The Goldfinch, Donna Tartt

The Goldfinch est un roman de l’auteure américaine Donna Tartt que j’ai lu en version originale. Son titre français est le chardonneret. Il est paru en 2013 aux Etats-Unis et a permis à Donna Tartt d’obtenir le prix Pulitzer de la fiction en 2014.

Chardonneret Donna Tartt

Le titre du roman fait référence au tableau éponyme du peintre néerlandais Carel Fabritius. Ce tableau a été peint en 1654 et est l’une des rares œuvres du peintre à nous être parvenues. En effet, son atelier a été détruit par une violente explosion qui lui coûta la vie et qui a fait disparaître nombre de ses tableaux. Pour en savoir plus sur le tableau et sur Fabritius.

Theo Decker, le narrateur, est un jeune garçon âgé de 12 ans quand débute le roman. Alors qu’il visite un musée à New-York avec sa mère, un attentat a lieu. Sa mère et de nombreuses personnes sont tuées. Theo est miraculeusement épargné et se retrouve aux côtés de Welty, un vieil homme à l’agonie, antiquaire de son état, qui lui demande de sauver le fameux tableau de Fabritius, le Chardonneret. Le père de Théo ayant quitté le domicile familial sans préavis, Theo est placé dans la famille d’un de ses camarades de classe, Andy Barbour, dans un quartier aisé de New-York.

The Goldfinch (ou le chardonneret) est un roman magistral avant tout par sa narration, le fameux storytelling cher aux romans américains. J’ai été happé dès le début du récit par une tension qui monte petite à petit avec un sommet lors de la description des minutes qui suivent les explosions qui enlèvent la vie de la mère de Theo et qui détermineront les 12 années suivantes de sa vie. Dès lors impossible de quitter le roman malgré ses 700 pages. Le roman n’est pas long, loin de là. Chaque page trouve sa justification. Donna Tartt a su retenir et surtout maintenir mon attention. Evidemment les nombreuses péripéties vécues par Theo au fil des années sont parfois invraisemblables mais peu importe. C’est le propre de la littérature d’avoir des personnages à qui il arrive beaucoup de choses.

Le chardonneret comporte de nombreux thèmes. Il est bien entendu question de l’art et de l’influence qu’il peut avoir sur celui qui le contemple. Le tableau de Fabritius devient central dans la vie de Theo : il est à la fois source de réconfort et motif d’inquiétude. Son attirance envers le beau le conduit à s’intéresser de près au monde des antiquités et à apprendre les ficelles du métier jusqu’à en maîtriser les codes. D’ailleurs le chardonneret est un roman d’apprentissage. Theo se construit au fil du temps à travers les épreuves qu’il vit et les amitiés qu’il noue, notamment avec Boris avec qui il trompe son ennui adolescent. Il est aussi question de voyage puisque Theo est amené à quitter New-York pour s’installer à Las Vegas. Il retraversera le pays dans l’autre sens pour revenir à New-York quelques années plus tard. La quête de soi de Theo le voit alterner entre le bien et le mal, entre la vie dans la société new-yorkaise et les abus de drogue et d’alcool, entre le respect des personnes qui comptent sur lui et la culpabilité à propos de ses arnaques. Theo n’est donc pas forcément un personnage que j’ai trouvé sympathique. Mais il est sincère dans sa recherche du bonheur malgré une solitude qui lui pèse.

Fresque du monde moderne avec des échos de l’art classique, le chardonneret est un roman dont on ne sort pas indemne ! Petit bémol : la fin du roman avec une conclusion qui me semble un peu courte, en tout cas qui ne rend pas forcément justice à la complexité du parcours de Theo.

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L’éducation sentimentale, Gustave Flaubert

Il est possible de traverser la totalité du système scolaire français sans avoir lu un seul livre de Flaubert. J’en suis la preuve. J’ai commencé à combler mes lacunes il y a quelques années avec la lecture de Madame Bovary. J’ai récupéré L’Éducation sentimentale chez mes parents. Je l’avais acheté il y a au moins 10 ans sans avoir mis le nez dedans : il attendait sagement mon retour en France.

Frédéric Moreau, originaire de Nogent-sur-Seine, monte à Paris plein d’ambition et séduit par Mme Arnoux, une femme qu’il a côtoyée brièvement lors d’un voyage en bateau. Il cherche à se rapprocher de cette femme en fréquentant son mari, Arnoux, marchand d’art puis faïencier. Il va jusqu’à s’impliquer financièrement dans les affaires du mari et renoncer à ses ambitions et celles que sa mère a placées en lui pour être plus proche de Mme Arnoux. Il côtoie aussi Deslauriers, un ami d’enfance qui comme lui est pétri d’ambitions. Il fait par ailleurs la connaissances d’autres jeunes gens qui suivent des trajectoires différentes dans le Paris des années 1840.

L’éducation sentimentale tient à la fois du roman d’apprentissage et du roman réaliste.

Le sujet du roman d’apprentissage est Frédéric Moreau, un personnage qui se révèle non pas ambitieux mais simplement rêveur. Il estime mériter que tout lui tombe tout cuit dans le bec, tant dans sa vie amoureuse que dans sa vie sociale et professionnelle. Anti-héros mou, il se laisse porter par les événements. Loin d’être un homme d’action, Frédéric Moreau est apathique, indécis. Côté amoureux, il hésite entre plusieurs femmes, attendant une ouverture qui ne vient que tardivement. Du type romantique contemplatif, il se complaît dans un amour impossible. Il est par ailleurs peu fidèle en amitié.

Frédéric est aussi un spectateur passif de son époque. Il est peu impliqué dans les mouvements politiques et peu prompt à prendre l’initiative. Mais il demeure attentif à la manière dont il pourrait tirer parti de la situation. L’époque connaît en effet des bouleversement sociaux et politiques importants avec la Monarchie de Juillet, la révolution de 1848, la Seconde République et les prémices du Second Empire. C’est là le côté réaliste du roman avec un portrait des différentes protagonistes au sein de la population parisienne de l’époque : les petits bourgeois, les révolutionnaires, les bourgeois capitalistes, les marchands, les royalistes, les courtisanes, les acteurs etc. L’éducation sentimentale est aussi une description d’une époque mouvementée au niveau politique : la révolution de 1848, les journées de juin, le coup d’État du 2 décembre 1851.

Gustave Flaubert signe avec l’éducation sentimentale un livre riche et plaisant à lire. Et ceci en dépit (ou à cause) d’un personnage principal détestable. La description réussie d’une époque passionnante d’un point de vue historique explique aussi mon intérêt pour ce roman.

L’amour des maîtres, Mélissa Grégoire

Mélissa Grégoire publie son premier roman : L’amour des maîtres. Elle est la recrue du mois de décembre 2011.

Agnès, la narratrice, est une jeune femme naïve. Elle vit à la campagne avec des parents sans ambition qui ne comprennent pas son désir d’aller étudier la littérature à l’université. Ce départ vers la grande ville est un début d’affranchissement vis-à-vis d’une mère contrôlante mais aussi la naissance d’une dépendance envers un professeur de littérature charismatique. Avec l’amour des maîtres, Mélissa Grégoire traite d’un sujet fort intéressant : quand l’admiration pour un professeur peut se transformer en amour. Ne vous méprenez pas, on n’est pas dans la chick lit mais plutôt dans le roman d’apprentissage. Agnès se construit par rapport à des professeurs qui lui font découvrir tout un monde de possibilités quand en face d’elle se dresse le spectre d’une vie d’ouvrière à l’usine. La littérature est dans l’amour des maîtres le moyen d’échapper à l’atavisme familial.

Mélissa Grégoire signe ici un premier roman qui décrit les professeurs comme des êtres ambivalents, tantôt libérateurs, tantôt manipulateurs. Pas évident pour une jeune étudiante de démasquer le vrai du faux dans le comportement de ces enseignants. Il est question de la complexité du désir à travers le personnage d’Agnès. Elle admire ses professeurs, des hommes qui font office de figures paternelles. Elle se freine dans ses pulsions et, quand elle passe à l’acte, c’est pour se soumettre au bon vouloir de son professeur. Alors qu’il serait facile de poser un jugement sur Agnès, son parcours est livré sans ton moralisateur, comme pour souligner l’importance de faire ses propres erreurs afin de mûrir.

Le récit comporte de nombreuses références littéraires. Il est toujours risqué de procéder ainsi et de citer des titres de livres et des noms d’auteurs car cela peut agacer le lecteur, surtout celui qui n’est pas un littéraire dans l’âme. Mais Mélissa Grégoire le fait intelligemment et cela donne envie de découvrir les écrivains et philosophes mentionnés.

J’apprécie la profondeur dans les différents thèmes traités dans ce roman. L’auteure fait passer ses messages avec une histoire qui se lit avec attention. L’amour des maîtres est en ce sens une réussite.