Dans l’île, Thomas Rydahl

Un roman danois qui se passe dans les îles Canaries, ça mérite qu’on s’y arrête, non ?

Dans l'île Thomas RydahlErhard Jorgenson est un chauffeur de taxi septuagénaire. Il abandonné sa femme et ses enfants au Danemark près de 20 ans auparavant. Il est surnommé l’Ermite car il vit dans une petite maison au milieu de la campagne. Outre ses courses en taxi, il s’intéresse peu à ses contemporains. Il fréquente juste son ami Raul, un jeune homme qui dirige la compagnie de taxi concurrente de la sienne et sa superbe compagne Beatriz. Un soir où tous les trois sont de sortie, une voiture abandonnée est découverte sur une plage. A son bord, un carton qui contient le corps d’un bébé mort de faim. Choqué par cet événement, Erhard décide d’enquêter à la place d’une police qui a d’autres chats à fouetter. Il se met à la recherche de la mère de cet enfant.

Dans l’île est un roman policier avec beaucoup de suspense. L’ambiance est rapidement étouffante au fur et à mesure où les pièces du puzzle se mettent en place. Dans ce roman émerge la figure du personnage principal. Erhard est en effet un personnage entêté. Mais contrairement à la majorité des gens qui l’entourent, il est plein de doutes. Associé à sa bonté d’âme, ce trait de caractère en fait une personne attachante. Mais attention, il n’en est pas moins un peu barré. En témoigne ce passage du roman où il récupère le doigt sectionné d’un accident de la route pour remplacer un des siens qui a été sectionné.

Je suis véritablement resté scotché au récit de Thomas Rydahl. Un vrai coup de force pour son premier roman ! Tout n’est pas parfait évidemment comme par exemple les personnages secondaires qui ne sont pas longtemps décrits et simplement rappelés par leurs prénoms. Un peu déstabilisant quand on est plongé dans le récit. Je retiens aussi de cette lecture la découverte des îles Canaries, un endroit que je ne connaissais pas. Étonnant pour un roman écrit par un Danois !

Histoires à ne pas fermer l’œil de la nuit, présenté par Alfred Hitchcock

Ce vieux livre a été déniché à l’occasion d’un rangement familial. Et hop, le voici emmené en vacances ! Ne vous y trompez pas, Alfred Hitchcock n’est pas l’auteur de ces histoires à ne pas fermer l’œil de la nuit. Il a simplement prêté son nom archi connu (sa marque) à ce recueil de 19 nouvelles à suspense qui ont toutes été écrites par des auteurs différents.
Histoires a ne pas fermer l'oeil de la nuit Alfred HitchcokLe recueil s’ouvre sur Ménagements de Charlotte Armstrong où une vieille dame enquête sur la mort de sa sœur à la manière de Miss Marple. Les précautions de sa famille à son égard éveillent en effet ses soupçons. Comme celle-ci, plusieurs des nouvelles sont des récits policiers. Ainsi dans In vino veritas de Lawrence G. Blochman, un enquêteur confond un assassin à l’aide d’une bouteille de vin. Dans un registre proche, d’autres nouvelles ont pour thème le crime parfait. D’abord les meurtres. Dans Meurtre maison de Davy Keene, un gigolo cherche à assassiner la femme qu’il a épousée pour son argent. Et dans Jour ultime de Fay Grissom Stanley, une femme qui refuse de divorcer de son mari qui la quitte pour une autre prépare le meurtre de celui-ci. Le narrateur de la nouvelle intitulée Insoupçonné et écrite par Jay Wilson, un employé de banque modèle, fomente un meurtre qui lui permettrait de dérober une somme pour finir confortablement ses vieux jours. Dans les trois cas, le meurtre n’aura été parfait que sur le papier. Autre crime parfait, l’arnaque. Parfois ça marche comme dans La nouvelle donne de Charles Einstein où un joueur de black jack a trouvé la combine pour arnaquer les casinos. Au contraire, dans Mort sur décision du tribunal de Francis Beeding, un homme ruiné pensait avoir trouvé la méthode parfaite pour mettre sa famille du besoin. Sans succès.

Mais toutes les nouvelles ne sont pas policières. Il y a un peu de fantastique avec Tribut floral de Robert Bloch, une histoire de fantômes. Ou encore avec Canavan et son terrain de Joseph Payne Brennan qui raconte l’histoire d’un jardin ensorcelé. Le recueil comporte un soupçon d’espionnage avec L’homme qui n’en savait pas assez d’Edward D. Hoch avec un récit digne de la Guerre Froide où le contre-espionnage britannique est sur le point de déjouer un complot qui permettrait aux Russes de s’emparer du code donnant accès aux communications cryptées des diplomates britanniques. Un peu de suspense avec une nouvelle signée Jack London intitulée Bâtard qui décrit les relations troubles entre une chien méchant et son maître cruel dans le Grand Nord canadien. Un peu d’horreur aussi dans Les sculptures érotiques de l’Ohio d’Adobe James : un collectionneur d’art érotique est prêt à tout pour acquérir de superbes sculptures pour son musée personnel.

Ces histoires ne m’ont pas empêché de fermer l’œil de la nuit mais elles m’ont tenu en haleine par leur suspense, leur humour noir et leurs surprises finales. C’est un bon moment de lecture, léger et parfait pour les vacances. Merci Mr Hitchcock !

La princesse des glaces, Camilla Läckberg

Ce roman suédois est sorti dans la foulée de la saga Millenium (voir ce que je disais à l’époque sur le tome 1, le tome 2 et le tome 3). Une manière de surfer sur la mode des polars scandinaves. Mais Camilla Läckberg n’est pas Stieg Larsson.

LA PRINCESSE DES GLACES - Camilla Lackberg

Le corps d’une femme est découvert une semaine après sa mort dans sa baignoire gelée, les poignets tranchés. Suicide ? Pas pour Erica, l’amie d’enfance de la victime. Erica est revenue dans la ville de son enfance suite au décès de ses parents. Elle décide d’enquêter, persuadée que son amie a été assassinée.

La princesse des glaces n’a que l’apparence du polar. Au fur et à mesure de ma lecture j’ai vu le récit glisser vers la chick lit. On est loin de Miss Marple, elle aussi écrivain et enquêtrice de talent. Mais là où Agatha Christie fait de son personnage une redoutable détective, Camilla Läckberg digresse sur la prise de poids de son personnage principal et sur ses doutes amoureux. Pire encore, ce n’est pas Erica qui découvre la vérité sur le meurtre de son ami, c’est Patrick, le policier qui devient son amoureux et dont on n’entend pas parler avant la moitié du roman qui vient boucler l’affaire tandis qu’Erica est reléguée au rôle d’amoureuse transie. C’est un glissement qui me paraît complètement rétrograde.

J’ai trouvé deux autres défauts majeurs à la princesse des glaces. Le premier d’entre eux est le changement constant de point de vue. Camilla Läckberg rebondit sans cesse d’un personnage à l’autre, en plein milieu d’un chapitre. Elle en ajoute de nouveaux en cours de route qu’elle décrit longuement sans qu’ils apportent quoi que ce soit au récit (par exemple les 3 collègues de Patrick). Sur la forme c’est loin d’être fluide. Par ailleurs, je n’aime pas les romans policiers où on apprend qu’un élément important dans l’enquête a été découvert par l’un des personnages sans que l’on sache de quoi il s’agit. Je préfère les enquêtes où on avance en même temps que le détective ou le policier et où on essaie de construire sa propre réponse. Ce qui n’est pas possible quand on nous tait les découvertes.

Vous aurez donc compris que j’ai été déçu par la princesse des glaces. C’est un roman policier tout juste honnête. Il y a toujours d’habitude dans les polars un moment où je suis tellement accro au récit que je suis complètement absorbé jusqu’à la fin de ma lecture. Dans le cas présent, je l’ai presque lu en dilettante, à la limite de l’indifférence.

Inéluctable, Patrick Sébastien

Comme moi, vous connaissez sans doute Patrick Sébastien l’animateur et l’interprète des sardines. Si vous êtes amateur de rugby, vous savez aussi qu’il a fait les belles heures du CA Brive Corrèze comme président. Mais il aura fallu que le Père Noël me dépose son roman Inéluctable sous le sapin pour que je fasse connaissance avec Patrick Sébastien l’auteur. Bon, j’avais repéré ce roman dans les librairies en m’interrogeant sur le potentiel livresque de Patrick Sébastien. Voilà l’occasion de me faire ma propre opinion.

Ineluctable Patrick Sebastien

Jo Simon est un tueur. Il le découvre lors d’une soirée où il cède à une pulsion meurtrière. Par la suite il se découvre carrément tueur en série. Jo mène alors lui-même l’enquête pour comprendre ce qui lui arrive et essayer de vivre heureux avec Rosa, son amoureuse de fraîche date. Il doit en même temps échapper aux enquêtes de la police.

Disons le tout de suite, nous n’avons pas avec Inéluctable un candidat au Goncourt. Patrick Sébastien sait qu’il écrit un roman de gare et je dois avouer qu’il maîtrise bien les codes du genre. Le postulat de départ est déjà original : nous suivons un serial killer malgré lui qui enquête sur son propre cas. C’est bien tordu au départ et ça continue de plus belle au fur et à mesure du roman jusqu’à la toute fin. Mention bien pour l’originalité de l’histoire. Je me suis surpris à enchaîner les chapitres les uns après les autres pour avoir le fin mot de cette histoire. Le suspense est bien manié par l’auteur. Toutefois, je m’interroge sur le fondement scientifique de ce qui pousse le personnage principal à devenir un tueur en série. La double chute est d’ailleurs un peu alambiquée mais ça fait partie des surprises du genre. Il ne faut pas bouder son plaisir. Au niveau du style, Patrick Sébastien brise un peu trop allègrement le quatrième mur sans que ce soit véritablement nécessaire. J’ai l’impression qu’il a parfois voulu faire du San-Antonio (une excellente école cela étant) en faisant passer un avis personnel sur quelques sujets de société mais sans que ça fasse mouche. Reste que je recommande Inéluctable pour un moment de lecture détente. Contrat rempli en ce qui me concerne.

Traces, Anna Raymonde Gazaille

la Recrue du mois

Anna Raymonde Gazaille est la recrue du mois de février avec un premier roman sobrement intitulé Traces.

Traces Anna Raymonde Gazaille

Plusieurs femmes fréquentant des sites de rencontres dédiés aux couguars sont assassinées selon un rituel bien précis. Une équipe d’enquêteurs du SPVM est mise sur le coup pour résoudre ces crimes. Outre les policiers qui travaillent sur cette enquête, le lecteur suit Laure Cléments, une femme qui vient de subir un curieux accident de la route, et un homme mystérieux surnommé le Gros qui passe son temps les yeux rivés sur ses écrans d’ordinateur.

Ce que je retiens tout d’abord de ce bon polar québécois est le souci d’exactitude qui anime Anna Raymonde Gazaille et qui transparaît tout au long du roman. Le processus d’enquête est en effet bien décrit. On sent l’intention de l’auteure de montrer le travail minutieux des enquêteurs. Par exemple, là où certains auteurs de polars peuvent ne pas s’embarrasser de certains détails, Anna Raymonde Gazaille souligne l’importance d’avoir un mandat en bonne et due forme. Par ailleurs, les enquêteurs font preuve de discernement et savent très bien qu’ils ne peuvent rien prouver uniquement avec des preuves circonstancielles. Indubitablement, le sujet a été travaillé pour rendre compte de la complexité d’une enquête. L’intrigue elle-même est bien ficelée. Le but n’est pas de savoir qui a commis le crime (car les indices pointent rapidement vers une personne en particulier) mais bien de savoir comment on obtient l’arrestation de cette personne hors de tout doute. Je note que Traces est un roman policier qui, sauf erreur, ne contient pas un seul coup de feu. Mais les amateurs du genre sont bien servis avec des meurtres sordides à souhait.

Dans ce roman, les personnages sont attachants et bien travaillés. Je me suis senti impliqué dans le quotidien des enquêteurs. Je me suis tout de même demandé si l’intrigue n’était pas parfois un peu diluée dans les éléments de vie personnelle des différents personnages. Je ne suis pas sûr qu’en tant que lecteur on gagne à savoir que Ling est homosexuelle ou que Steve Losier a des problèmes de couple. Ces deux personnages sont secondaires et ne méritent sans doute pas d’être aussi développés dans le récit. Sauf si les personnages du roman devaient devenir récurrents dans une série de livres ou pourquoi pas dans une série télévisée.

Le langage des personnages est un peu trop châtié pour un polar. Anna Raymonde Gazaille a fait le choix de ne pas aller dans le joual et les sacres. Mais des termes comme morigéner ou fruste sont un peu trop littéraires à mon goût pour un roman policier. De même, à un moment donné, une policière est dans sa voiture en surveillance devant le domicile d’un suspect et elle parle à sa collègue de son besoin d’uriner. Je l’aurais plus volontiers imaginée parler de son envie de pisser sans que ça fasse vulgaire. Il y a un décalage entre le vocabulaire des personnages et une enquête très réaliste dans ses détails.

Le dernier point qui me paraît important à la lecture de Traces est la passion d’Anna Raymonde Gazaille pour Montréal et le Québec en général. Elle prend soin de montrer différents visages de la région de Montréal et différents lieux du Québec. Traces se déroule sur une toile de fond qui est un hommage à la Belle Province.

Universel Coiffure, Caroline Allard

Après avoir signé deux tomes des Chroniques d’une mère indigne inspirés de sa vie de mère (tome 1 et tome 2), Caroline Allard se lance dans la fiction. Universel Coiffure est le nom d’un salon de coiffure dans le paisible village de Saint-Lin-Laurentides. Ce calme est rompu un beau jour par l’assassinat de Claudine, la propriétaire du salon, par deux hommes chauves vêtus d’un costume sombre. Sylvie, la stagiaire du salon, est ensuite enlevée par ces deux hommes mystérieux.

Universel Coiffure, Caroline Allard

Je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoiler les rebondissements de ce roman qui tient à la fois du policier, de la science-fiction et de la critique de la société québécoise. Sachez tout de même que le cœur du roman est la question philosophique suivante : avoir une belle coiffure est-il un droit fondamental ? Évidemment on sait bien que ressortir de chez le coiffeur avec une belle coupe renforce l’estime de soi. À l’inverse, une coupe ratée et c’est la déprime ! Vous l’aurez compris, Caroline Allard conserve l’humour et le ton qui lui ont permis de rejoindre de nombreux lecteurs avec ses livres précédents. Ajoutez un soupçon de mystère et vous avez entre les mains un roman qui se dévore.

En plus de savoir manier un récit haletant, Caroline Allard est une excellente observatrice de la vie québécoise. Je retiens deux moments particulièrement savoureux. Le premier est traitement médiatique de toute l’affaire de l’enlèvement de l’employée du salon de coiffure. Une fois relâchée, cette otage se fait proposer des entrevues par tout ce que le Québec compte de média. Caroline Allard décortique l’angle choisi par chaque publication. La Presse, Le Devoir, La Semaine, Elle Québec et même Summum… sans oublier un Jean-Luc Mongrain grandiose dans son personnage d’indigné et de défenseur du gros bon sens. Le deuxième moment que j’ai apprécié est la commission d’enquête Bouchard-Taylor qui cherche à déterminer s’il convient de considérer une belle coiffure comme un droit fondamental. Petit rappel, la commission Bouchard-Taylor, la vraie, avait du démêler ce qui constituait un accommodement raisonnable au sein de la société québécoise. Une commission qui s’est vite transformée en grand n’importe quoi pour le plus grand bonheur des médias. Dans Universel Coiffure, la commission tombe elle aussi rapidement dans le n’importe quoi, cette fois-ci pour le plus grand bonheur du lecteur.

En dépit des côtés solides d’Universel Coiffure, j’ai trouvé que le roman peinait à trouver sa conclusion. J’ai commencé à décrocher avec le voyage éclair en Afrique de Sylvie, la protagoniste principale. Cela m’a paru hors sujet. A partir de là, les conclusions se sont multipliées, comme si Caroline Allard n’avait pas véritablement choisi de clore le roman sans conclure et reconclure sur tous les aspects du récit. Malgré cela, pas de quoi se priver d’un bon moment de lecture. Surtout que vous sera révélé le secret de la coiffure de Céline (oui, oui, LA Céline).

J’ai lu Universel Coiffure dans le cadre de la Recrue du Mois.

Zulu, Caryl Férey

Quand Zulu est sorti il y a quelques années, j’ai eu envie de le lire en raison des nombreux commentaires positifs lus sur les blogues littéraires.

Ali Neuman est chef de la section criminelle de la police du Cap en Afrique du Sud. Il est zoulou. Même au sein de la nation arc-en-ciel, il n’est toujours pas facile pour un noir d’occuper de tels fonctions, aussi compétent soit il. Ali Neuman et son équipe enquêtent sur l’assassinat sauvage d’une jeune fille issue d’une bonne famille afrikaner. Ce meurtre est lié à de nombreux enjeux criminels. Je n’en dis pas plus. Le principe du roman policier étant d’avancer dans l’enquête en même temps que les personnages, je ne veux pas gâcher votre plaisir de lecteur.

Ce roman policier n’est pas pour les sensibles. Il est souvent noir et parfois très violent. Certaines scènes sont insupportables et très difficiles à lire, en tout cas pour un lecteur comme moi qui plonge dans les romans et vit les péripéties des personnages. A réserver aux lecteurs ayant le cœur bien accroché.

Le fait que je me sois senti impliqué dans ce roman est attribuable en grande partie au talent d’écrivain de Caryl Ferey. Suspense, personnages crédibles et pas trop caricaturaux, tous les ingrédients sont présents et l’intrigue est bien construite. J’ai tout de même trouvé que les différentes ramifications de l’enquête étaient parfois trop complexes. Sans être tirée par les cheveux, l’intrigue prend des tournants inattendus.

Une autre raison qui m’a conduit à lire Zulu est que l’action se passe en Afrique du Sud, un pays pour lequel j’ai un certain intérêt. Caryl Férey a bien bossé son sujet. Il connaît bien ce qui fait l’Afrique du Sud : son histoire politique, les multiples composantes de sa population, les relations sociales encore tendues entre les communautés et sans oublier le rugby ! Avec Zulu, le suspense et le dépaysement sont garantis.

Et on tuera tous les affreux, Vernon Sullivan

Contrairement à ce qu’indique le titre de ce billet, l’auteur de ce roman n’est pas Vernon Sullivan. Simplement parce que cette personne n’existe pas. L’auteur de Et on tuera tous les affreux n’est autre que Boris Vian qui s’est amusé à plusieurs reprises à se faire passer pour un auteur de polar américain. Plus exactement, il indique être le traducteur d’auteur américain nommé Vernon Sullivan.

Et on tuera tous les affreux est une parodie de roman d’aventure américain. Publié après guerre alors que la France s’étourdit detout ce qui vient des Etats-Unis, ce roman répond aux attentes des lecteurs avides d’aventures et de héros. Le personnage principal, Rock Bailey, est un jeune sportif plutôt bien fait de sa personne. Il résiste aux jeunes femmes qui l’entourent car il a décidé de rester vierge jusqu’à ses 20 ans. Il tombe par hasard sur une affaire qui le conduit à mener une investigation riche en péripéties.

Voilà un roman de gare assumé. Tous les codes du roman de détective sont réunis pour le plus grand bonheur du lecteur. Les soirées sont bien arrosées. Les aventures s’enchaînent les unes après les autres jusqu’à toucher l’invraisemblable. Le roman comporte même une dose de science-fiction fort utile à Boris Vian pour dénouer l’intrigue. Et pour couronner le tout, le sexe finit par entrer dans la vie de Rock Bailey. Mais pas de manière discrète : le jeune homme vierge du début du roman se révèle vite un tombeur doublé d’un étalon propre à satisfaire des cohortes de jeunes et jolies jeunes femmes.

Vernon Sullivan / Boris Vian s’est manifestement bien amusé à l’écriture de ce livre. L’humour potache, les jeux de mots et les réparties dignes de films d’action y sont présents. J’y ai trouvé un air de San Antonio à saveur américaine. Un roman divertissant à savourer en laissant de côté le réalisme.

Le facteur sonne toujours deux fois, James M. Cain

Le facteur sonne toujours deux fois est un roman policier américain publié dans les années 30. Il a fait l’objet de deux adaptations au cinéma (1946 et 1981). C’est le premier roman publié par James M. Cain.

le facteur sonne toujours deux fois

Alors qu’il vagabonde de ville en ville, Frank Chambers se trouve un beau jour dans une gargote californienne tenue par Nick Papadakis dit le Grec. Ce dernier le prend sous son aile et lui offre un emploi de pompiste. Frank accepte et tombe sous le charme de Cora, la femme de Nick. Frank et Cora profitent des absences de Nick pour vivre une aventure passionnée. Il y a bien évidemment une personne de trop dans cette histoire et les deux amants vont essayer de se débarrasser du Grec sans que ça n’ait l’air d’un meurtre. Ils s’y prendront à deux reprises mais devront faire face à la justice.

Cette histoire courte (150 pages) est un mélange percutant de passion, de sexe et de violence. Retenez bien votre souffle dans la partie judiciaire de l’affaire, l’affrontement entre le procureur et l’avocat de Frank et Cora est de toute beauté et demande une certaine attention. Le récit est épuré : rien de trop, juste ce qu’il faut pour décrire les relations entre les personnages et les montagnes russes de leurs émotions. Les moments de tension sont très bien rendus au travers d’une narration du point de vue de Frank. Difficile de faire plus ramassé et plus efficace en termes de roman policier : le facteur sonne toujours deux fois est un modèle du genre.