Fonds perdus, Thomas Pynchon

Après une mauvaise expérience de lecture avec Thomas Pynchon il y a 5 ans (voir Contre-jour), j’ai décidé de me confronter à nouveau à cet auteur américain vénéré par de nombreux lecteurs dont le dernier roman en date s’intitule Fonds perdus.

Fonds perdus Thomas Pynchon

Première surprise, Fonds perdus est un roman de détective, qui plus est dont le rôle principal est tenu par une femme. Maxine est une enquêtrice spécialisée dans les fraudes. L’action se déroule à New-York au début des années 2000, alors que vient d’éclater la bulle internet.  Il est question à un moment donné des attentats du 11 septembre 2001, mais Fond perdus n’est pas un livre sur le 11 septembre. Maxine enquête sur Gabriel Ice, un entrepreneur des hautes technologies dont l’activité reste curieusement florissante alors que l’ensemble du secteur des nouvelles technologies est en train de couler. De plus, de mystérieuses transactions sont faites entre une de ses entreprises et le Moyen-Orient.

Réglons tout de suite le cas du 11 septembre tel que traité par Thomas Pynchon. A ce propos le jugement de Pynchon est sans appel, je vous le laisse dans le texte :

Bien que chacun, au sud de la 14e Rue, ait été d’une façon ou d’une autre directement touché, pour la plupart des New-Yorkais, l’expérience est parvenue médiatisée, par la télévision pour l’essentiel – plus on remontait uptown plus le moment avait été vécu de seconde main, des histoires de membres de la famille qui venaient tous les jours de banlieue pour le travail, des amis, des amis d’amis, des conversations téléphoniques, des ouï-dire, du folklore, tandis que des forces auxquelles il importe irrésistiblement de prendre le contrôle du récit le plus vite possible, entrent en jeu et qu’une histoire fiable se réduit à un périmètre funeste centré sur « Ground Zero« , emprunté aux scénarios de guerre nucléaire si populaires au début des années soixante. On a été bien lion d’une frappe soviétique en plein coeur de Manhattan, pourtant ceux qui répètent « Ground Zero« comme un mantra le font sans honte et sans se soucier de l’étymologie. Le but est que les gens soient remontés, mais d’une certaine manière. Remontés, apeurés et impuissants.

Thomas Pynchon a bien fait de laisser passer un peu de temps avant d’écrire sur les événements du 11 septembre. Plus généralement il propose une lecture de la société du début des années 2000. Je le trouve clairvoyant, non pas dans le sens qu’il est capable de prédire l’avenir (15 ans plus tard ce serait bien sûr de la supercherie) mais pour sa capacité à savoir retenir ce qui fait sens pour expliquer la suite. Le début des années 2000 est en effet une période clé qui a défini les 10 années à venir aux Etats-Unis qu’il s’agisse de la guerre contre le terrorisme de l’administration Bush ou l’importance de la technologie dans nos vies (pour le meilleur et pour le pire). On y lit les prémices du journalisme citoyen avec une blogueuse engagée ou encore d’une technologie inspirée de Second Life qui comporte de nombreuses promesses pour les internautes jusqu’à ce que les marques s’y intéressent.

Maxine, le personnage principal, est une femme moderne. Outre son statut de chef d ‘entreprise, elle est mère de famille mono-parentale de deux jeunes ados depuis son divorce. On la voit donc courir pour aller chercher ses enfants à l’école, les déposer à leurs activités (cours de Krav Maga) et en même temps progresser dans une enquête dangereuse et complexe par son sujet technologique et ses aspects financiers. Maxine n’en est pas moins femme puisque, comme dans tous les romans du genre, la détective a des relations avec plusieurs hommes que l’enquête met sur son chemin. Comme dans tout bon polar, Fonds perdus est aussi riche en personnages secondaires prétextes à nombreuses anecdotes et le récit est souvent humoristique avec un personnage principal qui pratique l’auto-dérision dans un New-York multiculturel.

Toutefois ma lecture a été hachée. Je ne pratique pas assez Thomas Pynchon pour savoir si c’est une habitude chez lui mais il passe rapidement d’un sujet à l’autre sans forcément prendre le temps d’introduire le propos ou de décrire un changement de scène par le menu. J’ai plusieurs fois dû reprendre un paragraphe pour être sûr de n’avoir rien loupé. Même chose avec les nombreux personnages secondaires qui font l’objet de descriptions sommaires (quand le lecteur a la chance qu’ils lui soient décrits). Je me suis donc senti un peu perdu dans un récit qui a tendance à partir dans tous les sens. On ne sait pas vraiment quel rôle joue chacun dans l’affaire qui préoccupe Maxine et on ne sait pas non plus vraiment pourquoi Maxine veut comprendre ce qui se passe. Pour ajouter à cette confusion, il n’y a pas de véritable conclusion au récit.

Je retiens donc surtout de Fonds perdus une analyse de qualité sur le New-York du début des années 2000. Il s’agit toutefois d’un récit difficile à suivre. Mais c’est pour ça qu’existe la littérature. Pour nous remettre en question à la fois sur la société et sur nos habitudes de lecteur.

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Contre-jour, Thomas Pynchon

J’étais assez impatient de me frotter à Thomas Pynchon, d’autant que j’ai apprécié de lire des romans d’auteurs américains contemporains comme Saul Bellow et Don DeLillo (voir la liste des lectures de ce blogue). Mais ça aura été un rendez-vous manqué avec Thomas Pynchon car je n’ai pas pu finir Contre-jour, le dernier ouvrage qu’il a publié à date. Je me suis rendu à la moitié de ce livre très dense qui compte 1200 pages.

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Le livre débute à la fin du dix neuvième siècle pendant l’exposition universelle de Chicago. Plusieurs des très nombreux personnages du livre sont alors présentés. L’action se déplace ensuite dans le Colorado où le lecteur fait la connaissance de la famille Traverse. D’abord Webb le père qui travaille dans les mines mais qui à ses heures perdues manie l’explosif contre les patrons de mines. Sur fond de conflits sociaux violents, d’anarchisme et d’exploitation des ouvriers, on est plongé dans un Far West coloré. Webb sera assassiné, sa fille unique épousera son meurtrier, un de ses fils va chercher à le venger, accompagné d’un cadet pas plus motivé que ça à restaurer l’honneur de la famille. Le petit dernier deviendra lui le protégé du riche industriel qui a commandité l’assassinat de son père.
Contre-jour est la description d’une époque où tout était possible, où les sociétés américaine et européenne étaient en pleine construction. Thomas Pynchon signe une chronique de la fondation de notre ère moderne. Le récit emprunte parfois à Jules Verne, en particulier dans les passages consacrés aux Casse-cous, une bande d’aéronautes employés à de dangereuses missions par de mystérieux commanditaires. Thomas Pynchon fait aussi tourner le récit autour de la science, enfin les branches de la science un peu mystiques, entre scientisme et sciences occultes. L’époque est clairement à la recherche de sens que ce soit au niveau scientifique ou au niveau social.

Décrit comme ça, Contre-jour semble en effet un roman intéressant. Mais je ne sais pas si je n’accroche pas avec le style de Pynchon ou si j’ai été un peu fainéant sur ce coup là. Toujours est-il que le livre m’est apparu touffu et dense. De fait difficile à suivre. J’ai mis du temps à comprendre qui étaient les personnages principaux du roman. Le récit n’est pas toujours facile à lire. Je ne sais pas si c’est à cause des nombreux récits parallèles ou de l’ambiance très scientifique mais je n’ai pas eu énormément de plaisir avec cette lecture. J’ai eu l’impression d’un patchwork de récits, comme si Pynchon avait voulu écrire plusieurs romans en an. Peut être pour retranscrire le fourmillement des idées de la fin du 19ième siècle et du début du 20ième. Dans une certaine mesure, Contre-jour est un miroir du début de notre 21e siècle riche en fanatisme religieux, en actes terroristes et où les avancées scientifiques posent de nombreuses questions morales.

Bref, ce premier contact avec Thomas Pynchon n’est pas une réussite. Quel est votre avis sur Contre-jour ? Et plus généralement sur Thomas Pynchon ?

1etoile

Herzog, Saul Bellow

Je me suis plongé récemment dans la lecture d’un auteur que je ne connaissais pas, Saul Bellow. En fait, je me suis intéressé à lui suite à un commentaire sur internet où Saul Bellow était présenté comme un des grands de la littérature américaine contemporaine aux côtés de Don DeLillo et de Thomas Pynchon. La différence avec ces deux là est que Bellow est mort. Mais aussi qu’il a obtenu le prix Nobel de littérature (1976). Autre point original, Saul Bellow est américain mais il est né et a vécu à Montréal jusqu’à l’âge de 9 ans.

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Herzog est livre publié en 1964. Il raconte l’histoire de Moses Herzog, un homme de 47 ans qui vient de se faire quitter par Madeleine, sa deuxième épouse, qui se met en ménage avec son amant, le meilleur ami de Herzog. Doublement trahi, Moses se retrouve dans un état dépressif. Toujours en déplacement, il va ressasser les souvenirs de son mariage, revenir sur les épisodes marquants de sa jeunesse et parler de son projet de livre qui n’a pas vu le jour. Il écrit des lettres qu’il n’enverra pas à ses proches, à des gens célèbres et même à des personnes décédées. Cette manie finira par avoir des vertus thérapeutiques puisque Moses Herzog retrouve une certaine sérénité à la fin du roman.

Herzog est le récit d’un homme en crise, en manque de repères qui va d’échec en échec. Il traverse une grande période de doute où les moments de joie ne durent pas. Il se dévalorise comme universitaire, comme père et comme homme. Il apprend à se reconstruire petit à petit. Curieusement, c’est un personnage pour qui je n’ai pas éprouvé de sympathie au départ car je le trouvais un peu geignard. Mais au fur et à mesure, je me suis attaché à lui. J’ai trouvé son cheminement intéressant.

Attention, ne lisez Herzog pas si vous aimez les livres d’action. C’est un voyage intérieur et certains passages sont d’ordre philosophique (qui écrit des lettres à Spinoza et à Nietzsche ?). C’est une réflexion sur le parcours d’un homme en quête d’identité après un divorce et sa séparation avec ses enfants. À bien des égards, les thèmes abordés dans Herzog sont toujours très pertinents.

5 étoiles