Le combat du siècle, Norman Mailer

Autant le dire tout de suite, le combat du siècle m’a déçu. Et pourtant que l’affiche était alléchante ! 1974 : un face à face de légende à Kinshasa entre deux grands de la boxe poids lourds : Mohammed Ali et George Foreman. Deux géants au sommet de leur art dans un combat financé par le dictateur du Zaïre, Mobutu Sese Seko, et organisé par le promoteur Don King, alors encore inconnu. Ce rumble in the jungle comme avait été baptisé ce choc avait tout pour plaire, surtout raconté sous la plume d’un écrivain reconnu comme Norman Mailer.

Le combat du siècle s’ouvre avec un entraînement de Mohammed Ali en Pennsylvanie, des mois avant ce combat que tout le monde attendait. On assiste à quelques rounds d’échauffement entre le champion déchu et ses sparring partners. On y fait connaissance avec le boxeur, ses attentes, ses ambitions et sa personnalité. Nous sommes transportés ensuite dans le Zaïre de Mobutu, où les boxeurs poursuivent leur entraînement en attendant leur confrontation. Celle-ci aura lieu à 4 heures du matin heure locale pour permettre aux télévisions américaines de le diffuser aux heures de grande écoute. Le narrateur aussi attend ce combat et c’est l’occasion pour lui de nous présenter l’Afrique par la lorgnette du Zaïre et de nous familiariser avec l’entourage des champions, celui de Foreman comme celui d’Ali. Tout le monde s’attend à ce que le champion en titre, George Foreman, un cogneur qui sait encaisser comme personne, ne détruise Mohammed Ali, l’ex-champion au style de danseur qui « flotte comme un papillon et attaque comme une guêpe », ainsi que l’avait décrit son entraîneur Angelo Dundee.

Alors pourquoi ai-je été déçu de cette incursion de la littérature dans le domaine du sport ? A cause de Norman Mailer, tout simplement. Il se donne un rôle dans le récit. Ce n’est pas condamnable en soi car le fait de vivre ces événements à travers un narrateur est une bonne idée. Mais j’ai été dérangé par le fait qu’il parle de lui à la troisième personne. Ainsi Norman fait un jogging avec Ali, Norman va regarder Foreman malmener son sac de sable, Norman nous raconte ses soirées avec ses collègues journalistes. Bref Norman Mailer ramène pas mal la couverture à lui alors que je pense qu’un auteur sensé se serait mis en retrait pour laisser la vedette à la boxe et à tous ces personnages hauts en couleur.
L’autre reproche que je ferais à l’écrivain est son style un peu verbeux. J’ai eu l’impression qu’il voulait intellectualiser la confrontation entre Foreman et Ali. J’avoue que c’est tentant étant donné le style de boxe différent pratiqué par chacun des boxeurs. Mais si on excepte la superbe description du combat en lui-même, ce livre manque d’âme. Les experts s’accordent pour dire que ce combat a marqué l’histoire de la boxe. Il y a une certaine aura qui entoure cette confrontation de légende. J’aurais aimé que cette ferveur soit mieux retranscrite. J’aurais aimé vibrer un peu plus longtemps que pendant 60 pages.

Bref, je ne trouve pas grand-chose à ce livre si ce n’est la description du combat. Pour terminer sur une note positive et rendre tout de même une certaine justice à Norman Mailer, j’admets avoir appris des choses sur le Zaïre.

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Les vrais durs ne dansent pas, Norman Mailer

Deuxième roman de Norman Mailer que je lis après un rêve américain, les vrais durs ne dansent pas est une sorte de polar qui se passe à Cape Cod.
Un beau matin, quelques semaines après que son épouse l’eut quitté, Tim Madden se réveille avec une belle gueule de bois, un nouveau tatouage et la tête d’une femme à l’endroit où il cache ses plants d’herbe. Voilà de quoi remuer n’importe qui. Et pourtant Tim Madden est un client solide : Irlandais, fils de barman de New-York, ancien boxeur, ancien trafiquant de drogues et ex-détenu, il a vécu pas mal d’aventures. Il va retrouver ses habituels compagnons de beuverie pour essayer de reconstituer sa soirée tout en louvoyant avec l’énigmatique Regency, le chef de la police de Provincetown, pour ne pas se faire accuser de meurtre.

J’ai été surpris par le rythme un peu lent de l’installation de l’intrigue. Il m’a fallu lire un bon tiers du livre pour être vraiment dedans et finalement ne plus vouloir le lâcher. Comme quoi la persévérance finit par payer !
Dans ce livre, les questions s’accumulent jusqu’à la fin, les cadavres s’empilent et l’ambiance devient rapidement inquiétante. Il y a juste ce qu’il faut de sexe, les pratiques les moins orthodoxes étant seulement suggérées. Provincetown oblige, il sera question entre autres d’amours homosexuelles. Les portraits des différents personnages du roman sont bien réussis. Comme dans un rêve américain, l’apparence de normalité de la plupart d’entre eux cache des côtés sombres. Norman Mailer nous donne aussi une description sans fard de la péninsule de Cape Cod pendant les mois d’hiver alors que les touristes sont partis. En bref, la population locale n’est pas très glamour.

Les vrais durs ne dansent pas a tout les ingrédients pour faire un bon film. Ce qui a bien sûr été fait dans un film de 1987 réalisé par Norman Mailer lui-même, avec Ryan O’Neal et Isabella Rossellini. Je serais curieux de voir ce film car les adaptations de livres sont généralement décevantes. Mais le fait que l’écrivain dirige lui-même le film doit être une garantie du respect du livre. Non ? Quelqu’un a vu ce film ?

Traduire c’est trahir ?

Je lis pas mal de livres écrits au départ dans une autre langue que le français. Il y a quelques temps, je m’étais ému de la traduction boiteuse du monde de Barney. Les références québécoises avaient été purement et simplement massacrées dans la version française. Si je vivais encore en France, il est à parier que je ne m’en serais même pas rendu compte. Mais voilà, je vis à Montréal et quand Richler parle des Canadiens de Montréal, un gardien de but n’est pas un goal et une rondelle n’est pas un palet.

Un des textes de Mercredi au bout du monde relate les interrogations d’une enseignante en traduction à propos du personnage de la Malinche, cette indigène mexicaine qui est devenue la traductrice de Hernan Cortes lors la conquête du Mexique. Les détracteurs de la Malinche l’ont considée comme une traitresse à ses origines indiennes du simple fait d’avoir facilité la compréhension de la langue aztèque. Une collabo des temps anciens, manifestement. Si trahison il y a aujourd’hui quand on traduit, c’est quand le traducteur ne respecte pas l’esprit de l’auteur. Par exemple, ça me trouble de lire de l’argot parisien dans les textes de Bukowski et de Norman Mailer. Ça sonne horriblement faux. Los Angeles et New-York ne sont pas Belleville ou Pigalle.
En fait, la question de la fidélité de la traduction me turlupine depuis un certain temps. Je ne suis pas le seul dans ce cas. Je vous renvoie notamment au texte de Gaétan Bouchard qui a un vocabulaire bien plus coloré que moi.

A l’inverse, coller au texte original ne rend pas service au lecteur. Ainsi Madame Charlotte indiquait récemment sa difficulté à poursuivre la lecture des frères Karamazov en raison d’un parti pris de l’éditeur qui avait voulu une traduction fidèle au texte russe de Dostoievski. Or les tournures russes peuvent être très éloignées des tournures de phrases françaises. Même chose pour les best-sellers internationaux de Stieg Larsson. Jacques Drillon de Bibliobs relève quantité de bourdes, comme il les appelle poliment, qui sont directement liées à la traduction. Certaines spécificités de la langue suédoise sont rendues maladroitement en français et parfois le texte français est totalement incorrect.

Tout ça pour dire que la traduction est un exercice difficile. Quand on ne trahit pas l’auteur et qu’on ne frustre pas le lecteur par des imprécisions, on risque de le décourager par une trop grande fidélité. Moralité : apprenez les langues étrangères et lisez les textes originaux ! Je sais, ça fait snob, mais je ne vois pas d’alternative pour ne pas être frustré par une traduction.