Mistouk, Gérard Bouchard

Ce roman de Gérard Bouchard m’a été offert à l’occasion de mes 31 ans. Cela fait donc plusieurs années que je l’ai en ma possession. Il a même fait le trajet du Québec jusqu’en France avec moi. Mistouk a été publié en 2002. Il est pour moi à classer à côté de classiques de la littérature québécoise que j’ai déjà lus tels que Kamouraska, Agaguk, le matou ou encore Volkswagen Blues. Outre son travail d’auteur, Gérard Bouchard est connu pour avoir co-présidé la fameuse Commission Bouchard-Taylor. Il est également le frère de Lucien Bouchard qui a été Premier Ministre du Québec.

Mistouk Gérard Bouchard

Mistouk est une fresque qui raconte la vie des colons québécois au début du XXe siècle dans la région du Saguenay-lac-Saint-Jean. Le lecteur découvre l’histoire de la famille Tremblay (patronyme emblématique de cette région) qui prend possession d’un lot de terre dans un rang et qui commence à le défricher pour en faire une terre propre à l’agriculture. La famille Tremblay compte de nombreux enfants, dont Roméo, dit Méo, l’aîné de la famille qui s’avère vite grand et fort pour son âge. C’est le personnage principal du récit et c’est à travers ses aventures au fil des années qu’on découvre la vie des habitants de l’époque. Méo a la particularité de ne pas tenir en place. Alors que ses parents Joseph et Marie aimeraient qu’il s’intéresse aux choses de la terre, lui ne rêve que de voyages et de défis nouveaux.

Les 400 pages (en mode compact) de ce roman sont l’occasion de traiter de nombreux sujets. La vie d’un village à l’époque est décrite à coup d’anecdotes pour montrer l’emprise de la religion catholique sur les individus (et sur la toponymie), le rôle des compagnies forestières ou encore la vie politique animée où les gros bras font régner la loi. Le roman compte de nombreux personnages hauts en couleur qui donnent de la matière au récit. Ce début de XXe siècle voit bon nombre de Canadiens Français (qu’on n’appelait pas encore Québécois à ce moment-là) aller s’installer aux Etats-Unis. Poussés par la misère, les francophones vont aux Etats pour travailler dans les usines. Cette émigration est tantôt temporaire, tantôt définitive à une époque où les frontières sont beaucoup plus poreuses que de nos jours. C’est l’opposition d’une industrie américaine en plein essor et de la vie de misère sur une terre à défricher. Autre sujet traité par Gérard Bouchard, les relations avec les autochtones sont décrites comme pacifiques même si leur mode de vie apparaît comme de plus en plus menacé.

J’ai vibré à la lecture de Mistouk et de l’épopée de Méo et j’ai pris un réel plaisir à découvrir cette vision de l’histoire du Québec. Ajoutons pour compléter le tout que le roman est écrit dans la belle langue du Québec avec de fortes intonations de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. N’ayez crainte, un glossaire avec des explications sur les particularismes de la langue régionale est présent en fin d’ouvrage.

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Arvida, Samuel Archibald

Arvida est un ouvrage signé Samuel Archibald publié en 2011 qui s’est vu remettre le Prix des libraires du Québec. Ce livre a beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie. Je l’avais depuis un moment dans ma bibliothèque mais je n’avais pas encore pris le temps de m’y plonger.

Arvida Samuel Archibald

Pour ceux qui ne le savent pas, Arvida est une ville québécoise dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette ville a été créée pour répondre aux besoins de main d’oeuvre de la société Alcoa. Elle fait maintenant partie de la municipalité de Jonquière. Les 14 nouvelles de ce livre ont toutes plus ou moins un lien avec cette ville. En fait de nouvelles, il s’agit plutôt de mini histoires amplement développées. Il serait plus juste de parler de novellas avec chacune une identité propre. Samuel Archibald possède en effet une plume alerte qui lui permet de créer rapidement une ambiance et de capter l’attention du lecteur qui passera au fur et à mesure de l’ouvrage à travers des univers très différents : contes où se mêlent l’histoire familiale et l’histoire de la ville, humour, tristesse, mystère et même carrément horreur.

Peut-être avais-je placé trop d’attentes dans ce livre mais je ne suis pas si enthousiaste que ça à la lecture de ce livre de Samuel Archibald. Ce n’est pas évident de proposer un recueil de nouvelles : faut-il que ces nouvelles possèdent une thématique commune ou au contraire est-ce l’occasion d’explorer des avenues littéraires très différentes les unes des autres ? Avec Arvida, j’ai eu l’impression d’être ballotté entre les deux. Certaines nouvelles se répondent grâce au fil rouge de l’histoire de famille du narrateur/auteur. Mais certaines autres sont des nouvelles orphelines. Ce choix éditorial (ou plutôt l’absence de choix) permet à Samuel Archibald de montrer l’étendue de son talent d’auteur mais en tant que lecteur, j’ai été frustré de quitter des nouvelles passionnantes pour d’autres nouvelles tout aussi passionnantes mais dans des registres différents. Je vais donc attendre le prochain livre de Samuel Archibald en espérant qu’il s’agisse d’un roman et non d’un recueil de nouvelles.