Un cirque passe, Patrick Modiano

Ça y est, j’ai lu tous les romans de Patrick Modiano qui étaient immédiatement à ma disposition pendant les vacances. Après Villa triste et Quartier perdu, je viens de terminer Un cirque passe.

Le narrateur, un jeune homme de 18 ans, se lie d’amitié avec Gisèle, une jeune femme rencontrée dans un commissariat parisien. Comme elle lui dit qu’elle vient de quitter sa maison, il lui propose de l’héberger dans l’appartement familial à sa disposition pour quelques semaines et où vit deja un ami de son père, lui même exilé en Suisse. Notre narrateur fait connaissance avec le cercle d’amis de Gisèle, deux hommes plus âgés qui semblent mener une vie un peu louche.

Bon, j’ai trouvé pas mal de points communs avec les 2 romans précédents de Patrick Modiano. Peut-être était-ce une série ou une période particulière dans son écriture mais vu qu’il y a pas mal de redites, je pense que je vais faire une petite pause afin de ne pas m’écoeurer. Une nouvelle fois nous sommes en présence d’un jeune homme sous le charme d’une femme à qui il hésite à poser des questions alors que le bon sens et la curiosité ne devraient pas le faire hésiter. Comme dans les autres livres que j’ai lu, il se laisse entraîner dans un milieu un peu louche. L’obsession de Patrick Modiano pour la topographie est un peu moins présente dans Un cirque passe mais la notion de souvenirs liés aux lieux émaille ponctuellement le récit.

Vous l’aurez compris, j’ai moins apprécié Un cirque passe que Villa triste et Quartier perdu. Mais je pense que c’est dû aux circonstances dans lesquelles j’ai lu ce roman. C’est pourquoi je vais m’éloigner un peu de Patrick Modiano pour quelques temps. Sans doute pour mieux y revenir plus tard. Auriez-vous des suggestions de romans de Patrick Modiano que vous avez particulièrement aimés ?

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Quartier perdu, Patrick Modiano

Sous le charme de Patrick Modiano après Villa triste, j’ai immédiatement enchaîné avec un autre de ses romans : Quartier perdu. C’est pratique de partir en vacances dans un camping qui propose une bibliothèque avec quelques ouvrages pour un lectorat littéraire !

Ambrose Guise, un auteur anglais de livres policiers à succès, revient à Paris après 20 ans d’absence. Il y a passé son enfance et son adolescence mais a dû quitter la ville et la France de manière précipitée après des événements mystérieux. Il renoue avec les quartiers où il avait jadis ses habitudes et retrouve les fantômes du passé de Jean Dekker, le nom qu’il portait à l’époque.

J’ai retrouvé avec Quartier perdu le même type d’ambiance que dans Villa triste. Le penchant que j’attribuais à Patrick Modiano pour les lieux du passé est plus que confirmé dans Quartier perdu. Les lieux familiers du narrateur sont des passerelles entre deux époques. J’aime beaucoup cette errance spatiale qui conduit à voyager dans le temps.

Les amateurs de suspense sont aussi servis avec ce roman puisque ce n’est qu’à la toute fin qu’on apprend clairement quelles sont les raisons de l’exil de Jean Dekker. Quelques indices sont semés au cours du récit pour tenir le lecteur en haleine. Mais finalement peu importent les motifs du départ du narrateur. Le véritable intérêt de Quartier perdu est de raconter les émotions du narrateur et sa quête d’un passé à jamais révolu.

Chez la reine, Alexandre Mc Cabe

la Recrue du mois

Alexandre Mc Cabe est la Recrue du mois avec son premier roman intitulé Chez la reine.

CHEZ LA REINE - MCCABE

Le point de départ du récit est le décès imminent du grand-père du narrateur, un homme qu’on devine dans la jeune trentaine. C’est l’occasion pour le narrateur de revenir sur son enfance et ses jeunes années. Plus particulièrement, le narrateur s’attarde sur sa famille et sur ce que son grand-père lui a transmis au fil des années. En effet, ce grand-père a su identifier chez le narrateur une sensibilité pour la littérature et la politique et a cherché à développer chez lui une ouverture déjà bien présente. Et la Reine, c’est la tante mariée au Roi du Tapis. C’est chez elle que se déroulent la plupart des grandes réunions familiales.

Chez la reine est un roman aux accents de douce nostalgie. Vous me direz qu’il est curieux pour un trentenaire d’être nostalgique mais c’est une période de la vie où on se pose pas mal de questions sur la personne qu’on essaie d’être et où l’on revient sur ce qui nous a construit en tant que personne. Alexandre Mc Cabe propose avec ce roman une réflexion sur la filiation entre le narrateur et son grand-père, sur ce qu’il lui a apporté dans sa jeunesse pour faire l’adulte qu’il est aujourd’hui.  Chez la reine, c’est aussi une amorce de réflexion sur le Québec : quel est l’héritage que la génération d’aujourd’hui a entre ses mains ? Que reste-t-il des combats politiques de leurs aînés ? Le constat est doux amer car l’engagement politique du Québec des années 70, 80 et 90 semble sans équivalent aujourd’hui.

Le roman d’Alexandre Mc Cabe est donc riche : par le souvenir de son enfance, le narrateur offre une perspective sociale et politique du Québec moderne. En dépit d’une fraîcheur certaine,  il s’agit d’un roman écrit dans la retenue. Je n’ai rien à lui reprocher si ce n’est un manque d’aspérité. Le propos est gentil et je regrette que sur des sujets très intéressants comme une vision politique du Québec, la passion du narrateur resurgisse seulement en fin de récit quand il voyage en France sur les traces d’Albert Camus et qu’il explique son engagement souverainiste à des Français croisés sur sa route. Cela signifie-t-il que nul n’est prophète en son pays ? Que la passion politique ne peut pas être débattue en public au Québec ? Que la population du Québec moderne se désintéresse de la politique ? Et que reste-t-il de la figure du grand-père aujourd’hui ? Le débat est lancé.

fraîcheur