Les souliers de Mandela, Eza Paventi

la Recrue du mois

La recrue du mois d’octobre est Eza Paventi avec son premier roman intitulé Les souliers de Mandela.

Fleur Fontaine est une jeune femme qui quitte Montréal pour aller faire un stage en journalisme en Afrique du Sud. Son départ correspond chez elle à une envie de changement liée à une rupture amoureuse. Au contact d’un pays et de son peuple bien loin de ses préoccupations nord-américaines, Fleur va essayer d’oublier celui qu’elle a quitté et s’ouvrir sur une nouvelle culture.

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Les souliers de Mandela, c’est l’histoire d’une Occidentale qui découvre l’Afrique et qui développe une conscience sociale. Journaliste engagée, elle essaie de mettre le projecteur médiatique sur des problématiques sociales non traitées par les grands médias : coupures d’électricité intempestives dans les townships, accès aux études supérieures impossibles pour les noirs les plus pauvres…

Les souliers de Mandela, c’est aussi l’histoire d’une femme qui touche du doigt les combats d’autres femmes. Celles-ci vivent ou ont vécu des drames qu’elle n’aurait pas imaginés. Mais, malgré tout, ces femmes africaines restent dignes et gardent un espoir auquel la narratrice elle-même n’arrive pas à se raccrocher suite à la rupture avec celui qui a été son grand amour.

Les souliers de Mandela, c’est avant tout un roman sur la connaissance de soi. Le personnage principal, Fleur Fontaine, transforme sa fuite et le repli sur soi en ouverture sur le monde. La construction du roman met en parallèle les chapitres où la narratrice découvre la vie en Afrique du Sud et ceux où elle revient sur les circonstances de son départ de Montréal. Eza Paventi dresse ainsi un portrait par touches et tout en nuances de son personnage principal. Le cheminement de la narratrice ne se passe pas sans heurts mais l’issue ne fait pas vraiment de doute. Toutefois, le récit est bien mené et sous une apparence de légèreté, des thèmes vraiment profonds sont abordés. Car enfin les souliers de Mandela, c’est une histoire de pardon. Quel meilleur exemple que celui de Nelson Mandela, prisonnier politique resté enfermé dans une prison au large du Cap pendant 27 ans et qui a pardonné à ses geôliers et aux dirigeants du régime de l’apartheid ? La notion de pardon est en effet centrale dans l’Afrique du Sud post apartheid. Même si tout est loin d’être simple en Afrique du Sud, il a fallu à toutes les communautés apprendre à vivre ensemble pour former ce peuple arc en ciel, cette Rainbow Nation. Hasard de l’actualité, cette idée du vivre ensemble à la sud africaine est à méditer alors que le Québec connaît un débat passionné à propos de la charte des valeurs québécoises.

Bien sûr et pour terminer, je conseille les souliers de Mandela à ceux qui s’intéressent à l’Afrique du Sud. En toile de fond du roman, les lecteurs y trouveront une description fidèle de ce qu’est la vie dans un township ou dans le centre-ville de Johannesburg. Je peux également témoigner de ce que décrit Eza Paventi dans ce roman, notamment sur la prise de conscience de sa couleur de peau, blanche dans un pays où les différentes communautés ne se mélangent pas encore tant que ça. Je fais confiance à Eza Paventi pour sa description de la ville du Cap ou des Drakensberg, des régions que je n’ai pas visitées lors de mon séjour en Afrique du Sud. Son roman me renforce en tout cas dans l’idée que je dois revoir l’Afrique du Sud.
Lecture complémentaire indispensable pour ceux que l’Afrique du Sud intéresse : un long chemin vers la liberté, l’autobiographie de Nelson Mandela. Un titre qu’aurait aussi pu porter le roman d’Eza Paventi étant donné le parcours de Fleur Fontaine.

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Indignez-vous !, Stéphane Hessel

Indignez-vous ! est un petit ouvrage (30 pages à peine) qui est parmi les meilleures ventes de livres en France en ce moment. Et il ne coûte que 3 euros !

Ce tout petit format est un texte d’opinion écrit par Stéphane Hessel, un Français de 93 ans qui a été résistant pendant la seconde guerre mondiale et membre de la commission internationale qui a rédigé la déclaration universelle des droits de l’Homme en 1948. Il s’agit donc d’un homme qu’il vaut la peine d’écouter quand il prend la parole.

Stéphane Hessel enjoint ses lecteurs à savoir faire preuve d’indignation. Pour lui, l’indifférence est la pire des attitudes. Parmi les motifs qui méritent l’indignation dans le monde qui nous entoure, Stéphane Hessel cite l’écart croissant entre les riches et les pauvres, les droits de l’Homme qu’il faut continuer de promouvoir et l’état de la planète. Il illustre son propos avec une cause qui lui tient à cœur : le sort de la Palestine.

Quelle forme doit prendre l’indignation ? Stéphane Hessel préconise la non violence et la conciliation des cultures différentes. Ses modèles en la matière sont Nelson Mandela et Martin Luther King. Son credo est l’insurrection pacifique.

S’il reconnaît les avancées réalisées au cours de la deuxième moitié du vingtième siècle (fin du communisme, fin de l’apartheid, entre autres), il en appelle à une lutte contre les moyens de communication de masse qui favorisent la consommation de masse et l’amnésie collective.

Les propos de Stéphane Hessel sont des évidences qu’il demeure nécessaire de rappeler. Il est toutefois un peu prisonnier du format du livre. Son texte est écrit à la façon d’une lettre d’opinion dans un journal et certains sujets auraient pu être développés plus longuement. Reste que cet appel citoyen mérite d’être lu.

Publié chez Indigène Editions.

Histoires de lectures

Qu’emmèneriez-vous sur une île déserte ? En haut de ma liste se trouveraient des livres.

Lesquels ? J’ai eu l’occasion de réfléchir récemment à cette question. Notre ami Olivier a demandé aux lecteurs de son blog quels livres devraient l’accompagner lors de son tour du monde. Il avait fixé la limite à trois livres. Je lui avais donc conseillé : Les raisins de la colère de Steinbeck, Pour qui sonne le glas d’Hemingway et Un long chemin vers la liberté, l’autobiographie de Nelson Mandela.

Je place ces trois livres parmi les meilleurs que j’ai eu l’occasion de lire. Pourquoi ces trois pavés-là ? Principalement car ce sont des livres passionnants qui m’ont fait réfléchir.

J’ai lu les Raisins de la Colère alors que j’étais en prépa. Ceux qui sont passés par là savent qu’il est parfois bon et sain de changer un peu d’air, de s’évader. J’avais donc emprunté ce livre à la bibliothèque du lycée Carnot. On y suit les aventures et surtout les mésaventures d’une famille de fermiers du Midwest dans l’Amérique des années 30. Chassés des terres qu’ils cultivent, ils n’ont d’autre choix que de s’en aller sur la route. Ils se dirigent vers la Californie, alors terre promise pour qui cherche du travail. Les raisins de la colère est un livre sur la misère et sur les conséquences désastreuses de la crise économique des années 30. Malgré tout, je l’ai énormément apprécié. La description des Etats-Unis de l’époque est réaliste au point que j’ai eu l’impression d’être sur la route avec les personnages. Une livre très puissant, riche en enseignements.

 

J’ai aimé Pour qui sonne le glas pour les mêmes raisons. Je me suis laissé transporter en 1936 à l’époque de la guerre civile espagnole. Le narrateur, inspiré de la propre expérience d’Ernest Hemingway, combat du côté des républicains espagnols face aux franquistes. Tout y est : l’amour, la guerre, l’héroïsme, les idéaux et le sacrifice. Ce livre est un condensé de l’humanité. Hemingway a le talent immense de rendre compte simplement de situations et de sentiments complexes. C’est encore un livre qui se lit très bien malgré sa longueur. Je l’ai dévoré et en le refermant je me suis dit : waouh ! Je venais de prendre une grande claque. Rien que d’en parler, ça me donne envie de le relire.

 

J’ai décidé de lire l’autobiographie de Nelson Mandela quelques semaines avant de partir en Afrique du Sud en 1999. Je devais passer 15 jours à Soweto, au cœur du cœur de l’histoire moderne de l’Afrique du Sud. Je connaissais finalement très peu ce qu’était l’apartheid et la façon dont les Sud-Africains vivaient sous ce régime. Un long chemin vers la liberté relate la vie de Nelson Mandela, de ses premiers engagements politiques à sa sortie de prison, en passant par toutes les brimades et injustices vécues par les peuples noirs et métis d’Afrique du Sud. J’ai beaucoup appris sur l’histoire du pays que j’allais visiter. Ce livre permet également de relativiser les petits problèmes du quotidien et d’apprécier notre liberté. Ce long chemin vers la liberté est celui qu’ont emprunté Nelson Mandela et l’Afrique du Sud. C’est aussi un beau message d’espoir.

 

Enfin, j’avais également dit à Olivier d’emporter un autre livre s’il lui restait de la place dans ses maigres bagages de routard : Le Prince de Machiavel. Il s’agit d’une sorte de manuel de politique pour les nuls qu’a écrit l’auteur pour conseiller son maître, un prince italien. C’est une description du peuple et de la façon de gouverner qu’on trouverait aujourd’hui politiquement incorrecte. En effet, Machiavel conseille à son prince d’écarter toute notion de morale au moment de prendre des décisions, son attention devant être entièrement tournée vers la constitution d’un pouvoir puissant et craint du peuple. Je parlais un peu plus haut de la claque que j’avais prise en lisant Hemingway. C’est un peu la même chose avec le Prince tellement son propos est éloigné de la conception qu’on nous enseigne du gouvernement et de la politique. Pourtant l’ouvrage de Machiavel est largement considéré comme un texte fondateur. Comme quoi il y a une bonne part de vérité dans ce qu’a écrit Machiavel il y a quelques centaines d’années.

Je vais essayer de partager sur ce blog quelques lectures présentes et passées. Et si vous avez des idées de lectures futures, n’hésitez pas !

A bientôt.