Chroniques martiennes, Ray Bradbury

Ça fait un moment que j’ai ce titre dans ma pile de livres à lire. J’avais beaucoup aimé Fahrenheit 451, c’est pourquoi j’ai voulu découvrir un nouveau récit de Ray Bradbury. Chroniques martiennes a été publié en 1950 et est considéré comme un ouvrage majeur de la science fiction.

Chroniques martiennes - Ray Bradbury

Chroniques martiennes raconte l’histoire de la conquête de la planète Mars entre les années 2030 et 2057. Le récit commence du point de vue des Martiens et se poursuit ensuite à travers les yeux des équipes successives qui atterrissent (amarsissent serait plus juste) sur la planète à découvrir. Les différents textes qui composent ces chroniques sont pour ainsi dire des nouvelles, le tout faisant un tout cohérent pour décrire l’exploration de Mars.

Première surprise : le récit porte peu sur les interactions entre les deux peuples (à part au début du livre) ou sur la technologie mais est surtout centré sur l’état d’esprit des Terriens. Autre point d’étonnement pour moi : Chroniques martiennes contient relativement peu d’éléments fantastiques ou surnaturels. Quand il est question de lire dans les pensées ou d’hallucinations, c’est surtout au service d’une remise en cause de nos perceptions humaines. J’ai pour ma part beaucoup aimé un des chapitres qui met en vedette un certain Benjamin Driscoll qui se donne comme mission de planter des arbres sur Mars pour rendre l’atmosphère plus respirable. Sa détermination et ses convictions sont exemplaires et nous invite à persévérer.

Le livre est presque un ouvrage philosophique car des désaccords se font jour entre les Terriens pour savoir quoi faire de cette planète. Les territoires inexplorés représentent une nouvelle frontière à conquérir avec d’abord des pionniers puis plusieurs vagues de colons qui viennent s’installer. Le parallèle est clair avec l’histoire américaine et la conquête de l’Ouest. Avec les colons arrivent des prêtres, ce qui vient à poser la question de la vie spirituelle sur Mars car plusieurs approches s’opposent quand les prêtres sont confrontés à plusieurs phénomènes qui leur font remettre en cause les fondements de leurs croyances chrétiennes.

En fait Chroniques martiennes en dit plus sur l’époque de sa rédaction que sur une hypothétique conquête de la planète Mars. Au moment de rédiger ses récits, Ray Bradbury vit au début de l’ère nucléaire avec toutes les craintes de destruction que cette nouvelle technologie apporte si elle est mal utilisée. Cette nouvelle époque voit aussi la remise en cause du rôle de la religion (dogme ou philosophie ?) et pose la question de la place des Noirs (qui, non contents de leur sort sur Terre, émigrent massivement vers Mars) dans la société. C’est aussi une époque où l’on peut craindre l’émergence d’une police de la pensée (au même moment, George Orwell publie 1984). Ce sujet est traité par Ray Bradbury dans le chapitre consacré à la maison Usher où il craint que les livres et les divertissements ne soient interdits par le pouvoir politique. Face à ces menaces d’apocalypse, Ray Bradbury se fait l’écho à travers plusieurs récits de Chroniques martiennes d’une certaine nostalgie. Plusieurs personnages ont en effet tendance à vouloir revenir en arrière, à des temps plus doux, époque révolue de l’insouciance. A l’inverse, la technologie, si elle permet d’ouvrir de nouveaux horizons, peut conduire à la destruction et à la solitude.

Voici un résumé de la pensée de Ray Bradbury avec cette citation extraite de Chroniques martiennes :

La vie sur Terre n’a jamais pris le temps de donner quoi que ce soit de bon. La science est allée trop loin et trop vite pour nous, et les gens se sont retrouvés perdus dans une jungle mécanique, comme les enfants qui font tout un plat des jolis choses, gadgets, hélicoptères, fusées ; ils ont mis l’accent sur les fausses valeurs, sur les machines plutôt que sur la façon de les utiliser. Les guerres sont devenues de plus en plus dévastatrices et ont fini par tuer la Terre. C’est ce que signifie le silence de la radio. C’est ce que nous avons fui.

Voilà qui invite à la réflexion, non ? D’autant que ces quelques lignes n’ont pas vraiment pris une ride 66 ans plus tard.

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Fahrenheit 451, Ray Bradbury

C’est idiot mais il a fallu la mort de Ray Bradbury début juin pour que je me mette à lire Farenheit 451. Ce roman était dans ma pile de livres à lire depuis un bon bout de temps.

J’ai toujours entendu parler de ce roman comme d’un classique de la science fiction. Mais je me suis rendu compte à sa lecture que c’était bien plus que ça. Je le rapproche volontiers de 1984 ou du meilleur des mondes. Comme ces romans, Farenheit 451 décrit une société totalitaire qu’on ne situe pas bien dans le temps. C’est une dystopie.

Le personnage principal de ce livre s’appelle Guy Montag et il est pompier. Toutefois son rôle n’est pas d’éteindre des incendies. Dans cette société, les pompiers ont des camions citernes remplis d’essences et leurs lances sont des lance-flammes qui ont pour but de détruire les livres. En effet, les livres sont jugés néfastes. Ils amènent trop de questions et perturbent les gens dans leur quête du bonheur. Ceux qui possèdent des livres sont dénoncés et les pompiers viennent brûler leur maison. Les honnêtes citoyens se contentent d’être gavés des sons de leurs coquillages radios et des images de leurs murs télévisuels sans se poser de questions. Tout serait simple si Montag, pompier modèle responsable de nombreux autodafés, ne se mettait pas un jour à se poser des questions et à s’intéresser à ce que les livres peuvent bien raconter.

Quelle est le message de Ray Bradbury à travers la description de cette société qui détruit les livres ? Tout d’abord les autodafés se focalisent sur les livres alors que l’important n’est pas le livre en lui-même mais bien les idées qu’il véhicule. Ce n’est qu’un medium. La télé ou la radio pourraient en ce sens être un outil qui aiguise le sens critique mais les programmes diffusés dans le roman servent plutôt l’abrutissement des masses.

Ray Bradbury fait dire à un de ses personnages que les hommes ont besoin de trois éléments. Tout d’abord, la qualité de l’information. Dans le roman, les livres montrent le vrai visage des choses, ils montrent la vie. Deuxième élément nécessaire : le loisir d’assimiler cette information. C’est-à-dire qu’il ne faut pas être sans cesse dans l’action ou soumis à des messages en continu. Il faut pouvoir avoir du temps libre pour digérer l’information. Et le troisième élément est la liberté d’accomplir des actions fondées sur ce que nous apprend l’interaction entre la qualité de l’information et le loisir de l’assimiler. Un triptyque fait de libre circulation de l’information, de temps de loisir et de liberté. Voilà ce qui est fondamental pour l’homme.

Comment conclut Ray Bradbury ? Pour lui, même si les temps sont peu propices aux idées, à la littérature et aux intellectuels, il faut résister malgré tout, passer au travers des époques les plus dures pour mieux transmettre les textes plus tard. Dans le roman, les hommes cultivés se mettent en dehors de la société qui détruit la culture. Cette auto exclusion leur permet d’échapper aux contrôles et de continuer à se transmettre oralement le contenu des livres. Quand les pompiers détruisent un medium, il y a toujours la possibilité de faire circuler l’information d’une autre manière.

C’est donc plus de la philosophie que de la science-fiction. Fahrenheit 451 est un livre porteur d’un sens fort. De plus, il est plus que jamais d’actualité malgré ses 60 ans. Bien sûr on ne brûle pas les livres aujourd’hui mais les livres sont concurrencés par de plus en plus de medias qui privilégient le divertissement immédiat plutôt que les réflexions de fond. Les livres eux-mêmes sont nombreux à proposer un contenu creux qui n’incite pas à la réflexion. Ce n’est heureusement pas le cas de Fahrenheit 451 qui, plus qu’un ouvrage de science-fiction, est un manifeste pour le sens critique. Le livre de Ray Bradbury dépasse pour moi le statut de classique et est un livre qu’il faut mettre entre toutes les mains.

Pour l’anecdote, 451 degrés Fahrenheit correspond à la température à laquelle le papier s’embrase spontanément.