Glamorama, Bret Easton Ellis

A l’époque où je lisais Technikart (période lointaine de tentative de branchitude), Bret Easton Ellis était l’écrivain ultime, le symbole du post modernisme. Toujours en retard de plusieurs trains, c’est seulement en 2008 que j’ai ouvert mon premier livre de Bret Easton Ellis.

Glamorama m’a laissé confus. J’ai d’abord failli arrêter la lecture après 20 pages tant les dialogues étaient insipides. Les premières pages consistent en un name dropping de célébrités et de pipole ainsi que de noms de marques de luxe ou clairement marquées CSP+. Ça m’a refroidi d’emblée. Mais j’ai continué la lecture pour voir quelle intention cela servait. Bret Easton Ellis le fait dire dès le début à un de ses personnages : ce qui est à la mode est dépassé.

Pour faire simple, Bret Easton Ellis y va d’une critique sévère du monde du spectacle, cet univers branché et superficiel dans lequel évoluent  mannequins, stars du cinéma, musiciens, homos branchés etc. C’est sex, drog & rock’n roll à tous les étages.

Victor, le narrateur, organise l’ouverture d’une boîte de nuit. Il est aussi mannequin, aspirant acteur et membre d’un groupe de rock. C’est lui qu’on va suivre tout au long du livre, entre hallucinations et réalité, de New-York à Paris en passant par Londres. Glamorama est une sorte de descente aux enfers progressive faite de vedettes, de glamour et de soirées où alcool et drogue sont monnaie courante. Le récit évolue petit à petit vers une atmosphère plus sombre, plus glauque, pour finir dans le terrorisme et la violence gratuite. Le sexe lui-même devient gratuit, sans âme et froid. Certaines scènes de violence sont horribles et tout simplement choquantes, elles rappellent les snuff movies.

Glamorama est une critique qui aurait pu faire mouche. Qui a peut-être été d’actualité. Mais voilà, même si Bret Easton Ellis a volontiers forcé le trait dans Glamorama, la réalité a eu vite fait de dépasser le monde qu’il décrit. Publié en 1999, ce livre a été ringardisé par l’explosion des magazines et des sites internet people (TMZ, Perez Hilton pour ne citer que les plus connus). L’exposition médiatique est devenu un vrai métier. Demandez à Paris Hilton qui va de soirées en soirées pour se faire prendre en photo. Ou encore Lindsay Lohan, qui passe plus de temps en réhab qu’à tourner des films. Par pudeur, je ne parlerai pas de Britney Spears. Du coup, l’univers décrit dans Glamorama fait presque gentillet par rapport au monde des spectacles de 2008. Certains noms ont disparu, d’autres pas. C’est la même chose mais en plus gros, plus intense aujourd’hui. En tout cas, bien vu d’avoir flairé ça mais on était loin en 1999 d’imaginer là où on serait rendu maintenant.Même chose en ce qui concerne le terrorisme où les attentats à la bombe ont été remplacés par les attentats suicide. L’horreur des attentats du 11 septembre en étant le paroxysme (du moins je l’espère).
Lu en 2008, Glamorama paraît un peu dépassé. Est-ce que tout cela fait de Bret Easton Ellis un visionnaire ? Sans doute. Mais il a sous-estimé les basses tendances de l’être humain. Le monde est allé très vite en quelques années seulement.

Sur un plan strictement littéraire, j’ai trouvé que Glamorama était trop long. Je pense qu’un roman moitié moins long aurait tout aussi bien servi le propos de l’auteur. J’ai par ailleurs beaucoup de mal à trouver des qualités à Glamorama. Les dialogues nombreux sont pour la plupart totalement inintéressants (comme la vie des personnages ?). L’aspect le mieux rendu a tout de même été l’atmosphère d’enfermement et de détresse vécue par le narrateur lorsqu’il est manipulé.

Cela dit, Glamorama me fait un peu mieux comprendre Frédéric Begbeider qui pompe sans vergogne le style de Bret Easton Ellis. 99F et Au secours pardon ont une structure similaire : des hommes qui évoluent dans des métiers branchés / glamours. Le sexe, le luxe et la drogue sont quotidiens. Leur univers finira par déraper vers une violence injustifiée. Et les livres ont également comme point commun de se finir en queue de poisson. Pas brillant mais apparemment ça fait vendre. Et après tout dans le monde de merde dans lequel nous vivons, c’est tout ce qui compte, n’est-ce pas ?