanne Rochette

La recrue de ce mois-ci est Joanne Rochette qui publie son premier roman intitulé Vents salés. Pour lire les avis de mes collègues, allez faire un tour sur le site de la recrue du mois.

Delphine, une jeune veuve vivant à Montréal avec ses deux enfants, tombe sous le charme d’Ernest, un homme qui exerce le métier de pilote. La passion entre eux deux est forte mais sera-t-elle suffisante pour rapprocher deux mondes ?

Pour moi le plus intéressant dans ce roman de Joanne Rochette aura été de me familiariser avec une profession méconnue car aujourd’hui disparue : celle de pilote de navire. En effet, Ernest est engagé par les capitaines des bateaux qui naviguent sur le fleuve Saint-Laurent. Sa connaissance du fleuve est indispensable aux bateaux pour se frayer un chemin entre les écueils et les bancs de sables et pour faire face à une météo fluviale souvent capricieuse. La dure réalité du métier de pilotes est très bien décrite par Joanne Rochette.

Quant au fond de l’histoire je ne sais pas trop quoi en penser. L’histoire d’amour entre les deux personnages principaux avorte et ça m’a déçu. Il est clair que Delphine et Ernest n’avaient pas grand chose en commun au départ si ce n’est une passion amoureuse pour le moins explosive. Mais cette passion n’est pas suffisante pour en faire un couple. Malgré une tentative de se rapprocher de lui, Delphine renonce à Ernest quand elle se rend compte de la vie solitaire qui l’attend. Admirative devant son mode de vie indépendant, elle en devient jalouse. Et quand Ernest décide de s’engager envers Delphine, il est trop tard pour lui et il ne l’accepte pas. Curieusement alors que la passion est le point de départ du roman et rapproche les deux personnages, c’est la voie de la raison qui l’emporte à la fin du roman. Pour le plus grand malheur de Delphine et Ernest. Le désir et les besoins physiques ne sont finalement qu’une parenthèse qui se referme. Comme si la terre, représentée par Delphine, et l’eau, symbolisé par Ernest le pilote, étaient deux éléments qui ne pouvaient que se croiser ponctuellement sans toutefois cohabiter.

Ma dernière remarque concerne le style qu’a choisi Joanne Rochette. L’alternance entre le point de vue de Delphine et celui d’Ernest est bien faite. Ce n’est pas mécanique et cela laisse le récit fluide. Mais j’ai été moins convaincu par le procédé qui consiste à enchaîner des paragraphes à la troisième personne et d’autres à la première personne. Sans être maladroit, c’est perturbant à la lecture.

Publié chez VLB Éditeur.

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L’âme du Minotaure, Dominike Audet

Nouvelle lecture dans le cadre du repêchage de la Recrue du mois : le premier roman de Dominike Audet qui s’intitule L’âme du Minotaure. Pensez à cliquer sur l’onglet repêchage du site pour découvrir de nombreux nouveaux auteurs québécois.

C’est toujours délicat de parler d’un livre dont on a abandonné la lecture en cours de route. C’est mon cas avec ce premier roman de Dominike Audet. Ce titre m’a attiré en raison de sa thématique historique et le fait que le roman comporte près de 900 pages ne m’effrayait pas.

L’âme du Minotaure décrit les amours de Katharina, une jeune secrétaire berlinoise avec Reihnard Heydrich, un des hauts placés chez les SS. Le Minotaure c’est lui. Dirigeant à la poigne de fer, il est en charge de diriger la Tchécoslovaquie après l’invasion allemande. C’est aussi un des architectes de l’Holocauste. Katharina ne connaît pas les détails des fonctions d’Heydrich et tombe sous le charme de ce Janus : dirigeant sévère et rigide dans ses fonctions et amant doux et attentionné avec sa maîtresse.

La seconde guerre mondiale est une période qui m’intéresse et j’ai lu plusieurs livres sur le sujet : romans ou témoignages (les Bienveillantes, le soleil est aveugle, Rommel face au débarquement 1944). Malgré tout, j’ai choisi d’arrêter ma lecture de l’âme du Minotaure à la moitié du livre. En effet, l’aspect historique qui m’avait attiré au départ est relégué au second plan au profit de l’histoire d’amour entre Katharina et Heydrich. Et celle-ci, bien que présentant une dynamique originale, transforme malheureusement le livre en roman à l’eau de rose. C’est un genre qui ne m’attire pas mais j’ai gardé un esprit ouvert malgré certains clichés inhérents au genre : Katharina est attirée par le mauvais garçon, elle a un meilleur ami avec qui elle entretient une relation platonique bien que celui-ci lui propose de l’épouser et il y a la figure paternelle et bienveillante en la personne du bon Dr Karl qui se transfigure en ogre. Mais ce sont là les lois du genre.

C’est plus du côté de l’écriture qu’est venue mon insatisfaction. Le point m’ayant le plus agacé est que le roman comporte de nombreux dialogues inutiles. Les personnages se renvoient longuement la balle sans que ça apporte vraiment grand chose au lecteur. Par ailleurs, l’état d’esprit du personnage principal change souvent. J’ai plusieurs fois perdu mon souffle à suivre les montagnes russes des émotions qu’elle vivait.

Le roman aurait sans doute gagné en qualité avec des dialogues moins nombreux et au service du récit. D’autant que Dominike Audet possède une belle maîtrise de la langue française. J’aurais aimé lire plus de descriptions de sa part comme c’est le cas dans les chapitres à la 3e personne que j’ai apprécié car plus descriptifs et de fait plus proches de mes attentes historiques. J’aurais au moins pu en apprendre plus sur un personnage historique peu recommandable grâce au souci de véracité historique de Dominike Audet.

Publié chez VLB Éditeur.