Fahrenheit 451, Ray Bradbury

C’est idiot mais il a fallu la mort de Ray Bradbury début juin pour que je me mette à lire Farenheit 451. Ce roman était dans ma pile de livres à lire depuis un bon bout de temps.

J’ai toujours entendu parler de ce roman comme d’un classique de la science fiction. Mais je me suis rendu compte à sa lecture que c’était bien plus que ça. Je le rapproche volontiers de 1984 ou du meilleur des mondes. Comme ces romans, Farenheit 451 décrit une société totalitaire qu’on ne situe pas bien dans le temps. C’est une dystopie.

Le personnage principal de ce livre s’appelle Guy Montag et il est pompier. Toutefois son rôle n’est pas d’éteindre des incendies. Dans cette société, les pompiers ont des camions citernes remplis d’essences et leurs lances sont des lance-flammes qui ont pour but de détruire les livres. En effet, les livres sont jugés néfastes. Ils amènent trop de questions et perturbent les gens dans leur quête du bonheur. Ceux qui possèdent des livres sont dénoncés et les pompiers viennent brûler leur maison. Les honnêtes citoyens se contentent d’être gavés des sons de leurs coquillages radios et des images de leurs murs télévisuels sans se poser de questions. Tout serait simple si Montag, pompier modèle responsable de nombreux autodafés, ne se mettait pas un jour à se poser des questions et à s’intéresser à ce que les livres peuvent bien raconter.

Quelle est le message de Ray Bradbury à travers la description de cette société qui détruit les livres ? Tout d’abord les autodafés se focalisent sur les livres alors que l’important n’est pas le livre en lui-même mais bien les idées qu’il véhicule. Ce n’est qu’un medium. La télé ou la radio pourraient en ce sens être un outil qui aiguise le sens critique mais les programmes diffusés dans le roman servent plutôt l’abrutissement des masses.

Ray Bradbury fait dire à un de ses personnages que les hommes ont besoin de trois éléments. Tout d’abord, la qualité de l’information. Dans le roman, les livres montrent le vrai visage des choses, ils montrent la vie. Deuxième élément nécessaire : le loisir d’assimiler cette information. C’est-à-dire qu’il ne faut pas être sans cesse dans l’action ou soumis à des messages en continu. Il faut pouvoir avoir du temps libre pour digérer l’information. Et le troisième élément est la liberté d’accomplir des actions fondées sur ce que nous apprend l’interaction entre la qualité de l’information et le loisir de l’assimiler. Un triptyque fait de libre circulation de l’information, de temps de loisir et de liberté. Voilà ce qui est fondamental pour l’homme.

Comment conclut Ray Bradbury ? Pour lui, même si les temps sont peu propices aux idées, à la littérature et aux intellectuels, il faut résister malgré tout, passer au travers des époques les plus dures pour mieux transmettre les textes plus tard. Dans le roman, les hommes cultivés se mettent en dehors de la société qui détruit la culture. Cette auto exclusion leur permet d’échapper aux contrôles et de continuer à se transmettre oralement le contenu des livres. Quand les pompiers détruisent un medium, il y a toujours la possibilité de faire circuler l’information d’une autre manière.

C’est donc plus de la philosophie que de la science-fiction. Fahrenheit 451 est un livre porteur d’un sens fort. De plus, il est plus que jamais d’actualité malgré ses 60 ans. Bien sûr on ne brûle pas les livres aujourd’hui mais les livres sont concurrencés par de plus en plus de medias qui privilégient le divertissement immédiat plutôt que les réflexions de fond. Les livres eux-mêmes sont nombreux à proposer un contenu creux qui n’incite pas à la réflexion. Ce n’est heureusement pas le cas de Fahrenheit 451 qui, plus qu’un ouvrage de science-fiction, est un manifeste pour le sens critique. Le livre de Ray Bradbury dépasse pour moi le statut de classique et est un livre qu’il faut mettre entre toutes les mains.

Pour l’anecdote, 451 degrés Fahrenheit correspond à la température à laquelle le papier s’embrase spontanément.

Publicités

Martha, Marie Laberge

Je m’aperçois que je ne suis pas encore revenu sur le projet Martha de Marie Laberge. Et ce, plus de deux mois après avoir reçu ma dernière lettre.

J’ai donc bel et bien reçu 26 lettres d’une femme prénommée Martha. Au rythme d’un envoi tous les 15 jours, j’ouvrais une lettre de cette femme qui s’adressait à moi par mon prénom et qui me donnait des nouvelles de sa vie et de sa famille. Voici en photo ce que représente une année de lettres de Martha. Chacune de ces lettres faisait entre 3 et 4 pages.

Je trouvais (et je trouve toujours) que cette idée d’envoyer des lettres était excellente. J’arborais un petit sourire chaque fois que j’ouvrais ma boîte aux lettres et que j’y trouvais une lettre de Martha. Il y a un certain plaisir à voir un auteur nous écrire et s’adresser à nous directement. C’est bien sûr artificiel mais ça fait partie de l’expérience. J’ai ouvert et lu ces lettres au fur et à mesure de leur arrivée.

Qui est donc cette Martha ? C’est une femme qui approche la fin de la cinquantaine et qui tient une boutique de fleuriste. Elle m’a écrit au départ comme on renoue avec un vieil ami alors que la plus jeune de ses trois enfants venait de quitter son foyer pour voler de ses propres ailes. Martha est divorcée. Elle s’est habituée à une certaine solitude amoureuse jusqu’à ce qu’elle fasse la rencontre de Marcel. S’ensuit une chronique de sa vie amoureuse, des déboires de ses enfants et petits-enfants et autres péripéties liées à l’actualité. Le récit est fait au lecteur sur le ton de la confidence. On se sent donc invité dans le quotidien de cette femme.

Un défaut qui est lié au fait de recevoir des lettres toutes les 2 semaines est que d’une lettre à l’autre j’oubliais parfois de quoi il était question dans les lettres précédentes. Il y a un côté fugace pour les gens comme moi qui n’ont pas une grande mémoire pour les détails. D’un point de vue strictement littéraire, ce n’est pas la révolution. C’est solide mais ça demeure d’un accès facile pour le grand public. C’est d’ailleurs là le but de ce projet : aller chercher un public de monsieur et madame tout-le-monde qui ne va pas forcément dans les librairies ou les bibliothèques. Pour ma part, j’ai décidé de ne pas me réabonner pour la deuxième année (Marie Laberge a d’ores et déjà indiqué que les lettres de Martha continueraient jusqu’en 2011) car si je regarde le prix des lettres de Martha on est très au-delà de la moyenne du prix d’un livre.

Je pense que Martha a connu un bon succès en 2009. J’ai vu passer le chiffre de tantôt 25 000 tantôt 42 000 abonnés, ce qui me paraît énorme. En tout cas bien plus que ce qu’un livre moyen réalise comme ventes en librairie. Histoire de mettre les choses en perspective : pour être considéré comme un best-seller au Québec, il faudrait vendre selon les sources entre 1 500 à 3 000 exemplaires.

Et puisque nous parlons chiffres, livrons-nous à un petit exercice :
Chaque lecteur paie 34 dollars + taxes au début de l’année pour recevoir 26 lettres de Martha. Martha représente donc un chiffre d’affaires qui selon le nombre d’abonnés oscille entre 850 000 et 1 428 000 $ par an.

Essayons ensuite d’évaluer les frais les plus évidents pour faire tourner cette opération :
– Chaque lecteur représente un coût en timbres de : 26 x 57c = 14,82 $ par an par lecteur. C’est le plus gros poste de dépenses (43 % du chiffre d’affaires). Il est incontournable.
– Pour le papier, il en coûte environ 40 dollars pour 2500 feuilles chez Bureau en Gros, soit un coût de 6,4 c par lettre de 4 pages. Donc 26 lettres x 6,4c = 1,66 $ de papier par lecteur par an.
– Les enveloppes : 17 dollars pour 500 enveloppes soit 88 c pour 26 enveloppes par lecteur par an.
– Cartouches d’encre : allouons un gros 1,5 $ par an pour imprimer les pages et les enveloppes d’un seul lecteur. Pour simplifier, je n’inclus pas le coût d’achat de l’imprimante qui ne représente pas grand chose par lecteur.

Le total des frais en fournitures est donc de 18,86 $ par lecteur par an.

Il reste 15,14 $ par lecteur pour payer une boîte postale pour l’adresse de retour, pour rémunérer les petites mains qui impriment, plient et postent les lettres. Et bien sûr l’auteure elle-même. Et j’oublie sans doute quelques frais généraux et administratifs.

Comparativement au circuit d’édition classique (éditeur et librairie), il y a pas mal d’intermédiaires en moins. Marie Laberge est sa propre éditrice et Postes Canada joue le rôle de distributeur. La publicité s’est faite d’elle-même étant donné la notoriété bien établie de Marie Laberge et le côté original de son projet. Tous les achats s’effectuent par le biais du site internet de Marie Laberge.

Je vous laisse imaginer un profit par lecteur et multiplier ce chiffre par le nombre d’abonnés. Sauf si j’oublie quelque chose dans les coûts, les lettres de Martha sont donc une opération rentable. Qui a dit qu’on ne pouvait pas vivre de la littérature au Québec ?