Soleil, David Bouchet

la Recrue du mois

Soleil est le premier roman de David Bouchet. Il a été sélectionné par la Recrue du Mois pour cet ouvrage.

Soleil par David Bouchet

Soleil c’est Souleymane, un jeune garçon qui a immigré avec sa famille du Sénégal à Montréal. Il raconte sa découverte du Québec et l’histoire de sa famille. Jusqu’à ce que son père soit atteint d’un mal qui l’isole de sa famille.

Je suis sensible aux questions d’immigration, ayant moi aussi atterri à Montréal pour y créer une nouvelle vie. J’ai été particulièrement amusé par les anecdotes distillées par l’intermédiaire de Soleil et de ses yeux de nouvel arrivant : le fait de se meubler pour pas cher dans la rue, le club de recherche d’emploi, les premiers yeux portés sur l’hiver et la chaleur des Québécois… Le regard porté sur le Québec avec en miroir la vie au Sénégal est très intéressant à lire.

Les personnages du roman de David Bouchet sont attachants : comment rester insensible vis-à-vis de ce que ressent Soleil par rapport à la situation de son père : ses interrogations, sa détresse et sa colère… De la même manière, son amitié avec Charlotte qui vit seule avec sa mère alcoolique est particulièrement touchante. J’éprouve toujours un peu de méfiance lorsqu’un roman a pour narrateur un enfant car le regard naïf peut fonctionner comme il peut tomber à plat. Mais avec Soleil, ça marche très bien. Nous avons affaire à un narrateur tout en sensibilité, chapeau à David Bouchet pour sa plume juste et fine.

Malgré toutes ces qualités, des personnages attachants, un histoire familiale singulière qui crée des pont entre l’Afrique et le Québec, Soleil est un roman qui me laisse un fort goût d’inachevé. En effet, toute la partie du récit qui concerne l’amitié avec Charlotte tombe à plat une fois que Charlotte a déménagé. C’est extrêmement frustrant puisque le roman débute justement sur la force de cette amitié entre les deux jeunes personnages. Cet arc narratif s’arrête trop brusquement à mon goût. Je suis également gêné par les explications plutôt courtes sur les causes du mal du père. Bref j’en aurais voulu plus !

Trois femmes puissantes, Marie Ndiaye

Marie Ndiaye s’est vue remettre le prix Goncourt 2009 pour son roman Trois femmes puissantes. Il s’agit d’une distinction bien méritée étant donné la grande qualité de cet ouvrage.

Comme le titre le laisse entendre, ce roman tourne autour de trois femmes qui ont comme point commun d’être originaires du même pays d’Afrique, le Sénégal.

Norah est dans la trentaine. C’est une mère célibataire qui tente de construire tant bien que mal une famille recomposée avec un père et sa fille. Elle retourne au pays à la demande son père qui a abandonné sa famille en France des années auparavant. C’est avec réticence que Norah renoue avec un patriarche déchu et solitaire. Un événement qui l’amène à se questionner sur la force des liens familiaux.

Fanta, elle, a quitté son pays pour suivre son mari Rudy. Malheureusement ce déplacement ne lui réussit pas : elle ne peut pas travailler en France et son mari, figure masculine désorientée, devient taciturne et tourmenté. Leur couple bat de l’aile et le propre fils de Rudy a peur de son père.

La troisième, Khady Demba, faute d’avoir pu donner un enfant à la famille de son mari décédé, est forcée de prendre le chemin de l’exil vers une Europe dont elle ne sait rien. Ballottée au gré de rencontres, elle vit la misère des migrants.

Les trois récits qui composent ce livre de Marie Ndiaye sont indépendants les uns des autres si on excepte un lien ténu entre les personnages. Ce sont presque 3 nouvelles, l’unité vient des thèmes traités. Pour ces trois femmes, la famille et ses non-dits sont très pesants et le déracinement est toujours douloureux. Ces trois femmes subissent les choix des autres. J’hésite pourtant à les qualifier de victimes car elles ont une voix qui leur est propre, une individualité, d’où cette puissance qui émane d’elles. Elles demeurent debout face à l’adversité.

J’ai plus apprécié le récit mettant en scène Rudy que les deux autres. C’ets le texte le plus long des trois mais aussi le plus abouti de mon point de vue. C’est aussi le seul traité du point de vue de l’homme. Et Marie Ndiaye parvient dans celui-ci à rendre compte des pensées tourmentées de Rudy de manière remarquable. D’ailleurs l’écriture est d’une grande qualité. Je salue le choix minutieux des tournures qui sont parfois alambiquées mais qui témoignent d’une grande maîtrise de la langue. Les récits intérieurs, mêlant présent et passé, sont un modèle du genre.

La symbolique des oiseaux est frappante dans Trois femmes puissantes : le père tourmenteur est perché dans le flamboyant, la buse est comme envoyée par Fanta pour punir Rudy et dans le cas de Khady Demba, les oiseaux sont annonciateurs de la mort.

Trois femmes puissantes n’est pas forcément un livre pour le grand public mais il saura séduire ceux qui ont envie d’explorer une certaine intériorité et de faire connaissance avec une auteure talentueuse.