Let the great world spin, Colum McCann

J’ai pris connaissance de l’oeuvre de Colum McCann en lisant un article sur l’actualité littéraire. Cet auteur américain d’origine irlandaise a en effet publié il y a peu un roman intitulé Transatlantic dont on semblait dire beaucoup de bien. Et l’on disait plus généralement du bien de l’auteur et de son oeuvre. Je n’aime pas débuter avec la dernière œuvre en date d’un auteur. L’article  citait Let the great world spin (Et que le vaste monde poursuive sa course folle en version française) comme son roman le plus connu. Il a d’ailleurs remporté le National Book Award en 2009. C’est donc par celui-là que j’ai décidé d’entamer l’œuvre de Colum McCann et ce dans sa version originale.

Let the great world spin - Colum McCann

L’action du roman se déroule à New-York en 1974, entre le quartier sordide du Bronx, la plus chic Park Avenue et une scène centrale au World Trade Center. Ou plus précisément entre les deux tours puisque le roman s’inspire de la prouesse réalisée par l’équilibriste Philippe Petit qui a réellement marché sur une corde métallique entre les deux tours le 7 août 1974.

Let the great world spin est un excellent exemple, si ce n’est un modèle, de roman choral. Chaque chapitre est en effet présenté du point de vue d’une personne en particulier. Ce sont au total 11 personnages autour de qui l’action gravite. Ils sont tous plus ou moins liés les uns aux autres soit par un événement ou par certains des personnages du roman. Les liens ne sont pas forcément hyper évidents au départ, ils ne sont pas livrés sur un plateau au lecteur mais habilement distillés au fur et à mesure du récit. Ce qui fait la force de Let the great world spin est l’équilibre (pensez à ce funambule) entre la puissance de chaque chapitre et la subtilité des liens entre les différents personnages. Chaque chapitre pourrait dans l’absolu se suffire à lui-même à la façon d’une nouvelle. Il décrit habilement le présent du personnage en question avec ses doutes et ses interrogations en les mettant en perspective avec des épisodes marquants de son passé. Et au fur et à mesure des récits, le roman prend corps en tant qu’entité plus large que les 11 chapitres et révèle son caractère universel quand le roman se clôt avec un bond dans le temps en 2006.

Outre les parcours individuels des différents personnages, Let the great world spin aborde plusieurs thèmes. Il y a tout d’abord la guerre du Vietnam qui fait écho à celle d’Irak. Le chagrin des mères qui se retrouvent dans des groupes de soutien suite au décès de leurs enfants au Vietnam transcende les milieux sociaux : la guerre, cette grande égalisatrice… Il est aussi question de la pauvreté avec l’implication de Corrigan, ce moine des temps modernes qui a fait vœu de pauvreté et de chasteté et qui accompagne les prostituées toxicomanes du Bronx dans leur quotidien. Let the great world spin pose aussi la question de l’art entre la performance de Philippe Petit et celle moins spectaculaires de ces deux artistes retombés dans l’anonymat après avoir été la coqueluche du tout New-York. Et justement il y a New-York la toile de fond du roman qui est presque un personnage à part entière dans ce roman. Colum McCann pose un regard d’immigrant sur la ville et sait lui rendre un bel hommage alors même qu’elle ne se présentait pas forcément sous son meilleur jour au milieu des années 70.

A Game of Thrones, George R. R. Martin

J’ai découvert la série Game of thrones (le trône de fer en français) il y a quelques mois et j’ai été séduit par cet univers improbable de moyen-âge mâtiné de fantastique. J’ai regardé les 3 premières saisons avec plaisir, cette série est de qualité. Voulant avoir quelques primeurs sur les diverses intrigues présentées dans la série, j’ai entrepris la lecture en anglais du premier tome de la série A song of Ice and Fire qui s’intitule A game of thrones.

A game of thrones livre

Dans cet ouvrage, l’auteur américain George R. R. Martin met immédiatement le lecteur au cœur de l’action. Ned Stark, seigneur de Winterfell, reçoit la visite du roi Robert qui lui propose de devenir la main du roi (sorte de premier ministre dans l’univers de Game of Thrones). Ned Stark va accepter la proposition de celui qu’il a aidé 15 ans auparavant à ravir le royaume de Westeros et le trône de fer à Aerys Targaryen, le roi fou devenu tyran. Ned Stark et une partie de sa famille vont donc, du fait de ses nouvelles fonctions, s’installer dans la capitale du royaume, King’s Landing. En tant que main du roi, il doit apprendre à naviguer parmi les courtisans et les conseillers d’un roi qui n’est plus l’homme avec qui il avait combattu. Ned Stark devra notamment comprendre dans quelles circonstances mystérieuses son prédécesseur est décédé.

A game of thrones est une véritable fresque chorale. Chaque chapitre est en effet raconté à la troisième personne autour de l’un des personnages. Il y a bien évidemment Ned Stark, personnage central de ce premier tome. C’est un homme d’honneur qui agit en fonction de ce qu’il estime juste. Il est toutefois un peu naïf et ne pense pas toujours à agir en fonction de ses intérêts. Le lecteur suit également le point de vue de Catelyn Stark, la femme de Ned. Très protectrice de ses enfants, elle est entièrement dévouée à sa famille. Sa noblesse ne l’empêche nullement d’être une femme d’action. L’histoire est aussi vue à travers les yeux des deux filles de Ned et Catelyn Stark. Sansa est une jeune princesse très sensible aux belles histoires d’amour et aux récits chevaleresques qui lui ont été racontés pendant son enfance. Elle apprend à confronter ces images avec la dure réalité de la cour et de ses intrigues. A l’inverse, Arya, la sœur de Sansa, est un vrai garçon manqué qui fuit les enseignements traditionnellement dévolus aux jeunes filles pour se familiariser au maniement des armes. Bran Stark est lui un des fils de Ned et Catelyn. Dès le début du roman, il est la victime d’une attaque qui va le laisser blessé alors qu’il rêve de devenir chevalier. Jon Snow est lui un bâtard que Ned Stark a eu avec une autre femme que Catelyn pendant une campagne militaire. Elevé comme un enfant naturel, il ne bénéficie toutefois pas des mêmes perspectives d’avenir que ses frères et sœurs. Il prendra donc un autre chemin et s’enrôlera dans la garde de nuit, une confrérie de soldats chargée de garder la frontière nord du royaume contre les envahisseurs venus du froid.
Ce premier tome est très centré autour de la famille Stark. Plutôt isolée dans un Nord froid et sauvage, cette famille se frotte aux autres nobles du royaume et découvre les difficultés liées à l’exercice du pouvoir et au maintien de son influence auprès du roi. La famille Stark doit notamment se méfier de la maison Lannister, la famille de la reine. Le lecteur peut suivre un de ses membres, Tyrion, qui est le propre frère de la reine Cersei et de Jaimie, un membre de la garde rapprochée du roi Robert. Tyrion n’a pas le même statut que sa sœur et son frère car il est nain. Réputé bon buveur et client régulier des maisons closes du royaume, c’est un homme qui parvient tout de même à se débrouiller pour éviter les embûches.
Enfin le dernier personnage suivi est Daenerys Targaryen, la fille d’Aerys Targaryen, le roi fou que Robert a renversé. Elle est exilée avec son frère au-delà de l’océan dans une contrée désertique dominée par des hordes de soldats à cheval, les Dothrakis. Daenerys et son frère se fixent comme objectif de ravir le trône de fer à Robert l’usurpateur.

A travers mes explications pour présenter les personnages principaux de A Game of Thrones, vous devinez la richesse de l’univers créé par George R. R. Martin. Et il ne s’agit là que d’une petite partie des personnages du roman. Heureusement, l’auteur propose en fin d’ouvrage un récapitulatif des sept grandes familles qui composent le royaume, ainsi que les personnes qui leur sont rattachées. Il est possible de s’y référer en cas de trou de mémoire sur les liens entre les différents et nombreux personnages. Les intrigues se chevauchent et deviennent parfois complexes. Entre complots, récit de batailles, ambitions politiques et road movie (à cheval), A game of thrones tient à la fois du récit épique, du fantastique et du roman d’apprentissage.
George R. R. Martin est un auteur bavard. Il aime deviser sur l’histoire et la généalogie des familles du royaume. Il prend le temps d’expliquer les blasons de chacun, la géographie des différents lieux qui composent le royaume. Mais ce n’est pas ennuyeux du tout. Tout est amené naturellement au fur et à mesure du récit. Le roman est bien construit avec ce qu’il faut de suspense entre chaque chapitre pour avoir envie de les enchaîner les uns après les autres pour avancer dans l’histoire. Les 700 pages de ce roman ont été aussi vite lues. Il y a un côté addictif à lire le premier tome de la saga A song of ice and fire. Je vous parle prochainement du tome 2 : A clash of Kings.