Bilan de lecture 2008 et projets 2009

Que retenir de cette année de lecture ? Je ne vais pas me lancer dans un top 10 ou un top 5 mais livrer ce qui me reste des livres lus au cours des mois passés.

Tout d’abord, je me suis sérieusement intéressé à la littérature québécoise. Mon expérience est globalement positive. Deux auteurs québécois sortent du lot. Il s’agit d’abord de Marie-Claire Blais dont j’ai lu Soifs et une saison dans la vie d’Emmanuel. Elle repousse les limites de l’écriture avec un style bien à elle. Une découverte à approfondir. Je retiens aussi un auteur québécois de langue anglaise : Mordecai Richler. J’ai beaucoup aimé lire le monde de Barney et la saga des Gursky. C’est selon moi un auteur qui mériterait un peu plus d’attention.

Parmi les excellentes lectures de 2008, je conseille Don DeLillo (voir Underworld). Ce n’est pas un auteur hyper connu mais c’est très agréable de se laisser emporter par les mots qu’il couche sur le papier. Là aussi, je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin.

Je retiens aussi de cette année 2008 les conversations très intéressantes que j’ai peu avoir par l’intermédiaire de ce blog. Je l’avoue humblement, certains commentaires m’ont vraiment éclairé sur certaines lectures. Je pense en particulier aux discussions à propos de Glamorama (Bret Easton Ellis) et du Bruit et la Fureur (William Faulkner). Ces deux auteurs ont une approche particulière de l’écriture et j’apprécie que les visiteurs de ce blogue aient pris le temps de me donner quelques clés de lecture pour comprendre leurs univers.

2008 n’aura pas été une année très riche en lectures françaises. Manifestement, je me nord-américanise dans mes lectures. Mais j’ai quelques classiques de la littérature française sous le coude et ça promet de belles lectures.

Quoi de prévu pour 2009 ? Une certitude, je vais continuer à lire. Mais toujours des choses très différentes. La variété, ça compte.
Je souhaite aussi partager une très bonne nouvelle : je fais maintenant partie de l’équipe de la Recrue du mois. C’est un blogue qui met tous les mois en avant le premier roman d’un auteur québécois. Je vais donc découvrir de nouveaux écrivains et partager mes impressions sur leur travail. Mais surtout, j’espère que ça donnera une certaine visibilité à la lecture québécoise. Rendez-vous le 15 de chaque mois pour un nouveau roman québécois.

Enfin, vous avez sans doute remarqué la nouvelle apparence du blog. Il faut bien renouveler le décor de temps en temps.

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Trois jours chez ma mère, François Weyergans

Convaincu par les deux premiers Goncourt que j’ai lus (les Bienveillantes et Pélagie-la-Charrette), j’ai lu Trois jours chez ma mère par François Weyergans, lauréat du prix Goncourt en 2005. J’ai été très déçu. Je pense que je suis passé complètement à côté de ce qui fait l’intérêt de ce livre.

Un narrateur, qu’on suppose être François Weyergans lui-même, raconte l’histoire de François Weyergraf, écrivain en panne d’inspiration qui a promis de nombreux livres à ses éditeurs. Il a notamment le projet d’écrire un livre intitulé Trois jours chez ma mère qui met en scène un écrivain, François Graffenberg, qui écrit un livre dont le héros s’appelle François Weyerstein. Voilà pour la trame du roman qui est par ailleurs émaillé de multiples anecdotes sur la passion du narrateur pour les femmes, sur ses relations sexuelles extra conjugales, ses déboires avec sa banque et les huissiers et ses souvenirs d’enfance. Le narrateur est le procrastineur typique, n’arrivant jamais à se mettre au travail pour de bon. En fait, les anecdotes constituent l’essentiel du livre, il ne faut pas chercher une histoire. Le projet de livre est le seul fil conducteur de Trois jours chez ma mère. Et sa mère dans tout ça ? Elle est présente régulièrement dans le livre et l’auteur lui rend un bel hommage à la fin.

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Trois jours chez ma mère me laisse un goût d’inachevé, un sentiment de frustration. J’ai été tenté de crier à la supercherie à plusieurs reprises à la lecture de ce roman. Les mises en abyme multiples sont une sorte de jeu, François Weyergans mêle les pistes à la manière d’un Paul Auster. Mais là où l’écrivain américain est bon, Weyergans n’arrive pas à garder l’intérêt du lecteur. L’exercice littéraire est en soi intéressant et maîtrisé mais le livre est d’un ennui profond. Les anecdotes sont plus ou moins intéressantes, on passe du coq à l’âne. Ça m’a donné l’impression d’un livre fourre-tout. Un écrivain se reconnaît peut-être dans l’angoisse de la page blanche, les projets avortés, bref les affres de la création littéraire mais j’ai trouvé ça bien peu passionnant. Trois jours chez ma mère est l’histoire du livre que l’auteur n’a pas écrit. C’est aussi le livre qu’on ne lira pas et on ne s’en portera pas plus mal.

Ma note : 2/5

Truismes, Marie Darrieussecq

Truismes, écrit par Marie Darrieussecq, est sorti en 1996 et j’en avais entendu parler à l’époque. Pas bien compliqué, il y a quand même peu de livres grand public où un des personnages se transforme en cochon. Je suis tombé dessus à la librairie il y a quelques semaines. Un exemplaire était soldé car un peu abîmé. Je me suis dit que pour 3 petits dollars, je ne prenais pas un bien grand risque.

Truismes

On est dans le vif du sujet dès le début du livre. La transformation de la narratrice en truie a lieu rapidement et on suit chaque étape précisément. C’est fait d’une manière un peu naïve au début, très factuelle. Mais au fur et à mesure du livre, elle arrive à mettre des mots sur sa transformation. Je devrais plutôt parler de transformations car elle connaît des pauses dans sa métamorphose. Parfois des rémissions pures et simples. Mais celles-ci ne durent jamais. Ses oreilles poussent, son ventre s’arrondit, ses mamelons se multiplient et elle a de plus en plus de mal à marcher sur ses deux jambes. La narratrice s’accommode très bien de ces changements dans son corps (curieusement). Mais c’est le regard des autres qui va la gêner : moquerie, peur, exploitation de son image etc.

Truismes est plus subtil que je ne le pensais au départ, c’est pas juste elle se transforme et puis voilà. Son état change dans des contextes bien particuliers : quand elle est un objet sexuel, quand elle est sans abri et qu’elle n’existe plus en tant que personne. Je ne sais pas où Marie Darrieussecq est allée chercher son idée pour son roman mais c’est original et bien mené. C’est sans doute ce qu’on appelle un ovni littéraire. Par contre je n’ai pas aimé la toile de fond du roman, le glissement de la vie politique, puis de la société, vers une sorte de meilleur des mondes à la Aldous Huxley. Je n’ai pas vraiment compris l’intérêt de cette partie du roman. Mais mon impression reste globalement positive à propos de Truismes. Voilà 3 dollars bien dépensés.

Ma note : 3/5.

Stupeur et tremblements, Amélie Nothomb

Après des années à avoir entendu parler du phénomène Amélie Nothomb, je me suis résolu à me faire ma propre opinion en lisant un de ses romans. Le premier sur lequel je suis tombé à la librairie fut donc Stupeur et tremblements avec sa couverture toute bizarre : une Amélie Nothomb et maquillée à la façon d’une geisha, visage figé et yeux écarquillés.

 

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De quoi ça parle donc ? D’une jeune fille de 22 ans qui fait un stage dans une grande entreprise japonaise. Ladite jeune fille est européenne et va vivre un véritable choc avec la culture d’entreprise japonaise. La narratrice va apprendre ces différences sur le tas et à la dure, auprès de collègues et supérieurs sans pitié. Bien que nippophile, elle va se heurter à une culture et un système de valeur où la hiérarchie est clairement établie, où les initiatives personnelles ne sont pas les bienvenues, où l’individu n’a pas son mot à dire et où on ne vire pas les gens, on les pousse à la démission. Cela va même aller très loin : on lui fait admettre publiquement qu’elle est trop stupide pour travailler correctement et on lui confie la tâche très ingrate d’assurer l’entretien des toilettes de l’entreprise. Une situation qu’on n’hésiterait pas à qualifier de harcèlement moral.
A noter que le récit est fortement autobiographique. Elle ne le dit pas directement mais la narratrice s’appelle Amélie, elle est belge et a passé une partie de son enfance au Japon.

Avec Stupeur et tremblements (c’est la manière dont le sujet japonais doit s’adresser à son empereur, avec stupeur et tremblements), on fait connaissance avec la culture japonaise dans ce qu’elle a de plus difficile à comprendre pour les Occidentaux. C’est intéressant à découvrir mais le fonctionnement de l’entreprise japonaise reste difficile à comprendre pour le lecteur occidental. L’expérience japonaise de la narratrice fait penser à un rite initiatique. Même si elle ne supporte plus ce qu’elle fait, elle ne démissionne pas et va jusqu’au bout de son contrat. Une façon de boire le calice jusqu’à la lie. Et malgré cette expérience difficile, nippophile elle était, nippophile elle restera. En tant que lecteur, il est impossible de rester insensible à ce qu’elle vit. On ressent l’injustice de ce qu’elle subit, on se met en colère alors qu’elle reste docile et on l’admire pour garder un sang-froid exemplaire étant donné la situation.

Et que penser du style d’Amélie Nothomb ? J’ai aimé lire ce livre sans pour autant le trouver génial. Son expérience et son état d’esprit sont décrits sans fard, avec simplicité et en même temps avec une grande précision. De quoi me donner envie de livre un autre livre de cet auteur.

Ma note : 3/5.

Les frères Karamazov, Dostoïevski

Après les Bienveillantes et ses 900 pages, j’ai enchaîné avec la lecture d’un autre gros livre de 950 pages : Les Frères Karamazov de Dostoïevski. Il m’a fallu un certain temps avant d’en venir à bout !

Ce livre est assez dur à résumer. Les frères Karamazov est un roman complexe. Il ne raconte pas vraiment une histoire mais constitue un tableau de la vie en Russie à l’époque de l’écrivain. C’est d’ailleurs assez déstabilisant car je m’attendais à rentrer plus rapidement dans l’histoire. Il y a plusieurs livres dans ce roman et chacun possède son rythme propre. Il n’y a pas vraiment de début avec un événement particulier. On lit tout d’abord un portrait très complet de chacun des personnages, principalement les trois frères Karamazov et leur père. Ce dernier, Fédor Karamazov, est un vieux bouffon libertin qui a des visées sur les jeunes femmes de la petite ville où se déroule l’action du livre. Le fils aîné, né d’un premier mariage, s’appelle Dimitri. C’est un ancien soldat à qui l’argent file entre les mains et qui est un fêtard invétéré. C’est également un grand romantique qui cite Schiller par cœur. Les deux autres fils Karamazov ont pour mère la deuxième épouse de leur père. Le premier s’appelle Ivan est l’intellectuel de la famille. Profondément laïque, sinon anti-clérical, il a des opinions libérales sur le monde qui vont à l’encontre des traditions de la société russe. Aliocha est le plus jeune des frères. Il est très religieux au point de rentrer dans un monastère où il suit les enseignements d’un staret, un religieux d’expérience propre au christianisme orthodoxe. Aliocha est le plus mesuré des frères Karamazov. La première partie du livre consiste à présenter l’histoire de la famille Karamazov et à brosser le portait détaillé de chacun de ses membres. L’air de rien, Dostoïevski pose ainsi les bases et donne des indices sur la suite de l’histoire. L’événement qui vient bouleverser la vie de chacun est l’assassinat du père Karamazov et il intervient dans le troisième quart du livre. La dernière partie du roman est consacrée au procès de son meurtrier présumé, son fils aîné Dimitri. Un procès très médiatisé qui passionne la petite ville et retient l’attention dans le reste de la Russie.

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J’ai eu du mal à lire les frères Karamazov. On ne sait pas tout de suite quelle direction va prendre le roman. C’est une fois le livre refermé que celui-ci prend tout son sens. Les personnages principaux sont très contrastés et s’affrontent dans des joutes verbales incroyables. Dostoïevski va jusqu’à présenter des argumentaires d’une vingtaine de page pour exposer les idées de ses personnages. Il est parfois difficile de se concentrer pour suivre les subtilités des points de vue. C’est très dense. Les frères Karamazov n’est donc pas un roman à part entière. Le livre prend des airs d’essai philosophique et politique. Je suppose que le roman était à l’époque un bon moyen de contourner la censure pour présenter des opinions qui ne convenaient pas au pouvoir en place. Dostoïevski devait savoir à quoi s’en tenir, lui qui avait goûté au pénitencier en Sibérie pour avoir exprimé des idées un peu trop libérales pour son époque. L’auteur joue au chat et à la souris car aucun courant d’idée ne semble être favorisé plutôt qu’un autre dans le livre. La seule idée qu’on peut se faire des opinions de Dostoïevski résulte du sort qui est réservé à chacun des personnages à la fin du roman. En résumé, les frères Karamazov est un gros morceau, tant par son nombre de page que par sa complexité.

Ma note : 3/5.

Les Bienveillantes, Jonathan Littell

Gagnant du prix Goncourt 2006, ce livre a beaucoup fait parler de lui. En bref, il s’agit de la description de l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale du point de vue d’un nazi. La presse a beaucoup parlé de ce phénomène littéraire et j’ai moi-même été séduit par les quelques critiques que j’ai lues.

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On suit le Dr Maximilien Aue, jeune juriste Allemand, qui a été recruté par la SS. Son parcours le fait voyager dans toute l’Europe en guerre, en bonne partie sur le front de l’Est. Le récit commence en Ukraine où ont lieu les premières actions contre les Juifs et où le lecteur se familiarise avec l’appareil nazi et ses relations avec l’armée allemande. Nous allons par la suite dans le Caucase, où l’armée allemande tente de se rapprocher de la Russie. La question de la population juive de cette région s’avérera beaucoup plus complexe qu’en Europe Orientale. Le narrateur nous emmène après dans l’enfer de Stalingrad, véritable tournant de la guerre pour l’Allemagne nazie. Le Dr Aue en ressortira blessé et décoré pour se voir confier un poste administratif à Berlin au sein de l’équipe d’Himmler. Son rôle est de superviser les relations entre les camps de concentration et les entreprises allemandes à la recherche de main d’œuvre pour poursuivre l’effort de guerre. Dans la dernière partie du roman, on assiste à la chute de Berlin au fur et à mesure des bombardements anglais et de l’avancée inexorable des troupes russes.

Les Bienveillantes est tout simplement un livre brillant en tout point. Ça fait longtemps que je n’ai pas lu un roman avec un tel niveau de langue française. Le récit est également d’une grande qualité. Malgré la longueur du roman (900 pages), je ne l’ai pas trouvé ennuyeux. Il s’agit là d’une œuvre littéraire qui se lit très bien. Les Bienveillantes était en lice pour le prix Goncourt avec le dernier roman de Michel Houellebecq. Je n’ai pas lu celui-ci mais s’il est dans la même veine que ses ouvrages précédents (Extension du domaine de la lutte, plate-forme et les particules élémentaires, que j’ai tous beaucoup aimés), c’est certain qu’il ne tenait pas la route face à une telle compétition. Houellebecq est un très bon auteur mais, avec ce livre, Jonathan Littell place la barre très haut. Ne serait-ce que pour toute la recherche effectuée sur les faits historiques de la Seconde Guerre Mondiale. Si le narrateur et ses proches sont fictionnels, les personnages de l’armée allemande tel Paulus ainsi que les pontes de l’organisation nazie comme Himmler, Goebbels ou Speer et d’autres tristes personnages comme Eichmann sont eux bels et bien réels. Ce n’est d’ailleurs pas facile au départ de se repérer dans les grades militaires et SS que l’auteur a choisi de garder en allemand. Mais au fur et à mesure du récit, on se familiarise avec tout ça. Les Bienveillantes démonte l’appareil nazi et ses jeux de pouvoir. Le lecteur vit de l’intérieur avec le narrateur la confiscation du pouvoir par un parti qui veut tout contrôler. Au niveau de la qualité des recherches, j’ai particulièrement apprécié le passage où le narrateur discute avec un spécialiste de la linguistique dans le Caucase. Là encore le travail de recherche et de documentation a dû être énorme.

On peut bien sûr avoir des réticences à s’attaquer à ce morceau. Les 100 premières pages sont les plus difficiles à lire tant les descriptions des exécutions des Juifs puis de leur génocide sont explicites. Paradoxalement, ce sont les pages les plus dures à digérer mais ce ne sont pas les pires. Le narrateur est dans sa carrière amener à gérer certains aspects logistiques de la solution finale et alors que les descriptions sont moins crues, l’horreur est à son comble avec la systématisation et la rationalisation des l’extermination des Juifs avec le transport ferroviaire et les camps de concentration.

Le narrateur est d’ailleurs un individu terriblement normal. Il n’est pas particulièrement mauvais, c’est encore moins quelqu’un de bien. C’est une personne avec ses défauts (ils sont nombreux) et ses qualités (il en a). Ce nazi-là ne correspond pas à l’image du salaud qu’on voudrait bien avoir en tête pour expliquer l’inexplicable.

Si j’osais y aller d’une analyse littéraire, je dirais que les Bienveillantes est le roman du corps : le corps malade, le corps blessé, le corps qui désire, le corps qui jouit, le corps en santé, le corps en décomposition, le corps affaibli, le corps ivre. C’est le corps qu’on retrouve en filigrane dans tout le roman. L’esprit lui-même est soumis au corps. Ainsi l’esprit du narrateur est clair quand son corps est en forme mais dès que ce dernier commence à éprouver des difficultés dues à la fatigue ou à des blessures, la tête ne fonctionne plus aussi bien. Les exégètes de Littell ne manqueront pas d’y trouver leur compte.

Je n’ai trouvé que deux choses que je n’ai pas aimé dans ce livre : les épisodes de délire du narrateur à Stalingrad et dans la maison de sa sœur. Pour moi, ça ne cadre pas avec le reste qui est bassement terre-à-terre.
A noter l’épisode étonnant de la rencontre avec Adolf Hitler vers la fin du roman dont le narrateur s’étonne qu’il ne soit pas rapporté dans les livres d’histoire. Je n’en dis pas plus : à vous les Bienveillantes !

Ma note : 5/5.

Je vous renvoie ici à l’analyse du roman faite par Pierre Foglia, le chroniqueur de la Presse. Comme lui, j’ai été frappé par cette phrase du livre qui résume tout :

On a beaucoup parlé après la guerre de l’inhumain. Mais l’inhumain, excusez-moi, cela n’existe pas. Il n’y a que de l’humain et encore de l’humain.

Trilogie new-yorkaise, Paul Auster

Quand j’aime bien un livre d’un auteur, j’essaie d’en savoir un peu plus en m’attaquant à un autre de ses ouvrages. Je l’ai fait récemment pour Guillaume Musso (déception confirmée) et pour John Steinbeck (surprise teintée de déception). Je l’avais fait il y a quelques années avec Émile Zola après avoir lu L’œuvre. J’avais alors poussé le vice un peu loin en lisant avec un énorme plaisir la totalité des Rougon-Macquart. Les éditions Bouquins me remercient encore, mes parents un peu moins car ça prend de la place chez eux. J’ai lu il y a quelques mois mon premier Paul Auster avec La nuit de l’oracle que j’avais globalement apprécié. Peu de temps après cette lecture, j’étais allé m’acheter un autre roman du même auteur, en l’occurrence Trilogie new-yorkaise. Roman que je viens de terminer.


Ce livre rassemble trois histoires. La première s’intitule Cité de verre et met en vedette un écrivain de polars. Celui-ci se voit confier une enquête suite à un quiproquo : on le contacte en pensant qu’il est un détective privé. Son travail consiste à protéger un jeune homme qui avait été enfermé dans une pièce obscure une bonne partie de son enfance par son père devenu fou. Le père a purgé sa peine et l’épouse du jeune homme craint qu’il ne cherche à faire du mal à son fils pour se venger des années passées en prison. Le faux détective va enquêter sur le père et prendre très à cœur sa mission.
Dans Revenants, le deuxième roman, nous suivons un détective privé, un vrai celui-ci, dont la mission consiste à observer les faits et gestes d’une personne et d’envoyer des rapports réguliers à la personne qui l’a embauché. Or on ne sait pas grand-chose de son employeur qui tient à rester anonyme mais qui lui a demandé de se consacrer exclusivement à cette tâche. La personne à surveiller s’avère être un écrivain dont le quotidien est assez monotone. Il s’agit donc d’une tâche peu passionnante pour un détective habitué à un peu plus d’action.
Enfin, le troisième roman, la Chambre dérobée, met en scène un homme contacté par la femme de son ami d’enfance. Celui-ci est écrivain et a récemment disparu et avait demandé à ce que ses écrits soient confiés à son ami pour qu’il juge de leur valeur littéraire. Il s’avèrera que ses romans, ses poèmes et ses pièce de théâtre sont dignes d’être publiées et le seront. Le narrateur recevra une mystérieuse lettre lui apprenant que son ami disparu n’est en fait pas mort contrairement à ce que tout le monde croyait.

Comme je l’avais souligné à la lecture de La nuit de l’oracle, les histoires des romans de Paul Auster ne sont pas formidables quand on doit les résumer. Trilogie new-yorkaise ne déroge pas à cette règle. New-York joue finalement un rôle effacé dans le roman. Ce livre repose d’abord sur le ressort du psychologique. L’auteur possède un véritable talent pour entrer dans la tête des gens et rendre compte de leur état d’esprit. Paul Auster est un raconteur d’histoire hors pair : en deux pages le décor est posé et on embarque dans l’histoire. Il a également un certain talent pour perturber le lecteur. La lecture de Trilogie new-yorkaise est dérangeante. Je me suis senti un peu mal à l’aise durant certains passages. Rien de scabreux mais les réactions des personnages ont parfois de quoi surprendre. Paul Auster s’amuse aussi à bousculer le lecteur en jouant avec l’identité de ses personnages. L’identité est d’ailleurs le thème commun aux trois romans de Trilogie new-yorkaise. Serions-nous les même si on quittait tout ce qui fait notre quotidien ? Ne serait-on pas tenté de prendre une autre identité ? Ce thème est déjà présent dans La nuit de l’oracle dans un des romans du narrateur. Son héros quittait d’un seul coup sa femme et la ville où il vit pour s’installer ailleurs et prendre une nouvelle identité.

Décidément, je n’arrive pas à déterminer si Paul Auster est brillant ou s’il ne fait que jouer avec le lecteur via des mises en abyme perpétuelles. L’histoire de l’écrivain qui écrit des livres commence à être un peu répétitive à mon goût. Je n’arrive pas encore à me faire une opinion. Je vais devoir lire un autre roman de Paul Auster : des suggestions ?

Ma note 4/5.

Tortilla Flat, John Steinbeck

J’aime bien John Steinbeck (comme je l’ai déjà dit ici). C’est pourquoi je n’ai pas hésité quand on m’a proposé de lire Tortilla Flat, un autre de ses romans.

Tortilla Flat est un petit village californien à flanc de colline. Y vivent les paisanos, ces descendants des mexicains qui vivaient là avant l’arrivée des Américains lors de la conquête de l’Ouest. L’action se passe au lendemain de la première guerre mondiale et nous y suivons Danny et sa bande de compères dans leur quête quotidienne du gallon de vin dont ils pourront s’enivrer. Ils vivent de petits larcins, font régulièrement un séjour dans la cellule de la prison municipale et courtisent les femmes de Tortilla Flat. La petite routine de nos traîne-savates est chamboulée le jour où Danny hérite de deux maisons à la mort de son grand-père. Cet accès soudain à la propriété va modifier sa perception des choses et ses relations avec ses amis seront transformées. Voilà pour l’essentiel de l’intrigue. S’en suivent de multiples anecdotes sur la vie de cette petite troupe prompte aux entourloupes mais avec le cœur sur la main.

J’ai trouvé que Tortilla Flat était très différent des Raisins de la colère. Au début j’ai été très déçu par la lecture du livre, je n’arrivais pas à me mettre dedans et les personnages m’énervaient (chose suffisamment rare pour être signalée). Leurs petites arnaques ne me paraissaient pas palpitantes. Ça manquait d’intrigue, d’histoire à mon goût. Et au fur et à mesure de la lecture et des aventures, j’ai fini par trouver ce petit groupe attachant. Bon ce n’est pas le livre du siècle mais plusieurs jours après l’avoir lu il m’en reste un bon souvenir, une impression de nonchalance contagieuse. C’est sans doute la douceur du climat californien.

Ma note : 3/5.

Les chroniques d’une mère indigne, Caroline Allard

Avant de devenir auteur d’un livre, Mère Indigne a longtemps sévi sur internet. Comme le taxi Pierre-Léon, cette mère de famille québécoise a été contactée par une maison d’édition pour publier un livre sur la base de son blogue.

A une époque où les magazines spécialisés et les forums internet fourmillent de conseils pour les mères de familles, il n’y a plus de place pour l’imperfection. Impossible d’être une mère indigne avec le tsunami de conseils que reçoivent les parents. « Que nenni ! » de répondre Mère Indigne. L’indignité est le remède idéal au burn out qui attend irrémédiablement les parents qui s’efforcent d’être parfaits. Elle illustre son propos à l’aide de son quotidien de mère de deux enfants alias Fille Ainée et Bébé. Elle ne se gêne pas pour se moquer de sa progéniture et tourner en ridicule leurs petites manies agaçantes. Elle possède également une bonne dose d’auto-dérision, salvatrice pour éviter le surmenage et la dépression nerveuse. Elle est secondée par Père Indigne, Belge de son état, pour qui la déconne n’est pas un vain mot. Mère Indigne n’hésite pas non plus à se dévoiler et à mettre un peu de piquant avec des anecdotes sur la vie sexuelle des jeunes parents.

Comme pour Un taxi la nuit, j’ai été conquis par Mère Indigne (qui s’appelle en fait Caroline Allard). On a affaire à tout une galerie de personnages : sa famille, la fille des voisins, petite peste devant l’éternel et Jean-Louis l’ami de son mari. Ce livre est un antidote certain à la pression que peuvent se mettre les jeunes parents. On y voit notamment la différence d’attitude d’une mère entre son premier enfant, ô combien fragile, et le deuxième qui peut bien faire ses dents sur les vieilles sandales qui traînent dans l’entrée. La lecture des Chroniques d’un mère indigne saura provoquer les sourires du lecteur, voire des fous rires qui pourront étonner les autres voyageurs du métro (c’est du vécu). Voilà un livre très rafraîchissant.

Ma note : 5/5.

Mère Indigne a arrêté de publier sur son blogue mais l’intégralité de ses textes est toujours en ligne.

Et voilà le descriptif de son livre.

Talk to the snail, Stephen Clarke

Stephen Clarke est un Anglais qui vit en France. Avec Talk to the snail, il explique à ses lecteurs anglo-saxons comment se passe la vie en France. Il décrypte pour eux les habitudes et les comportements des Français, ces gens si particuliers. Stephen Clark avait déjà écrit un livre, un roman, mettant en scène un anglais fraîchement débarqué en France pour le travail. C’est donc un exercice habituel pour lui.

Il passe en revue plusieurs points qui sont mystérieux pour les Anglais et les Américains à commencer par le fait que les Français sont perçus comme des gens voulant avoir raison à tout prix. Il traite également d’habitudes qui font notre réputation dans le monde. Le goût pour la bonne nourriture est bien évidemment souligné, ainsi que la propension des Français à abuser de tonnes de médicaments prescrits par un système de santé hyper généreux. Bien sûr les habitudes de travail sont analysées : du nombre important de jours fériés et de semaines de congés payés de même à la réunionite aigue.
L’auteur aborde aussi la culture, un domaine dans lequel la France se voit comme une exception alors qu’elle produit des films et des disques qui bien souvent n’auraient pas dû voir le jour, n’eût été des quotas de contenus français à la radio et d’un secteur cinématographique subventionné.
D’autres points sont difficiles à gérer pour les étrangers qui arrivent en France, comme le fait de tutoyer ou vouvoyer quelqu’un ou de savoir à qui faire la bise et à qui ne pas la faire. L’auteur cite à ce sujet quelques quiproquos savoureux.
Chaque chapitre aborde donc un aspect de la vie en France et se termine avec un lexique qui permettra aux lecteurs d’être servis dans un restaurant et de ne pas se laisser passer devant dans la queue à La Poste.
En résumé, la société française comporte de nombreux codes intégrés par les Français mais difficiles à comprendre et à acquérir pour ceux qui sont issus d’une autre culture.


J’ai eu du mal à lire Talk to the snail. En fait, j’ai même coupé la lecture en deux et intercalé une autre lecture avant de le finir. Le problème vient du fait que l’accumulation des travers des Français est à la longue un peu pénible quand on est Français. Le ton du livre n’est pas haineux, au contraire. L’auteur voit très juste, il connaît très bien la vie en France -il dispose d’ailleurs d’un recul que nous n’avons pas étant Français- et ses anecdotes sont amusantes mais j’ai trouvé le tout un brin répétitif.

Ma note : 3/5.