Le Dieu venu du Centaure, Philip K. Dick

Un peu de fantastique avec Philip K Dick. Ça ne fait pas de mal de temps en temps, n’est-ce pas ? La dernière fois avec cet auteur, c’était il y a 10 ans avec un roman intitulé Substance Mort.

Le Dieu venu du Centaure - Philip K. Dick

Dans le Dieu venu du Centaure, il est question de drogue comme dans Substance Mort. Toutefois le contexte est différent puisque le Dieu venu du Centaure se passe à une époque où les hommes ont colonisé le système solaire et notamment la planète Mars. La vie de colon est rendue difficile par les conditions martiennes hostiles et la promiscuité dans les « clapiers ». Pour s’évader les colons ont recours au D-Liss, une drogue utilisée en conjonction avec les combinés P.P. (pour Poupée Pat), qui permet de s’évader quelques minutes en « revenant » sur Terre sous l’identité de la poupée Pat et de son compagnon Walt. Barney Mayerson est employé comme précog par l’entreprise les combinés P.P. Ses talents lui permettent d’anticiper les futures tendances, ce qui fera « le buzz » dans quelques semaines ou quelques mois ainsi qu’on le décrirait aujourd’hui. Son patron, Léo Bulero, est inquiet car le retour dans le système solaire de l’homme d’affaires et aventurier Palmer Eldritch menace son juteux business. En effet, il revient avec une drogue nommée K-Priss qui est décrite comme plus efficace que le D-Liss et en passe d’être approuvée par les Nations Unies.

Le Dieu venu du Centaure est très déstabilisant pour le lecteur bien que facile d’accès. Il est difficile de démêler la réalité et ce qui est imaginé ou vécu sous l’influence de la drogue par les personnages. Il est facile de s’égarer dans les méandres du récit mais surtout dans les méandres du cerveau de Philip K. Dick qui démontre avec ce roman que les territoires restant à explorer par l’Homme se situent tout autant aux confins de l’espace qu’à ceux du cerveau humain. Pas une grande lecture pour ma part mais la confirmation que l’univers de Philip K. Dick est bien touffu.

Substance Mort, Philip K. Dick

Je connaissais Philip K. Dick de nom sans avoir lu aucun de ses livres. C’est un auteur prolifique dont plusieurs œuvres ont été adaptées au cinéma comme Total Recall, Blade Runner, Minority Report ou encore Paycheck. Substance Mort a lui aussi fait l’objet d’un film avec Keanu Reeves, Woody Harrelson, Winona Ryder et Robert Downey Jr. Je n’en n’avais pas entendu parler avant de lire le livre. C’est apparemment un film style animation sorti sous le nom A scanner darkly en 2006.

Revenons au livre. Fred est un policier de la brigade des stups qui vit en Californie. Comme tous les membres de son unité, il travaille incognito grâce à un costume spécial, le complet brouillé, qui dissimule sa véritable identité auprès de ses collègues. Pourquoi tant de méfiance au sein du corps policier ? A cause des taupes qui pourraient révéler son identité lorsqu’il est sur le terrain. Son supérieur le convoque dans son bureau pour lui demande d’enquêter sur un certain Bob Arctor, un toxicomane soupçonné de trafiquer la drogue la plus populaire du moment, la substance Mort. Or Bob Arctor et Fred sont la même personne ! Arctor est en fait l’identité de Fred lorsqu’il ne porte pas son complet brouillé et qu’il essaie d’infiltrer les réseaux de distribution de drogue dans la ville d’Anaheim. Fred se demande donc comment il va pouvoir gérer la situation. C’est le début d’une spirale qui le verra passer d’une identité à l’autre au fil de son enquête. Son cerveau va se troubler face à la difficulté de la tâche et aussi sous l’effet de la substance Mort dont il est devenu dépendant.

Le livre ne contient pas tellement d’action. C’est un récit très intérieur qui suit les doutes et les hésitations du personnage central. Nous sommes plongés au cœur de la schizophrénie de Fred/Bob Arctor. Bien sûr, tout l’édifice mis en place par Philip K. Dick ne tient que si on accepte la prémisse du complet brouillé qui cache la véritable identité de Fred à ses collègues. Sinon il est bien évident que l’enquête n’aurait pas lieu.

Si Philip K. Dick est reconnu comme un auteur de science fiction, Substance Mort n’est pas pour moi de la science fiction à proprement parler. L’accent n’est pas mis sur la technologie et la science mais plutôt sur l’univers de la drogue et sur le vécu intérieur du personnage principal et ses relations avec ses amis et ses collègues. Substance Mort décrit une société sombre où les toxicomanes sont traqués sans pitié, envoyés dans des centres de traitement où ils subissent un sevrage de force et où on leur attribue une nouvelle identité.

Substance Mort est un livre qui prend position contre la drogue et ses abus. L’auteur dédie le livre à ses amis décédés d’avoir pris trop de drogue. Il souligne que ces personnes ont payé un prix très fort pour avoir voulu juste s’amuser. Se droguer aura été une erreur pour ses amis. C’est la seule morale du livre.