Comme si de rien n’était, Maxime Collins

Maxime Collins est la recrue du mois de juillet avec son premier roman Comme si de rien n’était.

Avec Comme si de rien n’était, Maxime Collins évite de nombreux pièges dans lesquels les jeunes auteurs peuvent tomber. Son économie de mots donne du rythme aux quatre récits qui composent le roman. En effet, étant donné que le narrateur nous présente des personnages qui se cherchent, Maxime Collins aurait pu se laisser aller à une logorrhée sans fin sur les états d’âmes de chacun. Au contraire, il livre juste ce qu’il faut pour accrocher le lecteur et l’entraîner dans l’univers de chacun des protagonistes. Et c’est heureux d’avoir placé l’histoire de Benjamin au début du roman car c’est la plus rythmée. Dès les premières pages, j’ai été intrigué par son activité peu commune qui nous est dévoilée au fur et à mesure. Et j’ai retenu mon souffle dans sa course folle.

Les personnages du roman, justement. Ils sont tout à fait crédibles. Si je devais les caricaturer, on a affaire à un gigolo, un puceau, une pute et un homo. Mais c’est un autre piège dans lequel Maxime Collins n’est pas tombé : ses personnages ne sont pas caricaturaux. Ces quatre personnes dans la jeune vingtaine ont en commun le fait de s’être exilées de Montréal (qui à Nice, qui au Havre, qui à Toronto et qui en Grèce) pour trouver des réponses à des questionnements divers. La distance ne réglant aucun problème, ils trouveront des pistes de réponses par le biais de leur sexualité. Loin d’être racoleuse comme dans certains romans, la chose sexuelle n’est dans ce roman que la partie émergée d’une quête de soi et de la recherche d’un bonheur aux contours mal dégrossis. Le mal-être de chacun est plus profond et l’auteur n’offre ni solution miracle ni pirouette finale pour éviter de répondre à la problématique qu’il pose.

Je trouve donc que Maxime Collins signe un bon premier roman, bien connecté aux questionnements des individus de son époque. Seul bémol tout personnel, je n’ai pas vu un grand intérêt à nous présenter ces parcours par le biais d’un narrateur omniscient qui constitue finalement un lien ténu entre les personnages.

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Volkswagen Blues, Jacques Poulin

Jacques Poulin est un auteur québécois qui m’a été recommandé à de nombreuses reprises. Et en particulier son livre intitulé Volkswagen Blues. Un passage par la bibliothèque et j’étais paré pour la lecture de ce roman québécois.

Volkswagen Blues

Volkwagen Blues est la chronique de la rencontre de deux personnes et de leur départ sur les routes canadiennes et américaines. Jack Waterman est un homme entre deux âges. Il voyage dans un bus Volkswagen (qu’on imagine bien être un modèle Westfalia, celui des hippies). Jack Waterman est son pseudonyme d’écrivain, on ne connaîtra jamais son vrai nom et le narrateur parle de lui en l’appelant l’Homme, tout simplement. Son acolyte est Pitsémine. C’est une jeune métisse, mi blanche mi montagnaise. Elle est surnommée la Grande Sauterelle à cause de ses longues jambes maigres. La rencontre entre les deux personnages a lieu à Gaspé alors que Pitsémine fait du stop (du pouce comme on dit au Québec) pour aller rencontrer sa mère qui travaille comme femme de ménage au musée de la ville. L’Homme est lui à la recherche de son frère Théo dont les dernières nouvelles remontent à quelques années sous la forme d’une carte postale mystérieuse envoyée de Gaspé.

Les deux voyageurs vont ainsi aller de ville en ville pour suivre la trace du frère de Jack. A chaque arrêt, ils mènent une petite enquête pour retrouver des indices du passage de Théo. Sur la route et au volant du bus Volkswagen, Pitsémine et l’Homme se racontent leurs vies, partagent des anecdotes, visitent des lieux historiques. L’Histoire est omniprésente tout au long de Volkswagen Blues. L’itinéraire emprunté est globalement le suivant : Gaspé, Québec, les Milles îles, Toronto, Détroit, Chicago, Saint-Louis. Ils suivront ensuite la piste de l’Oregon pour rejoindre San Francisco. C’est à peu de choses près le chemin qu’ont parcouru les explorateurs francophones d’abord (Jacques Cartier, Jolliet, Marquette et Cavelier de Lasalle pour en nommer quelques-uns) puis la route qu’ont suivie les pionniers américains jusqu’en Californie. Leur parcours symbolique de l’embouchure du fleuve Saint-Laurent jusqu’à l’Océan Pacifique en passant par les grands Lacs, le fleuve Mississipi, les Prairies et les Rocheuses sera l’occasion d’en apprendre un peu plus sur l’Histoire de l’Amérique (un sujet que j’ai déjà abordé ici et ). Les discussions entre l’Homme et la Grande Sauterelle apportent un éclairage particulier sur les relations des colons (Français, Anglais et Américains) avec les Indiens, une histoire qui s’est construite sur la violence.

Volkswagen Blues est une histoire sympathique. Le livre se lit très bien et est très accessible. Il offre au lecteur de faire un beau voyage en bonne compagnie. J’aurais aimé que les relations entre les deux protagonistes soient approfondies davantage. Volkswagen Blues n’est pas un chef d’œuvre mais demeure une belle histoire. Je ne ferme donc pas la porte à d’autres livres de Jacques Poulin.