Petit piment, Alain Mabanckou

Si vous suivez l’actualité littéraire à travers les blogues, vous n’avez pas pu passer à côté de ce roman d’Alain Mabanckou il y a deux ans lors de sa sortie dans le cadre de la rentrée littéraire 2015. A mon tour j’ai lu ce Petit Piment. C’est comme ça, j’ai toujours un ou deux trains de retard.

Petit Piment est un jeune garçon congolais qui vit dans un orphelinat. Il raconte son quotidien entre un directeur sévère, un missionnaire / animateur qu’il adore, la révolution socialiste qui se met en place dans le pays, les menaces des caïds de l’orphelinat et les discussions avec son copain Bonaventure. Et Petit Piment grandit et s’échappe un beau jour de l’orphelinat pour aller survivre avec d’autres adolescents dans la ville voisine de Pointe-Noire.

J’ai suivi avec plaisir les aventures de Petit Piment dans l’orphelinat. Cette chronique douce amère d’une enfance permet à Alain Mabanckou de dresser en arrière plan le portrait de la société congolaise. C’est d’abord de l’impact de la vie politique sur le quotidien des habitants dont il est question avec des passages très drôles. Mais il se fait aussi le critique du népotisme de certains dans l’administration, de l’hypocrisie des laquais du pouvoir ou encore de l’opportunisme de certains politiciens au moment des élections. Et au milieu de tout ça le peuple survit.

J’ai un peu moins aimé la partie qui traite de la vie adulte de Petit Piment et de ses ennuis de santé. Peut-être parce que ce volet du roman d’Alain Mabanckou ne possède pas la légèreté de l’enfance. On est dans un registre plus grave qui laisse moins d’espoir.

Belle découverte d’un auteur que je ne connaissais pas. J’y reviendrai volontiers.

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L’autoroute, Luc Lang

Prendre un livre à la bibliothèque simplement parce qu’il est écrit dessus « Rentrée littéraire 2014 » et parce que je me sens un peu déconnecté de l’actualité du livre ces derniers temps. Tomber sur L’autoroute de Luc Lang, un auteur que je ne connaissais pas jusqu’alors.

L'autoroute - Luc Lang

Frédéric est un ouvrier agricole saisonnier, saxophoniste à ses heures, qui attend une correspondance en passant le temps à la brasserie de la gare. Il est abordé par un couple, Thérèse et Lucien. Elle est très volubile quand lui est taciturne. Elle invite Frédéric dans le manoir qu’ils habitent, fruit d’un héritage familial, en bordure d’autoroute. Frédéric les suit, changeant ainsi sa destination, et commence alors une cohabitation avec ce couple improbable. Frédéric fait alors plus ample connaissance avec Thérèse, une femme haute en couleurs.

L’autoroute est un court texte que je qualifierais de diesel : il commence doucement et trouve son rythme petit à petit pour finir carrément en apothéose. L’autoroute est un modèle de novella, ce terme qui désigne une longue nouvelle. Le texte est particulièrement bien travaillé. Le style est plutôt littéraire et donne un côté intemporel au récit. Thérèse est le personnage principal de ce roman. Le narrateur, Frédéric, n’est que le prétexte à décrire la personnalité flamboyante de Thérèse. Les contours de Thérèse sont mal dégrossis au début, pour aller ensuite jusqu’au cœur de ce qui fait la riche personnalité de cette femme. Le récit est touchant et malgré des personnages peu bavards, il se révèle être tout en sensibilité.

Pour finir, surprise à la lecture car le récit se passe dans le Nord de la France mais pas ce Nord souvent caricatural. C’est une toile de fond discrète faite d’arrachage de betteraves et de flux de camions qui défilent sur l’autoroute.

Je retiens donc de cette lecture le nom de Luc Lang, à creuser !

L’effet des prix littéraires sur les ventes de livres

Dans quelle mesure un prix littéraire fait vendre plus de livres ? Une question d’actualité alors que le prix Goncourt 2011 vient d’être attribué à L’art français de la guerre, le roman d’Alexis Jenni.

Pierre Assouline reprend sur son blogue les chiffres d’une étude GfK (pdf) qui donne l’effet des différents prix littéraires sur les ventes de livres. Voici le nombre moyen d’exemplaires vendus entre 2005 et 2010 par prix littéraire :

  • Goncourt : 400 000 exemplaires
  • Renaudot : 198 000 exemplaires
  • Femina : 156 000 exemplaires
  • Goncourt des Lycéens : 132 000 exemplaires
  • Prix des lectrices de Elle : 126 000 exemplaires
  • Prix des Maisons de la presse : 87 000 exemplaires
  • Interallié : 81 000 exemplaires
  • Prix FNAC : 75 000 exemplaires
  • Prix des libraires : 60 000 exemplaires (265 000 avec l’élegance du hérisson, prix des librairies 2007)
  • Médicis : 55 000 exemplaires
  • Prix du livre Inter : 55 000 exemplaires

 

Le Goncourt demeure donc le « meilleur » prix en termes d’exemplaires vendus. C’est le prix qui a l’effet multiplicateur le plus important sur les ventes. Ainsi en 2010, il s’est vendu 9 fois plus d’exemplaires de La carte et le territoire par semaine une fois que le prix Goncourt a été attribué à ce roman de Michel Houellebecq. A titre de comparaison, le Renaudot a eu un effet multiplicateur de 7 pour Apocalypse Bébé de Virginie Despentes toujours en 2010. Vient ensuite le Femina qui a eu pour effet de multiplier par 6 les ventes hebdomadaires de La vie est brève de Patrick Lapeyre l’année dernière.

L’étude de GfK chiffre aussi la rentrée littéraire : l’édition 2011 a vu la publication de 704 titres par 231 éditeurs. Si le nombre de titres publiés est en légère baisse par rapport aux rentrées littéraires 2009 et 2010 (767 et 741 titres respectivement), le nombre d’éditeurs n’a lui jamais été aussi élevé depuis 2005. Faut-il y voir un dynamisme croissant du monde de l’édition ? A méditer alors qu’on nous prédit la mort du livre papier sous la pression du livre électronique…

La rentrée littéraire pèse toujours plus lourd dans le chiffre d’affaires de la fiction moderne : 20% en 2010. Mais il s’agit d’un petit phénomène quand on prend l’ensemble du chiffre d’affaires du livre en France : 2,5% des ventes proviennent de la rentrée littéraire. Bref, au risque d’enfoncer une porte ouverte, la rentrée littéraire reste avant tout un phénomène pour amateurs de littérature.

Et vous, qu’avez-vous lu de cette fameuse rentrée littéraire cette année ? Et prévoyez-vous de lire l’un ou l’autre des récipiendaires d’un prix littéraire ?

Une page se tourne

Vous me pardonnerez une métaphore boiteuse pour me rattacher au thème de ce blogue mais une page se tourne. Ce blogue va connaitre une pause en raison de mon déménagement en France. Je tourne en effet une page après 8 ans passés à Montréal. Je vais donc consacrer pas mal de temps à cette nouvelle installation en sol français.

Côté lecture, ça devrait être maigre, faute de temps. De toute façon depuis plusieurs semaines, je suis focalisé sur Infinite Jest de David Foster Wallace. Il s’agit d’une lecture assez exigeante et je serai super satisfait si je passe au travers avant la fin de l’été. Ne vous attendez donc pas pas à beaucoup d’activité sur ce blogue au cours des prochaines semaines.

Remarquez, quel que soit mon rythme de production de billets, il y a toujours une baisse de la fréquentation du blogue en été. Ça commence à baisser en juin pour reprendre en septembre avec la fameuse rentrée littéraire (prédiction gratuite en passant : cette année aussi il y aura beaucoup trop de livres publiés à la rentrée littéraire, ne soyez pas surpris). Et je constate que l’été a commencé avec le regain de popularité de ce billet. Disons que la littérature prend une pause estivale !

En guise de conclusion et pour filer ma métaphore initiale, tourner la page ne signifie pas qu’on referme le livre. Malgré mon départ du Québec, je continue bien sûr à m’intéresser à la littérature québécoise. Ne serait-ce qu’avec ma participation à la Recrue du Mois qui devrait reprendre après l’été.