Vol de nuit, Antoine de Saint-Exupéry

Je poursuis la relecture des romans de ma jeunesse avec Vol de nuit d’Antoine de Saint-Exupéry. Tout comme Pêcheur d’Islande, c’est un livre que j’ai étudié au collège dans le cadre d’un cours de français mais j’avoue humblement ne plus avoir de souvenirs de ce roman. La faute sans doute au côté obligatoire des lectures scolaires.

Vol de nuit

L’action de Vol de nuit se passe à Buenos Aires en Argentine, là où est basée la compagnie chargée de centraliser le courrier de toute l’Amérique du Sud avant de l’envoyer en Europe. Les trajets se font en avion de nuit à une époque où il était rare que les avions circulent de nuit. Mais l’aviation étant en concurrence avec le bateau et le train pour l’acheminement du courrier, les aviateurs n’ont pas le choix et doivent se lancer dans les vols de nuit. Le roman suit la vie des pilotes et celle de Rivière, leur responsable.

Rivière est le responsable des pilotes mais surtout le responsable de l’acheminement du courrier. Vol de nuit est en effet un roman sur la responsabilité. Rivière sait qu’il n’a pas à se faire aimer de ses pilotes. Il doit être intransigeant avec eux, parfois même injuste, pour leur faire comprendre que l’enjeu de leur travail dépasse largement leurs problématiques individuelles. Rivière est un bâtisseur. C’est sur ses épaules que repose l’avenir des lignes aériennes de nuit.

Les pilotes sont des pionniers qui explorent des territoires nouveaux. Saint-Exupéry les compare à des navigateurs. Ils naviguent en effet entre les tempêtes guidés par leur expérience et leurs instruments de vols. Ils sont reliés au sol par la radio qui leur transmet les conditions météo à chaque étape de leur parcours. Il n’y a pas de place pour le doute dans leur entreprise.Ils doivent oublier leur propre personne afin de construire des routes nouvelles. On est dans le dépassement de soi. Les moments de tension sont rendus dans des mots simples. Antoine de Saint-Exupéry, fort de son métier de pilote d’avion, sait décrire les enjeux et les crispations propres à ces hommes. Il ne tombe pas dans la technique ou la grandiloquence. Son style est sobre et vulgarise très bien les différents maillons de la chaîne humaine qui rend possible l’acheminement du courrier.

Vol de nuit est donc un roman sur la responsabilité et le dépassement de soi. Il est essentiel de le lire ou de le relire à une époque où l’individualisme domine et où les grandes causes ne sont pas au centre des préoccupations humaines. En fait, peu importe quand on le lit, le propos de Vol de nuit est intemporel. C’est un classique.

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Vent salés, Joanne Rochette

La recrue de ce mois-ci est Joanne Rochette qui publie son premier roman intitulé Vents salés. Pour lire les avis de mes collègues, allez faire un tour sur le site de la recrue du mois.

Delphine, une jeune veuve vivant à Montréal avec ses deux enfants, tombe sous le charme d’Ernest, un homme qui exerce le métier de pilote. La passion entre eux deux est forte mais sera-t-elle suffisante pour rapprocher deux mondes ?

Pour moi le plus intéressant dans ce roman de Joanne Rochette aura été de me familiariser avec une profession méconnue car aujourd’hui disparue : celle de pilote de navire. En effet, Ernest est engagé par les capitaines des bateaux qui naviguent sur le fleuve Saint-Laurent. Sa connaissance du fleuve est indispensable aux bateaux pour se frayer un chemin entre les écueils et les bancs de sables et pour faire face à une météo fluviale souvent capricieuse. La dure réalité du métier de pilotes est très bien décrite par Joanne Rochette.

Quant au fond de l’histoire je ne sais pas trop quoi en penser. L’histoire d’amour entre les deux personnages principaux avorte et ça m’a déçu. Il est clair que Delphine et Ernest n’avaient pas grand chose en commun au départ si ce n’est une passion amoureuse pour le moins explosive. Mais cette passion n’est pas suffisante pour en faire un couple. Malgré une tentative de se rapprocher de lui, Delphine renonce à Ernest quand elle se rend compte de la vie solitaire qui l’attend. Admirative devant son mode de vie indépendant, elle en devient jalouse. Et quand Ernest décide de s’engager envers Delphine, il est trop tard pour lui et il ne l’accepte pas. Curieusement alors que la passion est le point de départ du roman et rapproche les deux personnages, c’est la voie de la raison qui l’emporte à la fin du roman. Pour le plus grand malheur de Delphine et Ernest. Le désir et les besoins physiques ne sont finalement qu’une parenthèse qui se referme. Comme si la terre, représentée par Delphine, et l’eau, symbolisé par Ernest le pilote, étaient deux éléments qui ne pouvaient que se croiser ponctuellement sans toutefois cohabiter.

Ma dernière remarque concerne le style qu’a choisi Joanne Rochette. L’alternance entre le point de vue de Delphine et celui d’Ernest est bien faite. Ce n’est pas mécanique et cela laisse le récit fluide. Mais j’ai été moins convaincu par le procédé qui consiste à enchaîner des paragraphes à la troisième personne et d’autres à la première personne. Sans être maladroit, c’est perturbant à la lecture.

Publié chez VLB Éditeur.