Les murs, Olivia Tapiero

La Recrue du mois de janvier est Olivia Tapiero et son premier roman, les murs. C’est avec ce livre qu’elle a remporté le prix Robert Cliche remis chaque année à un premier roman québécois. Olivia Tapiero est à 19 ans la plus jeune récipiendaire dans l’histoire de ce prix.


Que voilà un roman maîtrisé ! Avec les murs, nous sommes plongés dans la folie : une jeune fille est à l’hôpital suite à une tentative de suicide. C’est par sa voix que nous vivons son expérience. Le propos du roman est dur, cette jeune fille veut détruire son corps et l’image qu’elle renvoie aux autres. Outre sa tentative de suicide avec des somnifères, elle veut se laisser mourir de faim, elle se mutile en permanence, se drogue et a rasé son crâne. Si elle le pouvait, la narratrice voudrait ne devenir qu’un pur esprit détaché des contingences corporelles.

Le corps est en effet un thème central dans le roman. Détesté, il est au cœur des préoccupations de la narratrice. Son rapport au monde passe par les sensations, qu’elle le veuille ou non. Elle voit, entend, ressent, goûte et sent ce qui l’entoure. D’une négation complète, on arrive en bout de ligne à un mince début d’acceptation.

Pour moi, les murs est un livre sur la volonté : de mourir, de se détruire et enfin d’accepter de se relâcher. La narratrice est toujours en plein contrôle, elle est extrêmement consciente et suit sa logique destructrice. On n’est pas dans une folie détachée de tout et incontrôlable. C’est parfois effrayant et éprouvant à lire car la volonté de mourir, surtout pour une personne jeune, n’est pas un thème facile. Olivia Tapiero possède une écriture forte et subtile à la fois. Forte car il est impossible de rester insensible à ce qui vit la narratrice, les phrases sont courtes et les mots claquent. Et subtile car Olivia Tapiero parvient à livrer un récit très intérieur qui évite la répétition. C’était une crainte que j’avais en abordant le roman, l’écueil est double : tourner en rond et se répéter dans les affres de la folie et faire en sorte que miraculeusement la patiente guérisse. Mais non, la narratrice évolue doucement dans son état d’esprit et dans ses relations avec les autres : le personnel soignant, ses parents, les autres malades… J’apprécie aussi le fait que le lecteur reste sans véritable réponse une fois le roman terminé : rechute, guérison, on ne sait pas ce qui l’attend. Les murs correspond à la tranche de vie du personnage principal entre les murs d’institutions médicales. Ni leçon ni jugement, c’est juste un parcours individuel qui nous est brillamment proposé.