Slaughterhouse 5, Kurt Vonnegut

J’ai lu que Kurt Vonnegut était un auteur américain incontournable. J’ai donc décider de le lire en anglais en choisissant ce qui est peut-être son ouvrage le plus connu : Abattoir 5 ou dans le texte original Slaughterhouse 5.

Ce roman relativement court est un conte philosophico-fantastique à tiroirs. En effet, l’auteur se cache derrière un narrateur qui met en scène un personnage de roman. Mais c’est bien Kurt Vonnegut lui-même qui est au centre de ce roman. Billy Pilgrim est un prisonnier de guerre américain aux mains des Allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale. De retour aux États-Unis, il devient un opticien qui réussit dans les affaires. Ce récit mêle des fragments du passé, les moments présents et des aperçus du futur. Billy Pilgrim possède en effet la faculté de voir le temps comme un tout depuis son enlèvement par des extra terrestres.

Avec Slaughterhouse 5, Kurt Vonnegut dénonce l’absurdité de la guerre, mais aussi l’absurdité de la vie : quoiqu’on fasse, les oiseaux continueront toujours de gazouiller. Ce texte découle directement de l’expérience de Kurt Vonnegut pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il a été l’un des rares survivants américains du bombardement de Dresde qui a fait plusieurs centaines de milliers de victimes. Face à une telle puissance destructrice, comment trouver du sens ? C’est futile. L’exemple le plus absurde cité dans le livre est celui de cet homme fusillé pour avoir pris une théière dans les décombres d’une ville détruite.

J’ai été surpris du recours à la science-fiction pour faire passer le message principal. Peut-être qu’un roman purement historique aurait été trop aride ? Peut-être que le voyage dans le temps permet de s’affranchir des contraintes de linéarité pour décrire des moments distants de plusieurs décennies ? Mais cela prend tout son sens et passe plutôt bien. L’enlèvement de Billy Pilgrim par les extraterrestres permet d’introduire la notion du temps comme une dimension comme les autres. Une manière de souligner la vanité de vouloir changer les choses.

Je n’avais pas vraiment d’attentes vis-à-vis de Kurt Vonnegut. Est-ce que Slaughterhouse 5 est un livre culte ? possible. C’est un roman qui m’a plu et qui est plus profond qu’il n’y paraît. Le message à retenir est globalement sombre : il faut se résigner car la vie, ça va ça vient, d’autant que Kurt Vonnegut ne mentionne même pas l’idée de profiter de la vie car les moments de bonheur sont rares et furtifs pour Billy Pilgrim.

Un livre lu sur ma liseuse.

HHhH, Laurent Binet

La Recrue du mois ne se limite pas à la littérature québécoise. Chaque mois, un membre de l’équipe lit et commente un premier roman hors Québec. Ce mois-ci, j’ai lu HHhH du français Laurent Binet qui s’est vu remettre le prix Goncourt du premier roman 2010.

Décidément le nazi Reinhard Heydrich est populaire chez les primo-romanciers. J’ai parlé il y a quelques semaines de L’âme du Minotaure de Dominike Audet. Il s’agit ici d’un premier roman de Laurent Binet, un auteur français, qui signe un livre au titre mystérieux. Ce HHhH signifie Himmlers Hirn heisst Heydrich : le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich. Mais il ne faut pas se fier au titre. Heydrich n’est pas le sujet du roman. Les personnages principaux sont plutôt Jozef Gabčík et Jan Kubiš, les deux assassins d’Heydrich. Ce Tchèque et ce Slovaque sont parachutés par la résistance tchécoslovaque pour supprimer le protecteur de Bohême-Moravie, oppresseur des Tchécoslovaques et symbole de l’appareil nazi.

Laurent Binet nous plonge dans les dessous de l’opération Anthropoïde et ses conséquences fatales pour ces deux hommes. Ce roman se veut et constitue réellement un superbe hommage à ces hommes, à leurs complices et à ceux qui ont rendu possible leur vie clandestine pendant de nombreuses semaines dans un pays occupé et dirigé par les nazis. L’auteur présente le contexte de l’époque. Il ne traite pas son sujet dans des limites strictes mais peint un portrait plus global de la situation de la région et de la situation de chacun des intervenants. Il y a plusieurs digressions par rapport au sujet principal mais elles sont nécessaires et s’insèrent bien dans le récit.

J’ai eu quelques réticences au début quand l’auteur/narrateur se donne un rôle dans le roman et donne son avis sur certains personnages. Il fait aussi part de ses hésitations à raconter une histoire sans romancer et ainsi travestir l’Histoire. Je me suis demandé si cela apportait vraiment quelque chose au roman. Mais c’est aussi le moyen pour l’auteur de faire preuve de respect pour ses personnages (qui ne sont pas vraiment les siens). Comme lecteur, j’ai accepté ce style car le récit est fluide et pose quelques questions sur le genre des romans historiques. Et ça fonctionne parce que c’est sincère. J’ai senti tout au long du roman la passion de Laurent Binet pour son sujet et son honnêteté envers le lecteur.

Voilà donc un premier roman original par sa forme et par la passion de son auteur. Je vous mets par exemple au défi de lâcher la lecture dans la partie du roman qui raconte l’héroïsme de Gabčík et Kubiš jusque dans leurs derniers instants. À lire.