Un hiver au P’tit Hippolyte, Paul Grégoire

Voici un premier roman québécois lu dans le cadre de la recrue du mois : un hiver au Ptit Hippolyte par Paul Grégoire.

A travers les yeux de son narrateur démuni, ce roman est une chronique de l’extrême pauvreté au centre-ville de Montréal. Résident dans une petite pension miteuse, le narrateur se voit confisquer tous les mois son chèque de BS par le responsable de la pension. Il vit d’expédients tels que distribuer des circulaires dans les rues interminables ou décharger des caisses de bières dans le sous-sol d’un dépanneur. Des petits boulots au noir très mal payés. N’ayant que rarement recours à la mendicité, le narrateur calcule ses dépenses au plus précis. Son choix se porte régulièrement sur l’alcool, histoire de passer le temps.

La pension est surnommée le P’tit Hippolyte en référence au centre hospitalier de soins psychiatriques Louis-Hippolyte Lafontaine. Tous les pensionnaires du P’tit hippolyte ont en effet un grain plus ou moins sévère : agoraphobie, obsession sexuelle, simplicité d’esprit, agressivité ou paranoïa. Paul Grégoire propose donc au lecteur un aperçu de la misère  sociale et psychologique qui touche une certaine population montréalaise. D’ailleurs, Montréal apparaît dans ce roman comme une ville dure et froide, loin des clichés des cartes postales. L’hiver n’est pas juste une particularité locale qui fait donne des sensations au touriste. Le narrateur sait ce que signifie souffrir du froid quand acheter une simple paire de chaussettes représente un défi d’une journée entière.

Par ailleurs, j’ai eu l’impression d’entendre les personnages parler en joual alors que je lisais le texte. Les dialogues sont justes et rythment l’histoire de ces déglingués de la vie. L’oeil du narrateur sur la société qui l’entoure et dont il ne fait pas vraiment partie sont aussi l’occasion pour Paul Grégoire de proposer une critique sur notre société de consommation. Voilà donc un roman à la fois tendre et sans concession qui possède un côté dépaysant même si l’action se situe  seulement à quelques kilomètres de chez vous.  Riche en humour tout en offrant un portrait lucide, un hiver au P’tit
Hippolyte souligne la beauté de la vie même quand tout va mal.

Lu sur ma liseuse.

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Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, Nicolas Langelier

Lu dans le cadre du repêchage de la recrue du mois, ce livre hybride, à la fois roman, guide de croissance personnelle et essai sociologico-philosophique, aurait tout aussi bien pu s’intituler : les hipsters se cachent pour mourir.

Un homme de 35 ans réalise que sa vie, aussi riche en événements branchés qu’elle soit, est en fait vide de sens. Déboussolé par cette prise de conscience soudaine, il quitte alors Montréal et ses lumières artificielles au volant de sa voiture pour se lancer dans une fuite en avant. Cet homme est un hipster. Qu’est-ce qu’un hipster me direz-vous ? C’est un terme qu’il convient de définir pour bien comprendre l’intention de Nicolas Langelier. Généralement jeune et vivant en milieu urbain, le hipster est très au courant des dernières tendances. Lucide et blasé, il adopte une posture ironique et humoristique sur les choses de la vie, aussi graves soient elles. Le statut personnel est important pour lui et sa désinvolture doit s’exprimer par des goûts musicaux, culturels et vestimentaires pointus et inconnus du grand public. En fait plus c’est obscur et moins c’est connu, mieux c’est pour son statut social.

Avec réussir son hypermodernité… le journaliste Nicolas Langelier mène en parallèle le récit du de la prise de conscience d’un hipster rattrapé par la vie et une réflexion générationnelle, plus large. Les chapitres où le narrateur parle de son expérience sont pleins d’humour. Le livre lui-même est écrit comme un guide, invitant directement le lecteur à s’interroger et à accomplir des gestes concrets pour surnager dans l’hypermodernité. L’auto-dérision fait souvent sourire malgré le côté tragique du récit. Ce qui me fait dire que Nicolas Langelier a tout du bon hipster. Mais il va plus loin : il se demande quelles sont les implications à plus grande échelle des comportements individuels qu’il décrit et pose la question du legs que vont laisser les générations X et Y. Lucide sur son époque, Nicolas Langelier propose un livre fourre-tout à la façon d’une encyclopédie. Associée à un style mordant, cette construction permet de garder l’attention du lecteur. Les tendances culturelles et sociales actuelles sont exposées et l’auteur présente comment elles s’inscrivent les unes en fonction des autres. C’est en comparant l’époque actuelle avec les décennies passées qu’est définie la notion d’hypermodernisme. L’individu hypermoderne est ancré dans le présent, consomme à outrance et au contraire de ses aïeux n’a ni rêve ni utopie pour la société. Un constat qui fait peur : les désirs sont individuels et aucune vision de la société ne semble émerger… J’apprécie que le fin mot de l’histoire soit laissé au philosophe. Une mise en perspective nécessaire et salutaire pour nous décoller le nez du présent.

Publié aux Éditions du Boréal.