Visite la nuit, Caroline Legouix

Caroline Legouix publie un premier recueil de nouvelles intitulé Visite la Nuit.

Visite la nuit, Caroline Legouix

Ce recueil de 19 nouvelles démontre la maîtrise du format court par Caroline Legouix. En très peu de temps, elle plonge le lecteur dans un univers pour bien lui asséner une surprise finale. Ce sont donc des nouvelles de qualité. Caroline Legouix avoue par ses textes une préférence pour le thème des relations familiales. Le premier tiers du recueil est en effet composé de textes portant sur la famille : la maladie, le deuil, les relations parent-enfants… C’est souvent le mal-être qui l’emporte, l’auteure prenant un certain plaisir à nous amener dans des eaux troubles et inconfortables pour le lecteur. J’ai trouvé en particulier que les quatre premières nouvelles étaient poignantes et riches en émotions. Elles suscitent immédiatement l’intérêt et donnent envie de poursuivre la lecture du livre. D’autant que les formats des nouvelles sont suffisamment variés pour que le lecteur ne s’ennuie pas.

Parmi les thèmes traités par Caroline Legouix dans Visite la nuit, il y a aussi l’amour. Ou devrais-je plutôt dire les différentes facettes de l’amour : séparation, tentation, amitié… Je retiens aussi un intérêt de l’auteure pour le fantastique avec la nouvelle intitulée le chêne du village qui est centrée autour de la vie d’un arbre à travers les années et ses relations avec les humains. Un soupçon de suspense également avec ligne de mire en direct, une nouvelle haletante.

La dernière nouvelle, la plus longue, est curieusement la moins bonne. Curieusement car bien qu’étant le récit le plus développé, ce texte donne l’impression que l’auteure a voulu dire beaucoup de choses dans un espace trop court. Comme si cette nouvelle était un roman avorté. L’angle choisi et le sujet sont intéressants, même pour moi qui ne suis pas attiré par le Moyen-Age, mais les péripéties s’enchaînent trop vite.

Il n’en demeure pas moins que Caroline Legouix propose avec ce premier ouvrage des textes percutants. Elle fait la démonstration d’une écriture de qualité à travers de très bonnes nouvelles.

J’ai lu Visite la nuit dans le cadre de la Recrue du Mois.

Les étoiles de Compostelle, Henri Vincenot

Tout de suite après la billebaude, j’ai enchaîné avec les étoiles de Compostelle, troisième roman de mon livre rassemblant plusieurs œuvres d’Henri Vincenot. Est-ce une bonne idée d’enchaîner deux livres du même auteur ? Rarement. J’ai aimé les étoiles de Compostelle mais j’y ai vu trop de similitudes avec les deux romans précédents pour l’apprécier pleinement.

Vincenot, éditions Omnibus

Et pourtant, la rupture est assez nette en apparence. Les étoiles de Compostelle emmène le lecteur au Moyen-âge, bien des siècles plus tôt que pour le pape des escargots et la billebaude. L’action se situe toujours en Bourgogne. Mais ma lassitude est venue du fait qu’Henri Vincenot utilise un ressort similaire aux deux autres romans que j’ai lus, à savoir un jeune homme parvient à l’âge adulte et se voit révéler par un ancien la connaissance et les traditions qui sont ignorées de la masse populaire. Les portes de la Connaissance s’ouvrent à lui.

Le jeune homme en question s’appelle Jehan le Tonnerre. C’est un parsonnier qui vit dans une communauté chargée de défricher les terres d’un seigneur. En échange de ce travail, la communauté peut rester sur les terres du seigneur sans que celui-ci ne lève de taxes ou n’exige des corvées de leur part. Sur ces terres vit un vieil homme singulier que les autres appellent le Prophète par raillerie. Ce Prophète part en effet dans de longues tirades sur les origines celtes de la religion chrétienne.

Un beau jour, une équipe de moine s’installe à proximité de la communauté. Ils sont bientôt rejoint par des travailleurs spécialisés dans différents corps de métier. Attiré par la nouveauté, Jehan finit par quitter sa communauté pour rejoindre ces maîtres bâtisseurs, les compagnons du devoir. Il apprendra le métier de charpentier et une fois le chantier de l’abbaye terminé, il accompagnera le Prophète sur le chemin du pelerinage de Saint-Jacques de Compostelle.

Résumer les étoiles de Compostelle n’est pas aisé car le récit compte deux temps. Le premier autour de l’abbaye en construction et le second sur la route de Saint-Jacques de Compostelle. Dans les deux cas, Jehan se verra révéler les secrets de la construction des églises (le nombre d’or, la divine proportion, les voûtes et les signatures des compagnons) et de l’origine celtique de certaines croyances chrétiennes.

Finalement, le thème des étoiles de Compostelle est très proche de ceux présents dans la billebaude et dans le pape des escargots. Le livre se lit bien, on se laisse prendre à l’histoire. Mais je suis resté sur ma faim parce que je n’ai pas trop vu où Henri Vincenot voulait en venir sinon nous dire que le christianisme est un syncrétisme et ouvrir au lecteur les portes du monde des compagnons du devoir. Le livre n’est pas mauvais, il se laisse lire mais il est temps pour moi de faire une petite pause d’Henri Vincenot.

Du même auteur : le pape des escargots et la billebaude