Atavismes, Raymond Bock

Pensez-vous que la société québécoise est un havre de calme où les gens vivent en harmonie les uns avec les autres et avec la nature ? Raymond Bock n’est pas de ceux là. Avec Atavismes, son premier recueil de nouvelles, il dresse un portrait au vitriol du Québec.

Atavismes s’ouvre de manière choc sur une nouvelle où la violence se déchaîne sur un homme qui a le tort d’avoir des convictions politiques opposées à celles de ses tortionnaires. Le désaccord sur les vues politiques s’exprime physiquement par la volonté de réduire l’autre, de le nier en tant que personne. Les auteurs de ces actes sont incapables de lutter au niveau des idées. Impuissants à raisonner, ils sont esclaves de leurs émotions.

Le ton est ainsi donné et tout au long de ce grand déballage, le lecteur est assis dans le fauteuil d’un psy qui écouterait un Québec malade de son histoire et de sa place dans le monde. Les atavismes sont profondément ancrés dans l’identité québécoise et ils sont offerts à notre réflexion. Il y est question de l’impossible relation avec le père, de la chute des héros, du découragement du système éducatif. La nature est un des thèmes forts de ce livre. C’est d’ailleurs quand il est question du rapport malsain des personnages à la nature que le glauque et le mal être ressortent le plus. Ainsi ces colons prisonniers de l’hiver qui s’entretuent ou cet homme qui laisse la végétation et la faune envahir sa maison. Pour Raymond Bock, la présence des Québécois sur le sol nord américain est une greffe qui n’a pas pris, ce n’est pas naturel. Les personnages essaient de persister mais échouent à reprendre le contrôle de leur destinée.

Atavismes est un livre où règnent le malaise et le glauque. Raymond Bock dresse un constat très sévère en faisant coller des atavismes sombres à l’identité québécoise. Mais c’est tellement bien amené que chacune des nouvelles se lit avec passion. En plus d’avoir une grande acuité d’observation et de maîtriser son sujet, Raymond Bock possède une plume distincte. Chaque nouvelle a son style propre et l’ensemble de l’ouvrage est varié. Une voix d’écrivain originale à découvrir. Et encore une preuve du succès des éditions du Quartanier à publier les jeunes talents littéraires québécois.

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Baldam l’improbable, Carle Coppens


La Recrue du mois de novembre est Carle Coppens avec son premier roman Baldam l’improbable.

L’idée de départ du roman est séduisante : exagérer juste ce qu’il faut la société occidentale pour en faire un mélange de télé réalité et de recherche de performance individuelle. Carle Coppens a construit avec talent un univers parallèle au nôtre. Pensé dans ses moindres détails, ce monde voit les individus gagner des points en fonction de l’exposition de leurs émotions devant des caméras de surveillance ou en réalisant des prouesses inutiles. C’est à qui sera le plus populaire : le but est d’atteindre le fameux cercle 5000 qui regroupe les 5000 personnalités les plus populaires. Et cette popularité se marchande. Il est possible d’investir dans une personne comme si on investissait dans un placement financier. Les vies de chacun sont analysées par des gens chargés de regarder les caméras de surveillance et de traiter les rapports rédigés par les gens eux-mêmes. Et c’est bien le pire dans cette histoire : les gens acceptent ce système de plein gré. Cette description d’une société axée sur la popularité est extrêmement bien vue.

C’est au niveau de l’exécution de ce roman que je reste sur ma faim. J’ai trouvé que l’installation de l’histoire était trop longue. Carle Coppens refuse de livrer les clés de son univers trop vite au lecteur, c’est louable. Mais il y a trop d’attente. Il faut en effet attendre la moitié du roman pour savoir ce qu’est la prise de contrôle qui justifie l’histoire racontée par le narrateur. Du coup, je me suis retrouvé beaucoup moins impliqué dans la lecture que je n’aurais pu l’être. A force de retarder les explications, l’auteur désengage le lecteur. Il y a un autre point qui m’a gêné à la lecture de Baldam l’improbable. C’est le fait que Carle Coppens abuse des énumérations. C’est un des procédés qui me bloquent le plus dans la lecture d’un roman. Une fois ou deux passe, encore mais j’ai tendance à ne plus les lire avec le même intérêt quand les énumérations se multiplient. Je retiens tout de même la capacité de l’auteur à créer des anecdotes qui agrémentent le récit d’une bonne dose d’humour.

Pour résumer, ce roman part d’une idée brillante mais souffre de choix rédactionnels qui alourdissent la lecture.