Tsunamis, Michel Jean

Il y a 8 ans, je lisais Un monde mort comme la lune, premier roman de l’auteur québécois Michel Jean. Il vient de publier Tsunamis, un roman qui met en scène le même personnage principal, le journaliste de télévision Jean-Nicholas Legendre.

Quelques mois après le drame qui a coûté la vie à sa femme et à sa fille, le reporter Jean-Nicholas Legendre est envoyé au Sri-Lanka pour couvrir les conséquences du terrible tsunami de décembre 2004. Le Sri-Lanka fut en effet un des pays les plus touchés par cette catastrophe naturelle. Dépêché par sa rédaction quelques jours à peine après l’arrivée de la vague destructrice, Jean-Nicholas Legendre ne tarde pas à vouloir élargir son reportage à la situation politique du pays qui vit depuis plusieurs années au rythme des affrontements entre deux ethnies : les Tamouls et les Cingalais. Il a notamment l’opportunité d’interviewer un des responsables militaires des tigres tamouls, une organisation qui mène une guérilla contre le pouvoir cingalais.

Tsunamis est un roman qui joue sur plusieurs niveaux. Tout d’abord celui très personnel de la reconstruction du personnage principal suite à la vague qui l’a lui-même frappé de plein fouet après le meurtre de sa femme et de sa fille. Le reportage au Sri-Lanka offre la possibilité au reporter québécois de se plonger dans une toute autre réalité. Comme c’était le cas avec Haïti dans Un monde mort comme la luneTsunamis m’a permis de me familiariser avec l’histoire contemporaine du Sri Lanka, notamment en ce qui a trait aux luttes entre Tamouls et Cingalais. Chapeau à Michel Jean, lui même journaliste, pour sa capacité à rendre compte simplement des subtilités d’un conflit qui a laissé la communauté internationale indifférente. Et pour les amateurs d’action, Tsunamis constitue une formidable plongée dans une zone de combat aux côtés du journaliste et de sa fixer cingalaise, tous deux isolés en plein territoire tamoul entre l’armée cingalaise et les tigres tamouls.

L’écriture de Michel Jean est efficace et sans longueurs. Il est fin dans sa description de l’état d’esprit dévasté de son personnage principal sans tomber dans les clichés ou le pathos. De même, la situation politique complexe du Sri-Lanka est décrite de manière fluide et s’insère parfaitement dans la narration. Et Michel Jean possède une excellente maîtrise du suspense, j’ai tourné les pages les unes après les autres pour connaître la suite du récit. Bref, que du plaisir avec cette lecture !

Publicités

Histoires à ne pas fermer l’œil de la nuit, présenté par Alfred Hitchcock

Ce vieux livre a été déniché à l’occasion d’un rangement familial. Et hop, le voici emmené en vacances ! Ne vous y trompez pas, Alfred Hitchcock n’est pas l’auteur de ces histoires à ne pas fermer l’œil de la nuit. Il a simplement prêté son nom archi connu (sa marque) à ce recueil de 19 nouvelles à suspense qui ont toutes été écrites par des auteurs différents.
Histoires a ne pas fermer l'oeil de la nuit Alfred HitchcokLe recueil s’ouvre sur Ménagements de Charlotte Armstrong où une vieille dame enquête sur la mort de sa sœur à la manière de Miss Marple. Les précautions de sa famille à son égard éveillent en effet ses soupçons. Comme celle-ci, plusieurs des nouvelles sont des récits policiers. Ainsi dans In vino veritas de Lawrence G. Blochman, un enquêteur confond un assassin à l’aide d’une bouteille de vin. Dans un registre proche, d’autres nouvelles ont pour thème le crime parfait. D’abord les meurtres. Dans Meurtre maison de Davy Keene, un gigolo cherche à assassiner la femme qu’il a épousée pour son argent. Et dans Jour ultime de Fay Grissom Stanley, une femme qui refuse de divorcer de son mari qui la quitte pour une autre prépare le meurtre de celui-ci. Le narrateur de la nouvelle intitulée Insoupçonné et écrite par Jay Wilson, un employé de banque modèle, fomente un meurtre qui lui permettrait de dérober une somme pour finir confortablement ses vieux jours. Dans les trois cas, le meurtre n’aura été parfait que sur le papier. Autre crime parfait, l’arnaque. Parfois ça marche comme dans La nouvelle donne de Charles Einstein où un joueur de black jack a trouvé la combine pour arnaquer les casinos. Au contraire, dans Mort sur décision du tribunal de Francis Beeding, un homme ruiné pensait avoir trouvé la méthode parfaite pour mettre sa famille du besoin. Sans succès.

Mais toutes les nouvelles ne sont pas policières. Il y a un peu de fantastique avec Tribut floral de Robert Bloch, une histoire de fantômes. Ou encore avec Canavan et son terrain de Joseph Payne Brennan qui raconte l’histoire d’un jardin ensorcelé. Le recueil comporte un soupçon d’espionnage avec L’homme qui n’en savait pas assez d’Edward D. Hoch avec un récit digne de la Guerre Froide où le contre-espionnage britannique est sur le point de déjouer un complot qui permettrait aux Russes de s’emparer du code donnant accès aux communications cryptées des diplomates britanniques. Un peu de suspense avec une nouvelle signée Jack London intitulée Bâtard qui décrit les relations troubles entre une chien méchant et son maître cruel dans le Grand Nord canadien. Un peu d’horreur aussi dans Les sculptures érotiques de l’Ohio d’Adobe James : un collectionneur d’art érotique est prêt à tout pour acquérir de superbes sculptures pour son musée personnel.

Ces histoires ne m’ont pas empêché de fermer l’œil de la nuit mais elles m’ont tenu en haleine par leur suspense, leur humour noir et leurs surprises finales. C’est un bon moment de lecture, léger et parfait pour les vacances. Merci Mr Hitchcock !

Carrie, Stephen King

Carrie est le tout premier roman de Stephen King mais c’est aussi le premier roman que je lis de lui. Je l’ai lu en version originale.

Carrie, Stephen King

Carrie White est une jeune fille de 16 ans qui vit avec sa mère Margaret dans la petite ville de Chamberlain dans l’Etat du Maine. Elle dispose du pouvoir de faire bouger des objets à distance mais elle maîtrise encore mal ce don de télékinésie. Ostracisée, Carrie est l’objet des moqueries de ses camarades de classe de la high school locale. L’une d’elle, Sue Snell, honteuse de son attitude envers Carrie lors d’un épisode de moquerie collective, se sent coupable et demande à Tommy, son petit ami, d’accompagner Carrie au bal de fin d’année (le fameux bal de promotion américain). Elle imagine qu’ainsi Carrie se sentira moins mise à part au bras d’un des garçons les plus populaires de l’école. Mais c’est sans compter sur une autre élève qui a été exclue du bal pour s’être moquée de Carrie et qui est bien décidée à ruiner la soirée de Carrie.

Stephen King est connu comme maitre du suspense et à la lecture de Carrie, je ne peux que joindre ma voix au chœur. La beauté de Carrie réside dans le fait que Stephen King distille au fur et à mesure du récit des bribes de ce qui va se passer plus tard. Le lecteur est donc au courant de ce qui va se passer mais l’intérêt est de savoir comment cela va se passer. Rien de tel pour retenir l’attention du lecteur ! C’est d’autant bien fait que le récit principal du point de vue d’un narrateur omniscient est entrecoupé d’extraits de livres, de journaux et de rapports qui cherchent a posteriori à expliquer les faits. En outre, Stephen King se place sur le thème du fantastique en dotant le personnage principal de pouvoirs spéciaux particulièrement fascinants et décrits comme tout à fait possibles. En effet, plusieurs extraits de livres et des articles décryptent « scientifiquement » les pouvoirs de Carrie.

Carrie contient tous les ingrédient du livre à succès. J’ai déjà parlé du suspense et du fantastique mais il y a aussi tout le contexte du roman. L’action se déroule dans le lycée (high school) d’une petite ville des Etats-Unis. Le lycée est un lieu central dans la vie des Américains. Et surtout le bal de fin d’année est un rite de passage pour les adolescents américains, c’est un moment à enjeux. Les personnages sont des classiques : outre la fille dont on se moque et qui est mise à l’écart, il y a le garçon sportif et populaire, en couple avec la jolie fille sympa. Mais il y a aussi la pimbêche pourrie gâtée et le voyou du coin. Evidemment il y a le proviseur bienveillant qui a fort à faire avec les parents influents de la petite ville, le gentil shérif et les parents inquiets pour leur progéniture.

Plus qu’un livre fantastique, j’ai trouvé que Carrie portait surtout sur l’adolescence, ce passage de l’enfance à la vie adulte, et sur la façon dont cette époque de la vie peut être mal vécue. Carrie White est en effet partagée entre le respect des valeurs morales rigides inculquées par sa mère très croyante et l’attrait d’une vie plus divertissante si elle était intégrée avec ses camarades de classe. Le comportement de Carrie montre les pensées d’une adolescente en rage contre le monde qui l’entoure. Tout ce qu’elle a subi ressort d’un seul coup : les mauvais coups, les moqueries, les brimades… tout ce qu’aujourd’hui on appelle l’intimidation est au coeur du roman de Stephen King. Ceux qui se sont déjà sentis intimidés voire harcelés ont déjà eu cette envie de vengeance destructrice qui anime Carrie. Une lecture cathartique en somme.

Visite la nuit, Caroline Legouix

Caroline Legouix publie un premier recueil de nouvelles intitulé Visite la Nuit.

Visite la nuit, Caroline Legouix

Ce recueil de 19 nouvelles démontre la maîtrise du format court par Caroline Legouix. En très peu de temps, elle plonge le lecteur dans un univers pour bien lui asséner une surprise finale. Ce sont donc des nouvelles de qualité. Caroline Legouix avoue par ses textes une préférence pour le thème des relations familiales. Le premier tiers du recueil est en effet composé de textes portant sur la famille : la maladie, le deuil, les relations parent-enfants… C’est souvent le mal-être qui l’emporte, l’auteure prenant un certain plaisir à nous amener dans des eaux troubles et inconfortables pour le lecteur. J’ai trouvé en particulier que les quatre premières nouvelles étaient poignantes et riches en émotions. Elles suscitent immédiatement l’intérêt et donnent envie de poursuivre la lecture du livre. D’autant que les formats des nouvelles sont suffisamment variés pour que le lecteur ne s’ennuie pas.

Parmi les thèmes traités par Caroline Legouix dans Visite la nuit, il y a aussi l’amour. Ou devrais-je plutôt dire les différentes facettes de l’amour : séparation, tentation, amitié… Je retiens aussi un intérêt de l’auteure pour le fantastique avec la nouvelle intitulée le chêne du village qui est centrée autour de la vie d’un arbre à travers les années et ses relations avec les humains. Un soupçon de suspense également avec ligne de mire en direct, une nouvelle haletante.

La dernière nouvelle, la plus longue, est curieusement la moins bonne. Curieusement car bien qu’étant le récit le plus développé, ce texte donne l’impression que l’auteure a voulu dire beaucoup de choses dans un espace trop court. Comme si cette nouvelle était un roman avorté. L’angle choisi et le sujet sont intéressants, même pour moi qui ne suis pas attiré par le Moyen-Age, mais les péripéties s’enchaînent trop vite.

Il n’en demeure pas moins que Caroline Legouix propose avec ce premier ouvrage des textes percutants. Elle fait la démonstration d’une écriture de qualité à travers de très bonnes nouvelles.

J’ai lu Visite la nuit dans le cadre de la Recrue du Mois.

Zulu, Caryl Férey

Quand Zulu est sorti il y a quelques années, j’ai eu envie de le lire en raison des nombreux commentaires positifs lus sur les blogues littéraires.

Ali Neuman est chef de la section criminelle de la police du Cap en Afrique du Sud. Il est zoulou. Même au sein de la nation arc-en-ciel, il n’est toujours pas facile pour un noir d’occuper de tels fonctions, aussi compétent soit il. Ali Neuman et son équipe enquêtent sur l’assassinat sauvage d’une jeune fille issue d’une bonne famille afrikaner. Ce meurtre est lié à de nombreux enjeux criminels. Je n’en dis pas plus. Le principe du roman policier étant d’avancer dans l’enquête en même temps que les personnages, je ne veux pas gâcher votre plaisir de lecteur.

Ce roman policier n’est pas pour les sensibles. Il est souvent noir et parfois très violent. Certaines scènes sont insupportables et très difficiles à lire, en tout cas pour un lecteur comme moi qui plonge dans les romans et vit les péripéties des personnages. A réserver aux lecteurs ayant le cœur bien accroché.

Le fait que je me sois senti impliqué dans ce roman est attribuable en grande partie au talent d’écrivain de Caryl Ferey. Suspense, personnages crédibles et pas trop caricaturaux, tous les ingrédients sont présents et l’intrigue est bien construite. J’ai tout de même trouvé que les différentes ramifications de l’enquête étaient parfois trop complexes. Sans être tirée par les cheveux, l’intrigue prend des tournants inattendus.

Une autre raison qui m’a conduit à lire Zulu est que l’action se passe en Afrique du Sud, un pays pour lequel j’ai un certain intérêt. Caryl Férey a bien bossé son sujet. Il connaît bien ce qui fait l’Afrique du Sud : son histoire politique, les multiples composantes de sa population, les relations sociales encore tendues entre les communautés et sans oublier le rugby ! Avec Zulu, le suspense et le dépaysement sont garantis.