Bandini, John Fante

Après Mon chien Stupide, le dernier roman de John Fante, qui a été publié à titre posthume, je poursuis ma découverte de cet auteur américain avec son roman intitulé Bandini.

Svevo Bandini est un immigré italien qui vit dans une petite ville du Colorado avec Maria, sa femme, et ses trois fils, Arturo, August et Frederico. Alors que l’hiver s’installe, Svevo ne peut plus travailler en raison du temps. Cela tombe mal car l’ardoise qu’il a chez l’épicier ne cesse de s’allonger et les loyers en retard ne se comptent plus. C’est dans ce contexte déjà tendu qu’arrive une lettre de sa belle-mère, une personne qu’il déteste. Il décide de s’éclipser de la maison pendant le séjour de celle-ci chez lui. Son départ va entraîner toute une série d’événements.

Le récit suit le plus souvent Arturo Bandini, le fils aîné de la famille. La vie à l’école et à la maison sont présentées à travers ses yeux. Ce qui permet à John Fante de balayer plusieurs thèmes. Bandini est avant tout une chronique de la pauvreté car le roman décrit la dure réalité d’une famille pauvre : des menus qui reviennent souvent, des vêtements élimés et rapiécés, une maison vétuste. La charité, bien que bien intentionnée, est vécue comme une insulte. Arturo en particulier est fier et a envie de goûter au monde des riches. S’appeler Bandini dans le Colorado des années 30, c’est aussi être un métèque selon les propres mots de l’auteur. John Fante met le doigt sur ce décalage : la famille Bandini est marquée par ses origines italiennes même si les trois enfants sont nés aux Etats-Unis et Américains de plein droit. John Fante décrit également le poids du catholicisme : Maria est une véritable dévote qui vit le rosaire à la main et les deux aînés sont marqués par l’éducation catholique qu’ils reçoivent à l’école. August le cadet se voue d’ailleurs à une carrière de prêtre. Arturo a lui plus de choses à se reprocher mais la pensée catholique reste présente dans ses réflexions. Il a des désirs d’émancipation et en même temps il s’inquiète des pêchés qu’il commet et garde à l’esprit la possibilité de se confesser pour se faire pardonner. Il est aussi question de la figure du père. Svevo Bandini représente un modèle pour Arturo. Celui-ci admire son père quelles que soient ses actions. Même quand la raison semble l’emporter, Arturo se ravise et pardonne tout à son père. Il se dégage une certaine tendresse pour lui. Il l’admire pour son travail et sa personnalité et il comprend ses écarts de conduite. Le patriarche italien est une figure puissante dans le roman.

L’écriture de John Fante est donc admirable. En plus de décrire la réalité de son époque, Bandini est surtout une histoire bien racontée. Je n’ai pas lâché ce roman. Il est relativement court mais très riche. Le récit est largement autobiographique si j’en crois la postface. Arturo Bandini serait l’alter ego de John Fante. Un auteur que j’ai envie de lire à nouveau.

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Atavismes, Raymond Bock

Pensez-vous que la société québécoise est un havre de calme où les gens vivent en harmonie les uns avec les autres et avec la nature ? Raymond Bock n’est pas de ceux là. Avec Atavismes, son premier recueil de nouvelles, il dresse un portrait au vitriol du Québec.

Atavismes s’ouvre de manière choc sur une nouvelle où la violence se déchaîne sur un homme qui a le tort d’avoir des convictions politiques opposées à celles de ses tortionnaires. Le désaccord sur les vues politiques s’exprime physiquement par la volonté de réduire l’autre, de le nier en tant que personne. Les auteurs de ces actes sont incapables de lutter au niveau des idées. Impuissants à raisonner, ils sont esclaves de leurs émotions.

Le ton est ainsi donné et tout au long de ce grand déballage, le lecteur est assis dans le fauteuil d’un psy qui écouterait un Québec malade de son histoire et de sa place dans le monde. Les atavismes sont profondément ancrés dans l’identité québécoise et ils sont offerts à notre réflexion. Il y est question de l’impossible relation avec le père, de la chute des héros, du découragement du système éducatif. La nature est un des thèmes forts de ce livre. C’est d’ailleurs quand il est question du rapport malsain des personnages à la nature que le glauque et le mal être ressortent le plus. Ainsi ces colons prisonniers de l’hiver qui s’entretuent ou cet homme qui laisse la végétation et la faune envahir sa maison. Pour Raymond Bock, la présence des Québécois sur le sol nord américain est une greffe qui n’a pas pris, ce n’est pas naturel. Les personnages essaient de persister mais échouent à reprendre le contrôle de leur destinée.

Atavismes est un livre où règnent le malaise et le glauque. Raymond Bock dresse un constat très sévère en faisant coller des atavismes sombres à l’identité québécoise. Mais c’est tellement bien amené que chacune des nouvelles se lit avec passion. En plus d’avoir une grande acuité d’observation et de maîtriser son sujet, Raymond Bock possède une plume distincte. Chaque nouvelle a son style propre et l’ensemble de l’ouvrage est varié. Une voix d’écrivain originale à découvrir. Et encore une preuve du succès des éditions du Quartanier à publier les jeunes talents littéraires québécois.