Et on tuera tous les affreux, Vernon Sullivan

Contrairement à ce qu’indique le titre de ce billet, l’auteur de ce roman n’est pas Vernon Sullivan. Simplement parce que cette personne n’existe pas. L’auteur de Et on tuera tous les affreux n’est autre que Boris Vian qui s’est amusé à plusieurs reprises à se faire passer pour un auteur de polar américain. Plus exactement, il indique être le traducteur d’auteur américain nommé Vernon Sullivan.

Et on tuera tous les affreux est une parodie de roman d’aventure américain. Publié après guerre alors que la France s’étourdit detout ce qui vient des Etats-Unis, ce roman répond aux attentes des lecteurs avides d’aventures et de héros. Le personnage principal, Rock Bailey, est un jeune sportif plutôt bien fait de sa personne. Il résiste aux jeunes femmes qui l’entourent car il a décidé de rester vierge jusqu’à ses 20 ans. Il tombe par hasard sur une affaire qui le conduit à mener une investigation riche en péripéties.

Voilà un roman de gare assumé. Tous les codes du roman de détective sont réunis pour le plus grand bonheur du lecteur. Les soirées sont bien arrosées. Les aventures s’enchaînent les unes après les autres jusqu’à toucher l’invraisemblable. Le roman comporte même une dose de science-fiction fort utile à Boris Vian pour dénouer l’intrigue. Et pour couronner le tout, le sexe finit par entrer dans la vie de Rock Bailey. Mais pas de manière discrète : le jeune homme vierge du début du roman se révèle vite un tombeur doublé d’un étalon propre à satisfaire des cohortes de jeunes et jolies jeunes femmes.

Vernon Sullivan / Boris Vian s’est manifestement bien amusé à l’écriture de ce livre. L’humour potache, les jeux de mots et les réparties dignes de films d’action y sont présents. J’y ai trouvé un air de San Antonio à saveur américaine. Un roman divertissant à savourer en laissant de côté le réalisme.

Slaughterhouse 5, Kurt Vonnegut

J’ai lu que Kurt Vonnegut était un auteur américain incontournable. J’ai donc décider de le lire en anglais en choisissant ce qui est peut-être son ouvrage le plus connu : Abattoir 5 ou dans le texte original Slaughterhouse 5.

Ce roman relativement court est un conte philosophico-fantastique à tiroirs. En effet, l’auteur se cache derrière un narrateur qui met en scène un personnage de roman. Mais c’est bien Kurt Vonnegut lui-même qui est au centre de ce roman. Billy Pilgrim est un prisonnier de guerre américain aux mains des Allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale. De retour aux États-Unis, il devient un opticien qui réussit dans les affaires. Ce récit mêle des fragments du passé, les moments présents et des aperçus du futur. Billy Pilgrim possède en effet la faculté de voir le temps comme un tout depuis son enlèvement par des extra terrestres.

Avec Slaughterhouse 5, Kurt Vonnegut dénonce l’absurdité de la guerre, mais aussi l’absurdité de la vie : quoiqu’on fasse, les oiseaux continueront toujours de gazouiller. Ce texte découle directement de l’expérience de Kurt Vonnegut pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il a été l’un des rares survivants américains du bombardement de Dresde qui a fait plusieurs centaines de milliers de victimes. Face à une telle puissance destructrice, comment trouver du sens ? C’est futile. L’exemple le plus absurde cité dans le livre est celui de cet homme fusillé pour avoir pris une théière dans les décombres d’une ville détruite.

J’ai été surpris du recours à la science-fiction pour faire passer le message principal. Peut-être qu’un roman purement historique aurait été trop aride ? Peut-être que le voyage dans le temps permet de s’affranchir des contraintes de linéarité pour décrire des moments distants de plusieurs décennies ? Mais cela prend tout son sens et passe plutôt bien. L’enlèvement de Billy Pilgrim par les extraterrestres permet d’introduire la notion du temps comme une dimension comme les autres. Une manière de souligner la vanité de vouloir changer les choses.

Je n’avais pas vraiment d’attentes vis-à-vis de Kurt Vonnegut. Est-ce que Slaughterhouse 5 est un livre culte ? possible. C’est un roman qui m’a plu et qui est plus profond qu’il n’y paraît. Le message à retenir est globalement sombre : il faut se résigner car la vie, ça va ça vient, d’autant que Kurt Vonnegut ne mentionne même pas l’idée de profiter de la vie car les moments de bonheur sont rares et furtifs pour Billy Pilgrim.

Un livre lu sur ma liseuse.

La possibilité d’une île, Michel Houellebecq

Après plusieurs années d’abstinence, je renoue avec Michel Houellebecq. Pour ce faire, j’ai jeté mon dévolu sur la possibilité d’une île, un roman assez déroutant sur le fond et la forme puisqu’il s’agit d’un récit appartenant au genre de la science-fiction qui fait dialoguer un homme des années 2000 et son clone qui vit quelques centaines d’années plus tard.

Le narrateur, Daniel1, est un humoriste français à succès dont le fonds de commerce est le cynisme. Il expose sans fards tout ce qui va de travers dans la société, ce qui fait beaucoup rire ses contemporains. Il se rapproche de la communauté des Elohimites, une secte religieuse directement inspirée des Raéliens. Il devient le témoin principal du développement de la secte qui ne cesse de gagner en popularité alors que les gens sont de plus en plus individualistes. Ses clones, Daniel24 puis Daniel 25, commentent des centaines d’années plus tard les écrits de leur prédécesseur.

Au départ, je trouvais que ce roman prenait des allures de rengaine de vieux con qui critique la jeune génération. Du Houellebecq tout craché diront certains. Mais là où il fait fort c’est qu’il dépasse ses propos caricaturaux : le narrateur se les approprie. Il ne vit que pour son plaisir, la sexualité est purement récréative et non plus reproductive, le consumérisme et le jeunisme règnent. C’est pourquoi la promesse d’une vie éternelle via le clonage séduit tant les foules. Faisant siennes en apparence les les valeurs qu’il conspue, Houellebecq réussit à en démontrer les limites pour se faire l’avocat de l’amour et des sentiments humains.

Les thèmes chers à Houellebecq que sont les relations homme-femme et un regard pessimiste sur notre société se retrouvent dans La possibilité d’une île. Mais avec ce récit d’anticipation, Michel Houellebecq propose aussi une réflexion subtile sur ce qui fait de nous des humains. Il pose la question de la vie éternelle : c’est bien beau de vouloir devenir immortel mais pour quoi faire ? Le 25e clone de Daniel renoncera lui-même à l’immortalité. Devenu insensible et détaché des contingences matérielles, il part à la quête d’un bonheur impossible. Comment être heureux si on ne sent pas ? Pour Michel Houellebecq, le bonheur s’inscrit dans une réalité matérielle et sensible. On ne peut pas s’affranchir des souffrances humaines sans en même temps se priver du bonheur.

Avec la possibilité d’une île, je découvre un Houellebecq moins provocateur et plus profond que dans mes souvenirs.

Insultingly stupid movie physics, Tom Rogers

Voilà un livre que je n’aurais jamais eu l’idée de lire s’il ne m’avait pas été offert par un ingénieur.

L’auteur, Tom Rogers, en avait assez de voir les principes élémentaires de la physique complètement malmenés par l’industrie du film. Notant toutes les invraisemblances de nombreux films, il offre avec cet ouvrage un véritable cours de physique pour les cinéphiles.

Hollywood possède en effet la fâcheuse manie de réécrire les lois de la physique pour les besoins du divertissement. L’énergie, la gravité, la force, l’accélération sont autant de lois au mieux contournées et au pire niées par les studios de cinéma.

Deux constats à la lecture de ce livre au titre intraduisible en français : mes derniers cours de physique remontent à plus de 15 ans et je préfère regarder les deux zigotos de Mythbusters faire leurs expériences que lire ce livre. Ne vous méprenez pas, il est très intéressant et j’ai appris pas mal de choses (il est apparemment impossible de mettre le feu à une flaque d’essence avec une cigarette allumée) mais ça reste un ouvrage scientifique. Moi qui lit pour me divertir, j’ai vu mon attention diminuer à la première équation. L’auteur aime faire la démonstration de ce qu’il avance à l’aide de calculs. Heureusement, ces sections sont dans des encadrés et peuvent être passées si ça ne vous intéresse pas vraiment. J’ai aussi remarqué quelques répétitions au niveau des films cités : Tom Rogers a en particulier une dent contre Speed et Matrix. J’ai apprécié le fait qu’on sorte un peu du monde du cinéma : Tom Rogers revient sur l’assassinat de JFK et sur les attentats du 11 septembre 2001 et en profite pour démonter toutes les théories du complot qui ont fleuri à la suite de ces événements. Petit bonus pour les ultra geeks, Tom Rogers propose un comparatif exhaustif entre Star Wars et Star Trek pour déterminer lequel de ces deux mastodontes de la science-fiction est le plus réaliste du point de vue de la physique (ou en tout cas le moins pire).

Je trouve que c’est un ouvrage qui devrait faire naître de bonnes idées pour les professeurs de physique qui veulent aborder leur matière sous un jour différent. Qui sait, si moi aussi j’avais eu un professeur de physique aussi passionnant que l’auteur de ce livre, j’aurais peut-être persévéré un peu plus dans les matières scientifiques.

Une chose est sûre : après avoir lu Insultingly stupid movie physics, vous ne regarderez plus un film d’action ou un film de science-fiction de la même manière. Votre esprit critique en sera plus aiguisé.

Substance Mort, Philip K. Dick

Je connaissais Philip K. Dick de nom sans avoir lu aucun de ses livres. C’est un auteur prolifique dont plusieurs œuvres ont été adaptées au cinéma comme Total Recall, Blade Runner, Minority Report ou encore Paycheck. Substance Mort a lui aussi fait l’objet d’un film avec Keanu Reeves, Woody Harrelson, Winona Ryder et Robert Downey Jr. Je n’en n’avais pas entendu parler avant de lire le livre. C’est apparemment un film style animation sorti sous le nom A scanner darkly en 2006.

Revenons au livre. Fred est un policier de la brigade des stups qui vit en Californie. Comme tous les membres de son unité, il travaille incognito grâce à un costume spécial, le complet brouillé, qui dissimule sa véritable identité auprès de ses collègues. Pourquoi tant de méfiance au sein du corps policier ? A cause des taupes qui pourraient révéler son identité lorsqu’il est sur le terrain. Son supérieur le convoque dans son bureau pour lui demande d’enquêter sur un certain Bob Arctor, un toxicomane soupçonné de trafiquer la drogue la plus populaire du moment, la substance Mort. Or Bob Arctor et Fred sont la même personne ! Arctor est en fait l’identité de Fred lorsqu’il ne porte pas son complet brouillé et qu’il essaie d’infiltrer les réseaux de distribution de drogue dans la ville d’Anaheim. Fred se demande donc comment il va pouvoir gérer la situation. C’est le début d’une spirale qui le verra passer d’une identité à l’autre au fil de son enquête. Son cerveau va se troubler face à la difficulté de la tâche et aussi sous l’effet de la substance Mort dont il est devenu dépendant.

Le livre ne contient pas tellement d’action. C’est un récit très intérieur qui suit les doutes et les hésitations du personnage central. Nous sommes plongés au cœur de la schizophrénie de Fred/Bob Arctor. Bien sûr, tout l’édifice mis en place par Philip K. Dick ne tient que si on accepte la prémisse du complet brouillé qui cache la véritable identité de Fred à ses collègues. Sinon il est bien évident que l’enquête n’aurait pas lieu.

Si Philip K. Dick est reconnu comme un auteur de science fiction, Substance Mort n’est pas pour moi de la science fiction à proprement parler. L’accent n’est pas mis sur la technologie et la science mais plutôt sur l’univers de la drogue et sur le vécu intérieur du personnage principal et ses relations avec ses amis et ses collègues. Substance Mort décrit une société sombre où les toxicomanes sont traqués sans pitié, envoyés dans des centres de traitement où ils subissent un sevrage de force et où on leur attribue une nouvelle identité.

Substance Mort est un livre qui prend position contre la drogue et ses abus. L’auteur dédie le livre à ses amis décédés d’avoir pris trop de drogue. Il souligne que ces personnes ont payé un prix très fort pour avoir voulu juste s’amuser. Se droguer aura été une erreur pour ses amis. C’est la seule morale du livre.