Kudos, Rachel Cusk

Je suis allé pêcher cette lecture dans la liste des 100 livres remarqués de l’année 2018, liste élaborée par le New York Times. Je ne connaissais pas Rachel Cusk et son œuvre mais je me suis laissé tenter par la brève description qui en était faite. Je l’ai lu dans sa version originale. A ma connaissance, Kudos n’est pas encore traduit et publié en français.
Kudos est le récit à la première personne de Faye, une écrivaine qui se rend en Europe. Il m’a d’ailleurs fallu attendre le dernier tiers du roman pour que son prénom soit révélé. La destination exacte n’est pas précisée, tout ce qu’on en sait, c’est qu’il s’agit d’un pays au climat ensoleillé. Elle participe à un festival littéraire pour y faire la promotion de son dernier ouvrage. Ce faisant, elle croise un certain nombre de personnes avec qui elle discute. Rares sont ses interlocuteurs à être nommés mais leurs conversations sont rapportées dans le détail. Là où on pourrait s’attendre à des conversations superficielles entre inconnus, c’est l’inverse qui se produit. Les échanges sont très profonds, comme si le fait de parler avec des inconnus comportait moins d’enjeux et permettait de parler des choses qui comptent vraiment. Il est notamment question des relations de couple et des relations entre parents et enfants.
Kudos est un roman très intéressant à suivre à condition de ne pas perdre le fil. Il m’est en effet arrivé de reprendre ma lecture et de devoir remonter un peu plus haut pour me remémorer avec qui la narratrice était en train de dialoguer. Outre la fatigue de la fin de journée, la raison est aussi que les interlocuteurs sont rarement nommés et la narratrice fait référence à eux en disant « he said » ou « she said« . Signe peut être que le propos est plus important que le messager. Pas toujours facile de s’y retrouver. J’ai même mis un peu de temps à identifier les narratrice comme étant une femme. Reste que le propos de Rachel Cusk est pertinent et très actuel. Peut-être un peu intellectuel, donc il faut savoir qu’il ne conviendra pas aux lecteurs à la recherche d’action. Il plaira davantage à un lectorat plus versé dans le cérébral. Il semblerait que Kudos soit le 3e volet d’une trilogie après deux autres romans intitulés Transit et Outline. Dommage pour moi de l’apprendre en fin de lecture seulement. C’est ce qui s’appelle prendre le train en route.
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La communauté de l’anneau, J. R. R. Tolkien

Trop peu de temps et tellement de livres à lire ! Figurez-vous que je n’avais encore jamais lu le Seigneur des Anneaux. En fait mes lectures adolescentes ou de jeune adulte ne m’ont pas conduit vers la littérature fantasy. J’essaie donc de me refaire une culture dans ce domaine avec un des plus gros morceaux du genre. Alors, évidemment, j’ai vu les films il y a bien longtemps déjà mais la trilogie de Peter Jackson n’avait pas exercé une énorme fascination sur moi. Je me disais que c’était parce que je n’avais pas lu les livres. Mais à la lecture de ce premier tome, la communauté de l’anneau, vous verrez que je n’ai pas vibré plus que ça.

Frodon Sacquet est un jeune Hobbit. Enfin relativement jeune car il vient d’atteindre la majorité chez les Hobbits, à savoir 33 ans. Les Hobbits sont une peuplade d’une terre fictive qui vivent dans la Comté (anecdote, il existe une commune dans le Pas-de-Calais qui s’appelle La Comté). Le jour de ses 33 ans, Frodon hérite de son oncle Bilbon Sacquet, infatigable voyageur (une chose rare chez un Hobbit), qui ayant atteint l’âge vénérable de 111 ans, décide de se retirer de la vie. Il laisse tous ses biens à Frodon, dont un mystérieux anneau. Ce dernier recèle de nombreux pouvoirs, comme le sorcier Gandalf le gris l’explique à Frodon. Véritable outil au service du mal, cet anneau doit être détruit par son possesseur, à savoir le jeune Frodon. Celui-ci, accompagné de trois de ses amis Hobbits (Sam, Pipin et Merry) se mettent en route vers la montagne du destin. Après un premier périple, les 4 compagnons arrivent chez les elfes où ils se voient adjoindre l’aide de plusieurs personnes pour former la communauté de l’anneau. Leur mission : poursuivre la route pour aller détruire l’anneau qui est convoité par les forces du mal. Deux humains, Aragorn et Boromir, un elfe, Legolas, un nain, Gimli, et Gandalf forment cette communauté de l’anneau et doivent affronter de nouveaux périls pour détruire l’anneau.

Moi qui pensais avoir affaire à un roman où l’action était omniprésente, j’ai été déçu. La longue introduction sur les mœurs des Hobbits est un préambule au périple. On y pose un peu l’histoire de l’anneau et Gandalf explique comment il est arrivé entre les mains de Bilbon mais que c’est long ! Même chose avec la première partie du voyage des 4 Hobbits où la menace certes se précise mais reste très lointaine. Il faut attendre 400 pages sur 600 pour qu’ils arrivent à Fondcombe et que la communauté de l’anneau avec les 9 compagnons de route se mette en place. Dès lors, oui il y a de l’action et c’est intéressant. Mais plus d’un peuvent se décourager avant d’arriver à ce point du récit. Tolkien n’aide pas non plus son lecteur avec de nombreux chants qui font la joie des elfes et des hobbits mais qui selon moi n’apportent pas grand chose au récit, sinon pour donner une couleur locale au récit.

Je pense que je vais lire les deux autres tomes mais sans me jeter dessus immédiatement. D’autres lectures viendront s’intercaler, histoire de changer de rythme !

Pomme S, Eric Plamondon

Il est temps de réparer une injustice ! Après avoir parlé des deux premiers opus de sa trilogie, à savoir Hongrie-Hollywood Express et Mayonnaise, j’avais négligé de chroniquer Pomme S d’Eric Plamondon. Je l’avais lu dans la foulée des deux autres début 2013 (6 ans déjà) mais je n’en avais pas encore fait mention ici. Qu’à cela ne tienne, j’ai relu Pomme S pour bien vous en parler.Pomme S, c’est l’histoire de Steve Jobs revue et corrigée par la plume d’Eric Plamondon. Ca veut dire des liens entre des faits apparemment anodins ou non connectés, présentés dans un ordre qui n’appartient qu’au récit voulu par l’auteur. Le tout entremêlé de chapitre sur le narrateur et Gabriel Rivages, personnage sans doute alter ego de l’auteur, qu’on retrouvait déjà dans les deux autres romans de cette trilogie. C’est le roman de la maturité pour Gabriel Rivages. Dans cet opus, on y découvre en effet un narrateur qui est devenu un père ému devant son fils.

Quel est le lien entre Johnny Weismüller, Richard Brautigan et Steve Jobs. L’année 1984 a été centrale pour ces trois personnages publics. Weismüller est mort cette année-là, de même que Brautigan qui s’est suicidé en 1984. Cette année est beaucoup moins funeste pour Jobs. Eric Plamondon retient cette année car c’est le lancement du Mac avec une publicité passée dans les annales. Pour la voir, c’est ici : Apple 1984. Réalisée par nul autre que Ridley Scott (Alien), elle marque le début de ce qu’on appelle aujourd’hui le storytelling en marketing et en publicité. L’histoire que la marque raconte prend le pas sur les produits eux-mêmes. Nous sommes en 2019, 35 ans après 1984, et Apple a gardé cette ligne directrice. Vous n’achetez pas un iPhone uniquement pour ses capacités techniques mais aussi (voire surtout) parce qu’Apple vous fait rêver. Et bien la vie de Steve Jobs, c’est un peu pareil. Il n’a jamais cessé de raconter une histoire sur son parcours, quitte à travestir certains épisodes. Et l’histoire que nous raconte Eric Plamondon à propos de Steve jobs est elle-même passionnante. Ces petits chapitres se dévorent les uns après les autres et sont parfaits pour notre époque de snackable content.

C’est donc l’esprit tranquille que je referme officiellement cette trilogie. Pour mieux me consacrer à une autre roman d’Eric Plamondon.