Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb

Je poursuis ma découverte d’Amélie Nothomb entamée avec Stupeur et tremblements. J’ai un peu plus apprécié Métaphysique des tubes, sans doute parce que le ton y est un peu plus léger. Le récit se déroule aussi au Japon et est également autobiographique. Sauf qu’il s’agit cette fois du premier séjour d’Amélie au Japon. L’archipel nippon est en fait l’endroit qui a vu naître Amélie alors que son père était un diplomate en poste pour la Belgique. Dans Métaphysique des tubes, elle raconte sa vie de petite fille, de bébé même, de sa naissance à ses trois ans.

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Le bébé Amélie n’est pas un être très actif. Elle se résume elle-même comme un tube (d’où le titre du roman), son corps n’assurant que les fonctions digestives. Elle reste de long mois inactives, apparemment en retard sur le développement normal d’un nourrisson. Mais elle vient à la vie grâce à sa grand-mère qui lui fait goûter un morceau de chocolat belge. Savoureux, non ? Le récit se poursuit et compte de nombreuses anecdotes sur sa petite enfance. Elle se décrit comme une petite princesse à qui tout le monde doit le respect, à commencer par ses parents mais aussi sa soeur et son frère avec qui les relations ne sont pas faciles. Ce narcissisme est entretenu par la domestique japonaise qui travaille chez les Nothomb et qui est aux petits soins pour Amélie. On sent la tendresse particulière de l’auteur envers son père qui tout Belge qu’il était n’a pas eu peur de se mouiller et de se lancer avec intérêt dans le théâtre traditionnel japonais, le Nô. Une forme d’art qui se résume apparemment à des borborygmes pour le néophyte. On retrouve ce même père qui tombe dans un trou d’égout (un trou d’homme comme on dit au Québec, traduction littérale du manhole anglais) alors qu’il se promène avec sa cadette par un jour de pluie. Métaphysique des tubes compte aussi quelques moments tragiques mais racontés comme s’il s’agissait d’épisodes anodins. Amélie a failli mourir deux fois : une fois lors d’une baignade dans la Mer du Japon et l’autre fois lors d’un événement qui nous est présenté comme une tentative de suicide alors qu’elle nourrissait ses trois carpes. Amélie a horreur des carpes, c’est quasiment une phobie. D’ailleurs, j’ai trouvé intéressant son point de vue sur les répulsions des gens :

Il m’arrive de penser que note unique spécificité individuelle réside en ceci : dis-moi ce qui te dégoûte et je te dirai qui tu es. Nos personnalités sont nulles, nos inclinations plus banales les unes que les autres. Seules nos répulsions parlent vraiment de nous.

En résumé, j’ai trouvé Métaphysique des tubes très agréable à lire. J’ai beaucoup aimé le regard incroyable que la très jeune narratrice pose sur le monde des adultes. En tant que lecteur, on n’est pas dupe, on sait que c’est romancé. Mais c’est très bien fait et on aime ça. On se laisse raconter une belle histoire.

J’aime de plus en plus le style d’Amélie Nothomb, fait de phrases courtes, finement ourlées. Le ton est parfois un peu précieux mais la qualité de la langue est fantastique. J’ai appris deux mots lors de la lecture de ce livre. Le premier est zinzolin et désigne une couleur. Il s’agit d’un rouge violacé, qui tire sur le pourpre. Ainsi le ciel japonais aurait la caractéristique d’être zinzolin au crépuscule. Le deuxième mot est anadyomène. Cet adjectif est d’origine grecque et signifie qui sort de l’eau, qui émerge. Comme le père d’Amélie Nothomb lorsqu’il remonte trempé de son trou d’égout.

Ma note : 4/5

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