Une nouvelle chasse l’autre, Hélène Ferland

On est déjà le 15 du mois ! C’est l’occasion de faire connaissance avec une nouvelle recrue du mois !

Hélène Ferland frappe fort d’entrée de jeu. La première des 30 nouvelles s’intitule Il n’avait pas le droit et nous présente un adultère du point de vue de la maîtresse. Le ton est donné et le lecteur est plongé au cœur d’un malaise qu’on retrouve dans de nombreux textes qui composent ce livre.

L’écriture de nouvelles est un art délicat. L’auteur dispose de peu de temps pour obtenir l’attention du lecteur et le plonger dans son histoire. Qui plus est, il faut aussi trouver une bonne chute pour finir la nouvelle. Hélène Ferland démontre avec Une nouvelle chasse l’autre qu’elle est parfaitement à l’aise dans ce format. Toutes les nouvelles de ce recueil sont présentées sous un angle original et j’ai plusieurs fois été complètement surpris par la tournure soudaine du récit. J’ai eu beau cherché mais je n’ai pas trouvé de nouvelles véritablement plus faibles que les autres. Le livre est vraiment homogène du point de vue de la qualité des textes.

En fait, le titre est trompeur car une nouvelle ne chasse pas l’autre. Elles ont toutes de quoi laisser une impression sur le lecteur. Je garde particulièrement en mémoire La piqûre du destin qui raconte le parcours d’une femme battue qui se rebelle à sa façon. Ou encore S’il avait su : l’histoire d’un adolescent qui éprouve de sérieux remords d’avoir joué les recruteurs pour un réseau de prostitution. Vous le devinez, l’atmosphère de ces nouvelles est souvent sombre. Je déconseille de les lire si vous vous sentez un peu déprimé.

La famille est le thème de prédilection d’Hélène Ferland dans ce livre : il est question d’être l’enfant de quelqu’un, de mauvaises mères (elles aiment trop ou pas assez), du décès d’un enfant, d’abandon, d’adoption, de la naissance, du couple, de la vieillesse, de l’image de soi… Ces textes forts trouveront certainement une résonance auprès des amateurs de nouvelles mais aussi auprès des auteurs en devenir : Une nouvelle chasse l’autre est une superbe leçon d’écriture dans un style mordant !

Publié aux Éditions Sémaphore.

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La canicule des pauvres, Jean-Simon Desrochers

La Recrue du mois de mars est Jean-Simon Desrochers avec son premier roman : la canicule des pauvres. Visitez le site de la recrue pour lire les commentaires des autres rédacteurs.

La canicule des pauvres m’a fait un effet coup de poing et Jean-Simon Desrochers est un auteur brillant. La laideur et le sordide décrits de le roman sont remarquables, impossible d’y être insensible.

Le roman compte une vingtaine de personnages qui ont tous en commun d’être locataires d’un de ces nombreux immeubles défraîchis (voire minables) que compte Montréal. Ce sont tous des perdants de la vie, vivant pour la plupart dans une pauvreté intellectuelle et une misère sexuelle. D’un étage à l’autre de l’immeuble, le lecteur est confronté à la drogue, la pornographie, le SIDA, la solitude, la vieillesse et une décrépitude avancée sous l’effet de dix jours de canicule.
Quel contrepied magnifique de choisir de nous montrer Montréal sous la canicule alors qu’on imagine habituellement la ville sous la neige. Cette canicule agit comme le révélateur d’une ville aux facettes multiples. Comme si la chaleur extrême permettait d’extraire l’essence de Montréal.

Avec la canicule des pauvres, Jean-Simon Desrochers offre une plongée dans les bas-fonds de Montréal, ceux que les touristes ne connaissent pas. L’auteur nous révèle sa démarche à la toute fin du livre à travers les mots du bédéiste japonais : son objectif est de capturer l’essence de Montréal. Mais il comprend que c’est une ville qui ne se laisse pas apprivoiser facilement. C’est facile de la survoler et de la connaître de manière superficielle. Mais pour la connaître vraiment, il faut y vivre.

Avec ce roman, Jean-Simon Desrochers se pose en témoin de notre époque et des maux qui la rongent. Avec sa galerie de personnage, il me fait penser à un Zola des temps modernes dressant le portrait de son temps sans fards. Le livre est dense, il serait vain de recenser tous les thèmes dont il est question. La canicule des pauvres est un gros roman de 700 pages mais c’est impossible de le lâcher. Le nombre de personnages peut faire craindre de perdre le fil mais il n’en est rien. Au contraire, le livre possède un côté hypnotisant et se dévore avidement.

La canicule des pauvres est une très belle découverte. Peut-être à réserver à un public adulte et averti. Mais à ceux-là je dis : « Lisez le, lisez le, lisez le ! »