Un taxi la nuit, Pierre-Léon Lalonde

C’est une belle histoire que celle de Un taxi la nuit. Pierre-Léon écrivait sur son blog depuis un bon moment quand il a été contacté par une maison d’édition québécoise désireuse de publier ses écrits. Pour ma part, j’ai connu son blog il y a quelques semaines à peine et j’ai tout de suite été accroché par son style.

Pierre-Léon est un chauffeur de taxi de Montréal qui est dans le métier depuis 15 ans. Il travaille surtout la nuit. Il fait la sortie des bars et des clubs, ses courses l’amènent dans les différents quartiers de l’île de Montréal, il a des démêlés avec ses collègues taxi et avec la police. Et surtout il rencontre une multitude de clients : ceux qui refusent de payer, ceux qui sont saouls, ceux qui cherchent de la drogue et ceux qui en ont trouvé, mais aussi ceux qui sont touchants, ceux qui rêvent d’une vie meilleure, ceux qui cherchent l’amour et ceux qui l’ont trouvé. Il se passe quantité de choses dans un taxi.

J’ai tout simplement dévoré ce livre. Je l’ai lu d’une traite. Je suis monté à bord du taxi de Pierre-Léon et j’ai été transporté dans le Montréal by night. J’ai visualisé chacun des trajets qu’il raconte au fur et à mesure des pages. Il nous emmène au centre-ville, dans le Vieux Montréal, sur le Plateau, dans Rosemont, dans notre quartier aussi. C’est vraiment amusant de voir décrits ces endroits familiers. On fait connaissance également avec cet animal bizarre qu’est le Montréalais à travers une galerie de personnages divers et variés. On lit avec plaisir les dialogues émaillés de joual et de sacres colorés.
Mais au-delà de la montréalité de ce livre, ce sont surtout les anecdotes qui sont savoureuses. Tantôt philosophe, tantôt misanthrope, tantôt sanguin, tantôt tendre, notre chauffeur de taxi nous offre de belles tranches de vie. Pierre-Léon Lalonde est au fond un humaniste qui possède un véritable talent pour partager ses aventures. Un livre à se procurer absolument. C’est bien écrit et on ne s’ennuie pas un seul instant.

Ma note : 5/5.

Son blog est toujours en ligne et mis à jour régulièrement avec d’autres textes.
Plus d’infos sur son livre.

La part de l’autre, Éric-Emmanuel Schmitt

Voilà un exercice de style inhabituel sur un sujet sensible. L’idée derrière de La Part de l’Autre d’Éric-Emmanuel Schmitt est la question suivante : que se serait-il passé si Adolf Hitler avait été admis à l’École des Beaux-Arts de Vienne alors qu’il avait 19 ans ? A n’en pas douter la face du monde en aurait été bien changée.

Le roman commence le jour même où les résultats de l’examen des Beaux-Arts sont rendus publics. Dès lors on va suivre d’un côté Adolf H qui a été accepté et de l’autre Hitler qui a vu sa candidature refusée. La vie des deux hommes diverge rapidement. L’un poursuivra dans le domaine artistique alors que l’autre se lancera sur une voie bien connue de l’Histoire. Chacun vivra différemment la première guerre mondiale et le comportement vis-à-vis de leurs semblables sera radicalement différent.

Je m’attendais à une caricature de roman avec d’un côté le gentil et de l’autre le méchant. J’ai été en fait agréablement surpris par la manière de traiter le sujet. Les portraits de Hitler sont globalement assez nuancés. On peut juste regretter le fait que le bon Hitler s’en sort notamment grâce à une psychanalyse (menée par Freud lui-même !) qui le libère dans ses relations avec les femmes alors que le Hitler historique ne serait qu’un énorme frustré. Pour le coup j’ai trouvé ça caricatural. Mais à part ça, la lecture est plaisante : les amateurs d’histoire y trouveront leur compte, de même que ceux qui s’interrogent sur l’origine du mal. J’ai bien aimé aussi la géopolitique fiction proposée du côté du gentil Hitler avec une deuxième guerre mondiale qui n’a pas eu lieu. Éric-Emmanuel Schmitt a réussi à faire un bon livre avec un sujet qui au départ est loin d’être plaisant.

Ma note : 4/5

Pulp, Charles Bukowski

C’est Pierre Foglia qui m’a donné envie de lire du Bukowski. Il en parle régulièrement avec passion dans ses chroniques du journal La Presse. Il y avait plusieurs livres de Bukowski à la librairie. J’en ai pris un au hasard. C’était Pulp. Et il s’avère qu’il s’agit du dernier roman publié par Bukowski avant sa mort en 1994.


Pulp
, c’est une histoire de détective qui se passe à Los Angeles. Un peu dans le style de Philip Marlowe, le détective de Raymond Chandler. A la différence près que Nick Belane est un anti-héros. C’est un vieux détective un peu paumé, à l’hygiène douteuse, alcoolo et obsédé assumé qui passe son temps à jouer aux courses. Il se voit confier une enquête par la Grande Faucheuse elle-même qui est à la recherche de Céline (Louis-Ferdinand). On lui demande également de retrouver le Moineau Écarlate, sans plus d’explications. Un autre client a recours à ses services pour se débarrasser d’une femme monstre de l’espace qui le harcèle. Et bien sûr comme tout détective qui se respecte il bosse sur le cas d’un mari qui pense que sa femme le trompe et qui veut prendre celle-ci en flagrant délit. Ce roman se veut une parodie un peu déjantée des histoires de détective. D’ailleurs l’auteur dédie son livre « A la littérature de gare », les pulps en anglais.

J’ai bien aimé ce livre. Ca se lit bien. Le style est vraiment particulier car on s’immisce dans les pensées et le quotidien de Belane. C’est crasseux, libidineux, imbibé d’alcool et les insultes fusent dans des dialogues percutants. En bref c’est du concret : quand Belane se gratte les couilles, c’est écrit comme ça dans le texte. J’ai tout de même un petit regret à propos de Pulp. C’est la traduction française qui emploie pas mal de mots de l’argot parisien. Ça ne colle pas toujours avec l’ambiance américaine. Mais globalement c’est du bon et ça m’a donné envie de lire d’autres romans de Bukowski. Mais pour le coup je les lirai en anglais.

Ma note : 4/5.

Bio de Charles Bukowski qui n’a rien à envier au héros de Pulp.

J’ai remis la main sur cette chronique de Foglia où il parle de ses lectures de l’année 2006. Ça donne une bonne idée du bonhomme.

Pélagie-la-Charrette, Antonine Maillet

Ce livre a été écrit par Antonine Maillet, une auteur (ou plutôt auteure comme on aime à l’écrire ici) canadienne mais avant tout acadienne. J’ai appris dans la préface que ce livre a reçu le prix Goncourt en 1979. C’est le premier Goncourt que je lis il me semble. Et parlant de première, Pélagie-la-Charrette est le premier roman étranger à avoir reçu le fameux prix littéraire.

Pélagie-la-Charrette est le nom de l’héroïne du roman. Elle s’appelle Pélagie. C’est une Acadienne qui a subi le Grand Dérangement de 1755. Déportée en Géorgie, elle entreprend 15 ans plus tard de retrouver son Acadie natale, située à quelques milliers de kilomètres au nord. Elle emmène avec elle un petit groupe d’Acadiens qui comme elle souhaitent retourner vivre sur la terre de leurs ancêtres. Et comme il n’y avait ni avion ni voiture à l’époque, le voyage va s’effectuer sur des charrettes tirées par des bœufs, d’où le surnom de Pélagie-la-Charrette.
Le petit groupe va grossir, faire des rencontres, passer par des aventures plus ou moins heureuses mais surtout les Acadiens séparés depuis plus de 15 ans vont se retrouver en tant que peuple.

Ce roman m’a fait sortir de mes habitudes à plusieurs titres.

D’abord la langue, le français, celui des Acadiens. Qui plus est des Acadiens du 18ième siècle. C’est tout un défi pour le lecteur français contemporain : que peuvent bien vouloir dire des mots comme basir, dumeshui, hucher, maçoune ? En plus des mots, ce sont les tournures de phrase qui sont peu familières. Le français de l’Acadie est lui-même différent du français parlé au Québec. J’ai eu un peu de mal à accrocher au début car j’ai été déstabilisé par le texte. Mais j’ai compris le sens des mots suivant le contexte et je me suis ensuite laissé porter par le récit.

Ensuite ce qui m’a plu c’est l’Histoire, avec un grand H celle-là. Celle qu’on a oubliée en France et qu’on n’enseigne pas. Celle de la présence française en Amérique du Nord et celle des peuples francophones d’Amérique. Le roman nous fait connaître le triste sort des Acadiens, déportés de leurs terres par les troupes du roi d’Angleterre. On y croise aussi les Américains qui n’aiment pas vraiment les Acadiens catholiques, en particulier les protestants de Boston qui ont disputé aux Acadiens les eaux poissonneuses de l’Atlantique au large du Maine et de la Nouvelle-Écosse. Comme le retour au pays dure quelques années (ben oui la charrette c’est pas une fusée), on voit également en trame de fond la vie aux Etats-Unis à l’époque avec ses marchés aux esclaves dans le sud, la nouvelle qui se répand de la Boston Tea Party et de la proclamation de l’indépendance américaine à Philadelphie. Mais aussi la rivalité avec les Anglais et les relations avec ceux qu’on n’appelle pas encore les Amérindiens mais les Sauvages.

Enfin et surtout le périple des hommes et des femmes décrit dans ce livre est passionnant. On fait connaissance avec une communauté tricotée serrée avec ses coutumes, ses croyances. Les personnages réellement attachants. C’est un plaisir de les suivre.

Si vous avez le goût d’être dépaysé, lisez Pélagie-la-Charrette. C’est un beau voyage qui vous attend.


Ma note : 5/5.

80 hommes pour changer le monde, Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux

Personne ne peut nier que l’environnement et le développement durable sont des thèmes très actuels. Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux sont des diplômés en commerce dans la vingtaine qui ont décidé de faire le tour du monde et de dresser un état des lieux des initiatives qui marchent. Ils ont rencontré pas moins de 80 personnes qui à leur échelle combattent les idées reçues et travaillent sur des projets innovants en matière d’environnement, de justice sociale et de lutte contre la pauvreté.

80 hommes pour changer le monde est un livre très intéressant. D’abord au niveau de la forme, il est bien fait. Les personnalités rencontrées sont classées par continents. Un index prat permet de naviguer par secteur d’activité. Les portraits sont présentés dans l’ordre chronologique du périple des deux globe-trotters. On sent qu’ils ont pris du plaisir à rencontrer les entrepreneurs. Leur récit est de plus agrémenté de quelques anecdotes de voyage qui rendent le tout agréable à lire.

Et sur le fond, ce livre réconcilie environnement et entreprise. Je suis persuadé qu’il existe un intérêt économique à fonctionner de manière écologique ou à lutter contre la pauvreté. Les entreprises n’ont pas que des défauts. Et surprise le développement durable n’est pas l’apanage des pays riches. Les pays pauvres sont riches de projets innovants et de réussites éclatantes.

Certaines des personnes interrogées sont relativement connues comme Yunus Muhammad, le fondateur bangladais de la Grameen Bank. Il est l’inventeur du micro crédit qui permet à des milliers de personnes d’obtenir des prêts pour de petites sommes, juste de quoi se lancer en affaires. Il a d’ailleurs obtenu cette année le prix Nobel de la Paix pour ses initiatives qui permettent de lutter contre la pauvreté. Il y a aussi Charney Dov, un montréalais d’origine qui a fondé la marque American Apparel. Il fabrique et vend avec succès des vêtements made in America alors que l’ensemble du secteur textile américain s’est expatrié dans les pays à bas coûts.

Personnellement mes préférés sont :

  • l’écoparc de Kalundborg au Danemark. Cette zone industrielle a un impact écologique réduit grâce à une gestion originale des déchets qui imite la nature. Les déchets d’une entreprise sont utilisés par une autre comme matière première ou comme source d’énergie. Un véritable écosystème où les entreprises ont un intérêt économique à collaborer.

  • Metabolix, une entreprise américaine qui travaille à la fabrication de bioplastique. Au lieu d’être produit à partir de pétrole, le plastique pourrait être produit naturellement par des enzymes et des bactéries. Et la matière première est du sirop de maïs. Le coût serait moindre à la fois au niveau énergétique et au niveau financier. Et surtout ce plastique est entièrement biodégradable.

  • l’économiste péruvien Hernando de Soto. Il a remarqué qu’une personne souhaitant créer une entreprise se heurtait dans son pays à un véritable mur bureaucratique. Les entrepreneurs avaient de plus toutes les peines du monde à faire reconnaître leurs titres de propriété pour obtenir un capital de départ. Ses fonctions de directeur de la Banque Centrale du Pérou lui ont permis de transformer les conditions économiques pour les entrepreneurs. Il est régulièrement invité de par le monde pour partager son expérience.

Un livre résolument optimiste. A lire absolument ! A voir aussi le site internet des deux auteurs.

Ma note : 5/5.

Un miracle en équilibre, Lucia Etxebarria

Écrit par l’écrivaine espagnole Lucía Etxebarría, un miracle en équilibre est le journal d’une mère dans les semaines qui suivent la naissance de sa fille. Elle lui explique l’histoire de sa famille ainsi que le cheminement personnel qui l’a amené à devenir mère. Le récit mélange des considérations générales sur la vie et des anecdotes tantôt amusantes tantôt graves.

Malgré un début difficile (une introduction un peu longue et des justifications laborieuses sur ce qui va suivre), ce livre est agréable à lire. On est plongé dans de multiples mondes à commencer par ceux de la grossesse et de la maternité. J’ai retrouvé avec plaisirs quelques situations propres à la grossesse ainsi que des moments de bonheur avec un nouveau né. On suit également l’histoire de la famille Agullo dans l’Espagne moderne avec des détails de la vie quotidienne sous le franquisme. Des moments difficiles pour une famille notoirement républicaine. La narratrice est une femme moderne : elle est à contre-courant des idées traditionalistes de sa famille, elle voyage, elle est indépendante, elle en arrache dans son travail, elle peut compter sur ses copines proches, elle s’analyse beaucoup, admet ses faiblesses et ne voit pas toujours ses qualités. Ce livre est une histoire de la femme : celle qui a été, la mère de la narratrice, celle qui est, la narratrice elle-même et celle qui sera, le petit bébé. Touchant, drôle et captivant, un miracle en équilibre vous fera passer un bon moment.

Ma note : 3/5.

La nuit de l’oracle, Paul Auster

Ca faisait un moment que j’entendais chanter les louanges de Paul Auster. Je me suis finalement laissé tenter à la librairie, là même où je m’étais déjà procuré l’excellent livre de Comte-Sponville.

La nuit de l’oracle décrit le quotidien de Sydney Orr, un écrivain qui se remet à écrire quelques mois après un gros pépin de santé. Le livre s’ouvre sur ses premiers achats de matériel pour écrire dans une papeterie tenue par un mystérieux Chinois. On suit Sydney dans le processus de création de son prochain roman et dans les relations avec ses proches : sa femme et un confrère écrivain qui l’aiguille dans sa démarche.

L’histoire en elle-même ne casse pas trois pattes à un canard, c’est la description d’un quotidien à peine moins banal que celui de monsieur tout le monde. Mais la qualité du livre réside dans la manière dont il est écrit. J’ai eu l’impression d’être pris dans un tourbillon d’aventures. A la fin, je ne pouvais même plus décrocher du livre. Le quotidien s’est au fur et à mesure transformé en une spirale singulière. C’est à la fin que toutes les pièces du puzzle se mettent en place. Paul Auster arrive même à imbriquer dans son récit plusieurs histoires écrites par le personnage principal. Le tout sans que la fluidité du récit en souffre moindrement.

Ah si il y a tout de même une chose qui m’a perturbé dans La nuit de l’oracle, c’est le nombre de notes de bas de page assez longues où le narrateur se laisse aller à quelques digressions. Je ne sais pas si ça fait partie du style de Paul Auster mais ça m’a un peu gêné. Heureusement, elles se sont faites plus rares dans la suite du roman.

Ma note : 4/5.

Et après…, Guillaume Musso

Nullement découragé après la lecture un tantinet décevante d’un roman de Guillaume Musso, j’ai lu un autre de ses livres qui s’appelle Et après…

Celui-ci raconte l’histoire de Nathan Del Amico un avocat d’affaire de Manhattan très réputé et très riche. Ce self made man a récemment divorcé de sa femme dont il est toujours amoureux, il ne cesse de penser à elle et à leur fille tout en continuant de travailler comme un fou. Jusqu’au jour où il reçoit la visite troublante du Dr Garrett Goodrich qui lui affirme pouvoir pressentir l’imminence de la mort de certaines personnes…


Sans révéler le ressort du roman, j’ai trouvé que l’histoire repose sur un malentendu. En fait c’est clair très tôt dans le livre que Nathan a compris de travers ce que le Dr Goodrich lui annonce. S’ensuit une série de péripéties qui tombent à plat quand on saisit le malentendu. Mais le roman a le mérite d’être bien écrit, ça se lit bien. La description de New-York et de la côte Atlantique est un peu convenue, limite cliché. Ce qui ne vous empêchera pas de passer un bon moment dans le train ou entre deux lectures plus sérieuses.

Pour ma part, j’arrête les frais avec Guillaume Musso. Au pire je me referai plutôt un Harlan Coben.

Ma note : 2/5.

Le capitalisme est-il moral ?, André Comte-Sponville

Je nourris une certaine passion pour la philosophie. Pourtant, tout avait plutôt mal commencé puisque ma prof de terminale, à travers qui j’ai connu la philo, était comment dire… nullissime. C’est bien simple, elle lisait ses notes et ne répondait aux questions des élèves qu’en relisant ses notes plus lentement. Ce qui, avouons le, est assez loin de l’échange d’idées et de l’interactivité qu’est supposée amener la philosophie. D’ailleurs, j’ai complètement oublié le nom de cette prof. Heureusement mes deux années d’études suivantes m’ont permis de suivre les cours de philo très intéressants. Je poursuis régulièrement mon éducation philosophique par la lecture de divers ouvrages.

Encore une fois le hasard fait bien les choses. J’étais à la librairie à la recherche de nouvelles lectures quand j’ai été attiré par la question titre posée par le philosophe André Comte-Sponville. S’il est une question qui est véritablement d’actualité c’est bien celle-ci : le capitalisme est-il moral ? L’économie a un impact énorme sur nos vies et en même temps il est facile de se rendre compte qu’elle est souvent impitoyable pour les individus : licenciements par des entreprises réalisant des profits, scandales financiers, bulle boursière, délocalisations… De plus, on entend le mot éthique mis un peu à toutes les sauces ces temps-ci : charte éthique, éthique d’entreprise etc. Je me suis donc laissé tenter par ce livre que j’ai adoré.

Comte-Sponville répond assez rapidement à la question initiale : non le capitalisme n’est pas moral. Il n’est pas non plus immoral. Il est tout simplement amoral. La question morale (ce qui est bien ou mal) ne fais pas partie de la sphère économique. Là où le livre devient très intéressant, c’est quand l’auteur prend le prétexte de répondre à cette question pour proposer une grille de lecture du monde actuel. Si on veut résumer son propos, le capitalisme et l’économie en général font partie de la sphère technico-scientifique régie par le vrai et le faux, le possible et l’impossible. Nous avons ensuite la sphère du droit qui distingue ce qui est légal de ce qui ne l’est pas. Ce sont les lois des hommes. Vient ensuite la sphère morale (ce qui est bien ou mal). Le niveau supérieur est l’amour : ce que j’aime et ce que je n’aime pas. Enfin les croyants utilisent un cinquième ordre, celui de la religion, ce qui est sacré. Se demander si le capitalisme est moral, c’est donc mélanger deux ordres, ce lui de la technique et celui de la morale. Une fois ce cadre de réflexion posé, Comte-Sponville s’arrête ensuite sur deux maux résultant de la confusion des ordres : l’angélisme et le barbarisme. Je ne m’étendrai pas plus longuement ici mais il s’agit d’une lecture passionnante.

J’ai trouvé ce livre brillant. L’auteur reprend dans cet ouvrage le contenu de nombreuses conférences qu’il donne à des non philosophes, que ce soit des syndicalistes, des chefs d’entreprises ou des étudiants. Le propos est clair et riche en exemples concrets. Et les références philosophiques sont bien expliquées. Tout ça rend ce livre très accessible et éclairant à de nombreux points de vue. Je le conseille sans réserves à qui veut prendre un peu de recul sur l’actualité.

Ma note : 5/5.

Love etc, Julian Barnes

Un autre livre emprunté au hasard à la bibliothèque.

Love etc a été écrit dans les années 80 par un anglais qui s’appelle Julian Barnes. Ce livre décrit un triangle amoureux entre Stuart, un banquier anglais qui a épousé Gillian, laquelle est convoitée par le fantasque Oliver, meilleur ami de Stuart.

Si le sujet du triangle amoureux n’est pas nouveau, ce roman est original dans sa forme car les événements sont décrits du point de vue de chacun des trois personnages principaux et de quelques personnages secondaires. Chacun a sa propre sensibilité par rapport à ce qui se passe et évolue différemment au fur et à mesure que se joue cette intrigue amoureuse.

J’ai trouvé Love etc intéressant. En raison de son style assez spécial, ce roman se lit presque comme une pièce de théâtre. Les personnages sont bien campés sans être caricaturaux. C’est écrit avec finesse et on est au-delà de l’exercice de style. Mais même si Love etc m’a plu, j’ai juste passé un bon moment, ce qui n’est déjà pas si mal.

Ma note : 3/5

J’ai appris que ce roman avait fait l’objet d’une adaptation au cinéma dans un film de 1996 avec Charlotte Gainsbourg, Yvan Attal et Charles Berling. Je ne l’ai pas vu, c’était bien ?