Comme si de rien n’était, Maxime Collins

Maxime Collins est la recrue du mois de juillet avec son premier roman Comme si de rien n’était.

Avec Comme si de rien n’était, Maxime Collins évite de nombreux pièges dans lesquels les jeunes auteurs peuvent tomber. Son économie de mots donne du rythme aux quatre récits qui composent le roman. En effet, étant donné que le narrateur nous présente des personnages qui se cherchent, Maxime Collins aurait pu se laisser aller à une logorrhée sans fin sur les états d’âmes de chacun. Au contraire, il livre juste ce qu’il faut pour accrocher le lecteur et l’entraîner dans l’univers de chacun des protagonistes. Et c’est heureux d’avoir placé l’histoire de Benjamin au début du roman car c’est la plus rythmée. Dès les premières pages, j’ai été intrigué par son activité peu commune qui nous est dévoilée au fur et à mesure. Et j’ai retenu mon souffle dans sa course folle.

Les personnages du roman, justement. Ils sont tout à fait crédibles. Si je devais les caricaturer, on a affaire à un gigolo, un puceau, une pute et un homo. Mais c’est un autre piège dans lequel Maxime Collins n’est pas tombé : ses personnages ne sont pas caricaturaux. Ces quatre personnes dans la jeune vingtaine ont en commun le fait de s’être exilées de Montréal (qui à Nice, qui au Havre, qui à Toronto et qui en Grèce) pour trouver des réponses à des questionnements divers. La distance ne réglant aucun problème, ils trouveront des pistes de réponses par le biais de leur sexualité. Loin d’être racoleuse comme dans certains romans, la chose sexuelle n’est dans ce roman que la partie émergée d’une quête de soi et de la recherche d’un bonheur aux contours mal dégrossis. Le mal-être de chacun est plus profond et l’auteur n’offre ni solution miracle ni pirouette finale pour éviter de répondre à la problématique qu’il pose.

Je trouve donc que Maxime Collins signe un bon premier roman, bien connecté aux questionnements des individus de son époque. Seul bémol tout personnel, je n’ai pas vu un grand intérêt à nous présenter ces parcours par le biais d’un narrateur omniscient qui constitue finalement un lien ténu entre les personnages.

Publicités

La femme fragment, Danielle Dumais

Danielle Dumais avec la femme fragment est la dernière recrue de l’année 2009.

Le personnage principal du roman est une jeune femme nommée Caroline. Elle a été élevée par un père âgé et solitaire qui a tout fait pour lui montrer la beauté de la vie. Sa mère a disparu peu de temps après sa naissance. Caroline ne s’est jamais posé de questions sur son histoire familiale et s’est contentée des réponses évasives de son père. Mais quand son père meurt, elle apprend la véritable histoire de sa mère et les souffrances qu’elle a endurées avant de rencontrer le père de Caroline et de lui proposer d’avoir un enfant ensemble. Caroline est bouleversée et s’interroge sur son identité et ses relations avec les autres, en particulier avec les hommes.

J’ai tout de suite aimé me plonger dans la femme fragment. Danielle Dumais a choisi de dresser le portrait de Caroline en mosaïque en la décrivant petit à petit tantôt du point de vue de son entourage (amis, famille, collègues, conjoints) et tantôt en la laissant s’exprimer à la première personne. Ce procédé rend le récit dynamique. À ça s’ajoute une aura de mystère autour de Caroline qui n’est pas une femme facile à cerner. Elle-même s’interroge sur qui elle est quand elle apprend l’histoire de sa mère. Elle entame une quête d’identité qui l’amène à faire de nouvelles rencontres.

J’ai l’impression d’avoir eu affaire à deux livres distincts en lisant la femme fragment. Les deux premiers tiers portent sur la recherche de son passé et le reste du livre est consacré à la recherche d’un conjoint. La rupture entre les deux se produit quand Caroline décide de s’expatrier pour faire le point. C’est peut-être sévère mais je me suis senti trompé car pour moi Caroline perd son objectif initial qui est de se définir une fois qu’elle connaît mieux l’histoire de sa famille. C’est un peu comme si elle abandonnait ce projet pourtant central pour se consacrer plus banalement à sa vie amoureuse. Et je n’ai pas l’impression qu’elle finisse par obtenir les réponses à ses questions. En fait, la première partie du roman est ambitieuse et fort réussie. Je l’ai trouvée très solide dans sa facture et le sujet universel de la connaissance de soi est maîtrisé. Malheureusement le propos finit par s’éloigner de la quête d’identité pour tomber un peu à plat. J’ai refermé ce livre en étant déçu car il m’a semblé que Danielle Dumais s’est perdue en chemin comme son personnage. Enfin, je trouve que Caroline perd de sa superbe au fur et à mesure du roman. De mystérieuse et rêveuse au début du roman, elle devient terne et sans saveur alors que le récit se fait à la première personne.

Malgré cette déception personnelle, la femme fragment demeure un très bon premier roman. Danielle Dumais possède une voix originale et sait amener le lecteur dans l’univers qu’elle a créé. Le fait que je n’ai pas pu lâcher le livre est un bon indice de ses qualités.