Danseur, Colum McCann

Lorsque j’ai parlé de Let the great world spin de Colum McCann, Laetitia m’a suggéré de lire Danseur, un autre roman de cet auteur que je commence à apprécier. Ne pouvant résister à une recommandation aussi chaleureuse, j’ai donc entrepris la lecture de Danseur sans trop savoir à quoi m’attendre.

Danseur Colum McCann

Danseur est une oeuvre de fiction centrée sur une personne ayant existé. Le sujet principal du roman est en effet Rudolf Noureev, le célèbre danseur étoile. Contrairement à une biographie où le récit s’appuie sur des témoignages et des faits avérés, le roman de Colum McCann s’inspire certes des épisodes marquants de la vie de Rudolf Noureev mais les relate sans contrainte de véracité. Le parti pris du récit de Colum McCann est d’éluder les grands moments de la vie du danseur russe pour se concentrer sur les petits instants de sa vie. Ou plutôt de ses vies tant Noureev semble avoir vécu des existences différentes. Cette biographie romancée traverse les époques : de la vie en URSS sous Staline avec une vie quotidienne faite de privations, d’oppression et de délation jusqu’au New-York gay des années 80 riche en drogue et sexe alors que l’épidémie de SIDA fait son apparition. Au rythme des relations familiales et amicales de Rudolf Noureev, Colum McCann écrit un destin qui va vite. Il traduit l’envie de vivre d’un Noureev qui ne tient pas en place.

Danseur m’a permis de découvrir un personnage hors du commun. La variété des points de vue choisis par l’auteur (amis, professeurs, famille, gouvernante…) montre une personne talentueuse qui travaille sans relâche. Outre son génie, Noureev est à la fois un être égoïste, généreux, fou, solitaire qui aime être le centre de l’attention tout en étant profondément sexuel. Il vit en déséquilibre permanent. Finalement peu importe si tout est exact ou pas d’un point de vue biographique, j’ai été porté par l’énergie du récit de Colum McCann.

La canicule des pauvres, Jean-Simon Desrochers

La Recrue du mois de mars est Jean-Simon Desrochers avec son premier roman : la canicule des pauvres. Visitez le site de la recrue pour lire les commentaires des autres rédacteurs.

La canicule des pauvres m’a fait un effet coup de poing et Jean-Simon Desrochers est un auteur brillant. La laideur et le sordide décrits de le roman sont remarquables, impossible d’y être insensible.

Le roman compte une vingtaine de personnages qui ont tous en commun d’être locataires d’un de ces nombreux immeubles défraîchis (voire minables) que compte Montréal. Ce sont tous des perdants de la vie, vivant pour la plupart dans une pauvreté intellectuelle et une misère sexuelle. D’un étage à l’autre de l’immeuble, le lecteur est confronté à la drogue, la pornographie, le SIDA, la solitude, la vieillesse et une décrépitude avancée sous l’effet de dix jours de canicule.
Quel contrepied magnifique de choisir de nous montrer Montréal sous la canicule alors qu’on imagine habituellement la ville sous la neige. Cette canicule agit comme le révélateur d’une ville aux facettes multiples. Comme si la chaleur extrême permettait d’extraire l’essence de Montréal.

Avec la canicule des pauvres, Jean-Simon Desrochers offre une plongée dans les bas-fonds de Montréal, ceux que les touristes ne connaissent pas. L’auteur nous révèle sa démarche à la toute fin du livre à travers les mots du bédéiste japonais : son objectif est de capturer l’essence de Montréal. Mais il comprend que c’est une ville qui ne se laisse pas apprivoiser facilement. C’est facile de la survoler et de la connaître de manière superficielle. Mais pour la connaître vraiment, il faut y vivre.

Avec ce roman, Jean-Simon Desrochers se pose en témoin de notre époque et des maux qui la rongent. Avec sa galerie de personnage, il me fait penser à un Zola des temps modernes dressant le portrait de son temps sans fards. Le livre est dense, il serait vain de recenser tous les thèmes dont il est question. La canicule des pauvres est un gros roman de 700 pages mais c’est impossible de le lâcher. Le nombre de personnages peut faire craindre de perdre le fil mais il n’en est rien. Au contraire, le livre possède un côté hypnotisant et se dévore avidement.

La canicule des pauvres est une très belle découverte. Peut-être à réserver à un public adulte et averti. Mais à ceux-là je dis : « Lisez le, lisez le, lisez le ! »