Une semaine de vacances, Christine Angot

Christine Angot fait partie de ces auteures françaises que je n’ai pas encore lues, malgré de nombreux articles dans la presse au cours des dernières années. Je fais connaissance avec son oeuvre avec Une semaine de vacances, découvert à la bibliothèque.

Une semaine de vacances, Christine Angot

Dans les années 70, un homme marié est en vacances avec une très jeune femme, beaucoup plus jeune que lui, c’est une adolescente. Elle est vierge. Manipulateur, il « respecte » sa virginité en exigeant d’elles de nombreuses fellations et la force à une relation anale. Il n’est pas intéressé par sa conversation, ce qu’elle désire ou ce qu’elle pense. Elle n’est que l’accessoire de son plaisir. Quand elle ose émettre le début d’une opinion, il se débarrasse d’elle.

En un peu plus de 100 pages, Christine Angot signe un roman à la fois puissant et insupportable. Ecrit sur un ton neutre avec des descriptions presque cliniques, une semaine de vacances démonte les mécanismes de cette relation pédophile, voire incestueuse. L’homme domine totalement la jeune fille. Uniquement centré sur lui-même, il la rabaisse et la manipule pour assouvir ses plaisirs pervers. Il n’y a rien de sexuel dans ce que décrit Christine Angot. Il n’y a aucune ambiguïté possible.

Le sujet du roman est choquant, dégueulasse même. On peut évidemment débattre de la nécessité d’aller aussi loin dans la littérature, d’aborder de tels sujets. Une semaine de vacances est en effet un roman qui ne peut pas laisser insensible. Il choquera évidemment de nombreux lecteurs qui trouveront que le sordide n’a pas sa place dans la littérature. Je suis plutôt de ceux qui pensent que la pudeur et l’auto-censure n’ont pas leur place dans la création littéraire. Oui je me suis senti mal à l’aise à la lecture d’une semaine de vacances (ce qui est plutôt sain). Mais si j’en restais à mon petit confort de lecteur, j’aurais l’impression de ne pas évoluer intellectuellement. Il faut de temps en temps se frotter à des propos qui dérangent.

Saccades, Maude Poissant

la Recrue du mois

Maude Poissant est la recrue du mois avec la publication d’un recueil de nouvelles intitulé Saccades.

Saccades Maude Poissant
Avec 84 pages, ce recueil de 11 nouvelles est très court. Mais comme souvent, la qualité a peu à voir avec la quantité. Et ça commence fort dès la première nouvelle intitulée le sacrifice, où le lecteur partage les doutes d’un chef en plein processus créatif. Il est à la recherche du plat qui va impressionner ses convives et pour cela, il puise dans ses souvenirs d’enfance pour un résultat final mémorable. Deux autres nouvelles proposent des récits avec une chute qui surprend. Il s’agit de la martingale qui narre le parcours d’Anette, une jeune femme, jusqu’au jour de son mariage. La révélation finale étonne et donne envie de relire la nouvelle à nouveau et plus attentivement. Et il y a sweet innocent thing, une nouvelle qui fait écho à la première car elle se passe aussi dans le monde de la restauration. Pas de haute cuisine cette fois-ci mais une action qui se situe dans un restaurant plus commun. Un des cuisiniers explique la hiérarchie entre cuisiniers et serveuses et les manipulations des premiers pour mettre les secondes dans leur lit.

Les autres nouvelles du recueil vont plus loin dans l’écriture que la structure habituelle des nouvelles qui comporte une chute surprenante à la fin. Maude Poissant met le doigt sur des malaises profonds vécus par certains personnages. La deuxième nouvelle de Saccades donne le ton. Dans le cinquième commandement est abordé le sujet sensible de la pédophilie du point de vue d’une jeune fille abusée par son père. Elle cherche secours dans la prière avec toute la naïveté propre à son âge. D’autres nouvelles traitent de malaises de l’enfance telle Chez les loups. Dans ce récit situé dans le Québec des régions, quelques dizaines d’années en arrière, deux enfants sont maltraités par leur père avec le silence complice de leur une mère. Ils cherchent à s’échapper en plein hiver. Dans la nouvelle intitulée Salut La Saline, un père raconte l’histoire de ses ancêtres à ses deux petites filles. Le récit est présenté du point de vue de l’une d’elle et à travers ses yeux, on voit la relation entre ses parents qui se dégrade et l’image du père qui en souffre mais avec toujours cet espoir propre aux enfants que les choses peuvent revenir comme avant.

Un texte a le plus retenu mon attention dans ce recueil. C’est celui qui m’a le plus dérangé. Luc-sur-Mer est une nouvelle à deux voix où une femme raconte ses baignades dans la mer, ce qui effraie son jeune fils. La deuxième voix est celle de la conjointe de ce fils devenu adulte qui raconte son premier séjour dans le village d’enfance de son chum. Le sujet de la nouvelle est une peur d’enfance inexplicable (et qui restera inexpliquée) et les conséquences qui perdurent bien des années après dans la vie d’adulte.

Tout ne tourne pas autour de l’enfance. Les adultes aussi ont leur lot de moments de flottement et d’amour déçues. Dans Ménage à trois nous est décrit le dilemme d’une femme mariée et fidèle qui désire son beau-frère. C’est une réflexion sur la routine dans le couple, les obligations de parents et l’envie malgré cela de vivre un amour passionné. Dans Fragments de désirs amoureux, Maude Poissant dresse le portrait d’un homosexuel qui entretient systématiquement des relations de gigolo avec des hommes plus âgés. Mais ces relations le laissent toujours insatisfait, c’est pourquoi il se lasse et change régulièrement de partenaire.

Avec Saccades, Maude Poissant signe donc des textes riches en émotions. Elle sait susciter rapidement l’intérêt du lecteur. J’ai fait de ce recueil de nouvelles une lecture très intense car l’auteure met le doigt très précisément sur des sensations et des émotions bien tangibles, ce qui m’a fait forte impression. Il est impossible de rester indifférent à chacune de ces courtes histoires.