La maison des anges, Pascal Bruckner

Parfois on vous prête un livre et vous faites une belle découverte. C’est ce qui s’est passé pour moi avec Pascal Bruckner et son roman La maison des anges.

La maison des anges, Pascal Bruckner

Antonin Dampierre est agent immobilier à Paris. C’est un jeune homme un brin maniaque de propreté. En fait, il a un véritable dégoût pour la crasse. Un jour, la vente d’un bel appartement parisien qu’il fait visiter à des acheteurs intéressés capote en raison de la présence d’un clochard aviné en bas de l’immeuble. Il décide alors de tuer ce SDF. Cet événement va tout faire basculer dans sa vie. Dès lors, il écume les bas fonds parisiens pour débarrasser  la ville de ces hôtes indésirables. Alors qu’il essaie de se rapprocher de ses futures victimes, il fait la connaissance d’Isolde de Hauteluce, la responsable de la maison des anges, une association qui vient en aide aux plus démunis.

Je connaissais Pascal Bruckner l’essayiste mais je ne savais pas qu’il était romancier. Derrière une histoire rondement menée (sauf la fin que j’ai trouvée un peu facile) et un style littéraire juste, l’essayiste est bien présent. En effet, Pascal Bruckner propose une réflexion sur les associations d’aide aux démunis qui sous sa plume rappellent les bonnes œuvres des dames patronnesses qui veulent se donner bonne conscience. Mais il existe une certaine ambivalence entre l’envie d’aider et le contact nécessaire avec la fange. Entre bons sentiments et dégoût, la frontière est fine. Autre volet du roman, celui qui met le doigt sur le contraste entre le Paris rêvé et celui des bas fonds. Très proches géographiquement, ils sont à des années lumières l’un de l’autre. C’est un ouvrage qui parle donc de frontières floues entre plusieurs mondes et de la facilité de passer de l’un à l’autre, mais surtout dans le sens de la chute.

Vous trouverez donc avec la maison des anges plus qu’un bon roman. Pascal Bruckner offre aussi une réflexion sur notre société.

Pourquoi j’meurs tout l’temps, Anaïs Airelle

C’est le 15 et c’est le jour de la Recrue du Mois.

Voilà un récit particulier à la toute marge de la fiction. On les appelle les marginaux ou les SDF en France et les squeegees ou les itinérants au Canada. Ils ont en commun de vivre dans la rue, en marge de la société.

anais airelle, pourquoi j'meurs tout l'temps

On suit l’histoire d’une jeune femme qu’on ne connaîtra que sous le nom de la petite et plus tard sous le surnom d’Abricot. C’est une personne minée par la colère envers la société et les injustices sociales qu’elle produit. La petite va vivre dans la rue à Montréal, Vancouver, Victoria, Montréal encore, puis l’Europe avec Paris, Genève, la Slovénie et de nouveau la France avant un retour au Québec. Le récit est court mais est riche en rencontres diverses : sans abris, drogués, malades mentaux, paumés, abîmés de la vie, philosophes de comptoir. Tous ont en commun de ne pas être adaptés à la norme sociale en vigueur.

Le livre ne s’attarde pas sur le pourquoi de la vie dans la rue mais revendique une description du comment. Comment se réchauffer quand il fait -20 degrés la nuit ? comment échapper à une police avide de réaliser ses chiffres d’arrestations et d’expulsions ? comment trouver un endroit où dormir dans une grande ville ? comment faire pour rester sain d’esprit ? Et surtout, comment continuer à vivre ?

En plus de la vie dans la rue, il est aussi question de formes particulières de marginalité : les communautés écolos comme celle que visite la petite près de Vancouver et les communautés autogérées comme celle où la petite trouvera une certaine paix d’esprit.

Avec pourquoi j’meurs tout l’temps, Anaïs Airelle donne la parole aux sans-voix. Rares en effet sont les romans à traiter du sujet de l’itinérance. En tout cas, c’est le premier que je lis. C’est un livre unique qui tient plus du témoignage que de la fiction. Le parti pris est assumé. Le livre souligne avec justesse que les sociétés occidentales sont loin de répondre aux besoins de tous. Et que ceux qui ne peuvent pas s’adapter en paient le prix. Il s’agit d’un livre engagé qui ne fait pas dans la dentelle. Il y a d’ailleurs un certain mépris pour les gens dits normaux que j’ai trouvé mal à propos, comme si seules les personnes vivant dans la rue étaient des victimes. Mais bon, le livre n’est pas là pour mettre le doigt sur les bobos des gens normaux.

En ce qui concerne l’écriture à proprement parler, j’ai aimé la narration à 2 voix : celle d’un narrateur et celle du personnage principal, la jeune fille. Cela donne une saveur propre à ce roman, entre lucidité, revendication et poésie.

4etoiles

Allez lire les avis des membres de la recrue du mois sur cet ouvrage.