Rom@, Stéphane Audeguy

Dans Rom@, Stéphane Audeguy donne la parole à Rome. C’est inhabituel d’avoir une ville comme narrateur. Si on doit écrire un roman comme ça, autant choisir une ville qui a survécu aux siècles qui passent et qui a beaucoup de choses à dire. Rome était en ce sens une bonne candidate.

Pas facile de résumer un ouvrage protéiforme comme Rom@. Tantôt récit classique, tantôt récit historique, ce roman prend aussi des allures de roman de science-fiction émaillé de passages intemporels. En plus de la ville de Rome, les personnages principaux de ce roman sont Nano, un jeune Indien surdoué dans le domaine des jeux vidéos, son rival Delenda Karthago (un clin d’oeil saisi par le latiniste que j’ai été), Nitzky le créateur du jeu vidéo et bien évidemment Rom@, le jeu vidéo qui s’inspire de la Rome Antique.

Dans Rom@, l’action ne se passe pas que dans la capitale italienne. Le lecteur voyage au cœur de l’Inde touristique et économique pour aller à Vancouver en passant par la Pologne. Sexualité, amour et ambition sont également au menu. Tout le monde se croise pour finalement aboutir à Rome. Tous les chemins n’y mènent-ils pas ? Outre des destins croisés, il est aussi question de mystères liés à ce fameux jeu vidéo : la frontière entre la fiction et la réalité se révèle particulièrement trouble .

Rom@ le roman est bien évidemment un hommage à Rome. Stéphane Audeguy propose une lecture particulière de cette ville. Il démystifie Rome. Il oppose la Rome rêvée, fantasmée et la Rome du peuple, celle des bas instincts. En ce lieu ont cohabité les fines sculptures du Bernin et les jeux du cirque sanglants. Tumultueuse et au centre du monde, Rome possède aussi une histoire sombre. On pensera au Moyen-âge et à l’Inquisition. Il s’agit d’une ville aux multiples facettes qui a su traverser les siècles en se renouvelant suivant un processus de destruction créatrice (j’ai aussi étudié les théories économiques).

Vous comprendrez à travers cette description que Rom@ n’est pas forcément un roman grand public mais qu’il plaira aux esprits curieux et aux amateurs de littérature par ses côtés atypiques.

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Nos échoueries, Jean-François Caron

Voici mon commentaire du premier roman de Jean-François Caron, Nos échoueries. Cet auteur inaugure la nouvelle mouture de la recrue du mois. Allez vite voir la nouvelle version du site et découvrez une présentation plus claire et une couverture encore plus étendue de la production littéraire du Québec.

Un homme revient sur les lieux de son enfance : Saint-Euphrasie, un village au bord du fleuve Saint-Laurent. Il a pris cette décision subitement, laissant sa conjointe pour retrouver ses origines. Il se réinstalle dans la maison de feu ses parents, abandonnée aujourd’hui. Il revoit les paysages et les personnages de son enfance. Il revit des sensations d’enfant. Mais en son absence, le village a bien changé et se meurt doucement.

J’ai eu un peu peur après avoir commencé la lecture de ce roman. Les raisons : le ton franchement mélancolique des premières pages et le fait que le narrateur s’adresse à une autre personne à la deuxième personne du singulier. Mais j’ai fini par être séduit par le texte de Jean-François Caron, un auteur qui possède assurément une voix propre. Il y a plusieurs facettes à Nos échoueries. Le lecteur peut se laisser porter par le courant et errer sur les traces du narrateur pour simplement profiter d’un beau texte. Il pourra aussi s’interroger sur ce qui fait la vie et la mort d’un village. Sainte-Euphrasie, village fictif du Bas Saint-Laurent, est en effet frappé de plein fouet par l’exode rural. Mais ce que j’ai le plus apprécié, c’est le fond de cette histoire, cette nostalgie d’un passé révolu. On peut bien essayer de retrouver les sensations de son enfance en retournant sur les lieux qui nous étaient familiers à l’époque. Mais c’est bien souvent futile car, comme les gens, les endroits changent eux aussi. C’est un deuil à faire. Le thème n’est pas nouveau en littérature mais le ton intimiste choisi par Jean-François Caron fait assurément de Nos échoueries un roman à lire.

Nos échoueries est publié par La Peuplade.