Apocalypse bébé, Virginie Despentes

Il s’agit pour moi d’un premier contact avec Virginie Despentes via Apocalypse bébé, un roman paru en 2010. Il a obtenu le prix Renaudot la même année.

Apocalypse bébé - Virginie Despentes

Valentine est une adolescente qui vient de disparaître. Lucie, une détective privée pas très dégourdie, mène l’enquête. Alors qu’elle a bien du mal à débuter ses investigations, elle fait appel à la Hyène, une lesbienne bien connue dans le milieu des privés. Rompue aux méthodes peu orthodoxes, elle remet Lucie sur les bons rails. Leur enquête les conduira de Paris à Barcelone.

Apocalypse Bébé est construit d’une manière originale qui donne du rythme au roman. Les chapitres à la première personne du point de vue de Lucie alternent avec d’autres chapitres offrant le point de vue des autres personnages du roman. Ce polar lesbien tire dans tous les sens : le Paris bourgeois, le monde de l’édition, la famille traditionnelle… L’histoire elle-même n’est que le prétexte à une critique de notre société. L’enquête est plutôt rapidement menée et comporte quelques rebondissements jusqu’à montrer l’histoire familiale compliquée de Valentine. L’ensemble se lit bien.

J’avais une image trash de l’écriture de Virginie Despentes, la faute à quelques articles lus ici et là. Mais si je me limite à Apocalypse bébé, point de trash. Il y a bien quelques provocations comme la description de scènes de sexe, y compris entre lesbiennes, un mode de vie alternatif à Barcelone, de la violence mais il n’y a vraiment pas de quoi choquer le lecteur lambda. Quant à la question de savoir si le prix Renaudot est mérité, je veux bien croire que le cru 2010 des romans français était pauvre.

Borderline, Marie-Sissi Labrèche

J’ai entendu parlé pour la première fois de Borderline lors de la sortie du film il y a quelques années. J’avais perçu cet ouvrage de Marie-Sissi Labrèche comme un moment marquant de la littérature québécoise.

Dans ce roman coup de poing, une jeune femme fait le récit d’un présent de débauche en alternance avec une enfance singulière. La narratrice s’autodiagnostique borderline. Son angoisse et ses névroses appellent chez elle un comportement extrême. C’est ainsi qu’elle se retrouve dans un motel crasseux de Montréal pour coucher avec un obèse qui ne l’attire pas. C’est son besoin d’obtenir l’attention des autres qui la conduit à provoquer. Elle veut être remarquée et être le centre de l’attention. On citera à sa décharge un environnement familial peu propice à l’équilibre avec une mère monoparentale qui est folle et une grand-mère qui n’a pas toujours toute sa raison non plus. Comment ne pas être au bord de la folie dans ces conditions ?

Borderline est une autofiction riche en émotions : la colère, la détresse, la sexualité sans sensualité entre autres. Nous avons affaire à un conte de fée trash. Je parle de conte de fée car sans se finir super bien, le roman s’achève mieux qu’il n’avait commencé pour la narratrice.

Si Borderline est accrocheur et se lit avec intérêt, en grande partie grâce au style accrocheur de Marie-Sissi Labrèche, je pense que le bilan d’un point de vue plus littéraire est pour moi en demi-teinte.  Ce style de roman provocateur était peut-être nouveau et percutant lors de la sortie de Borderline mais étant donné le nombre de livres similaires sortis depuis, je pense que le lectorat (moi inclus) est devenu un peu blasé face à ce genre de déballages. Borderline ne sort pas du lot aujourd’hui je trouve. Reste une chronique d’un Montréal sombre.