Le berceau du chat, Kurt Vonnegut

Vous vous souvenez de Slaughterhouse 5 ? Et bien j’ai décidé de retâter de l’univers de Kurt Vonnegut avec un roman intitulé le berceau du chat. Je n’ai pas été déçu.

le berceau du chat Kurt Vonnegut

Le narrateur du berceau du chat prépare un ouvrage sur la journée du 6 août 1945, jour où les Etats-Unis ont largué la première bombe atomique sur Hiroshima. Pour ce faire, il cherche à savoir comment le Dr Felix Hoenniker, un des scientifiques ayant participé au projet Manhattan, avait vécu cette journée. En interrogeant ses proches, il découvre que cet homme était très spécial et que ses trois enfants sont tout aussi originaux à leur manière.

Ce récit à la première personne m’a séduit dès les premières pages en raison des références à une mystérieuse philosophie morale que j’ai d’abord pensé être orientale mais qui s’est plutôt avérée caribéenne. Le bokonisme est en effet pratiqué en secret dans la fictive île de San Lorenzo où le narrateur suit les traces d’un des enfants Hoenniker. Cette philosophie/religion un peu loufoque sous des airs pourtant tout à fait sérieux contribue au ton décalé du roman. Le texte devient même très barré à un moment donné, un procédé qui souligne le pessimisme de Kurt Vonnegut en ce qui concerne l’être humain. En fait, c’est surtout la science qui inquiète Vonnegut et qui explique son peu de foi en l’humanité. En effet, le Dr Hoenniker, outre sa contribution à l’invention de la bombe atomique, a mis au point la Glace-9, une formule digne d’un ouvrage de science-fiction qui transforme le liquide en solide. Cette crainte d’une mauvaise utilisation de la science n’est pas étonnante dans le contexte de la Guerre Froide dans lequel le roman a été publié (en 1963, soit au lendemain de la crise des missiles à Cuba). Autre thème récurrent lié à l’époque, la notion de contrôle de la population par un gouvernement. En effet l’île de San Lorenzo est une dictature qui perdure grâce à un équilibre artificiel entre la peur instaurée par l’Etat et une religion officiellement interdite mais dans les faits complice du gouvernement. Toute ressemblance avec des personnes ou une situation existantes n’est évidemment que fortuite…

Ne craignez toutefois pas un roman pesant avec des thématiques sombres ! C’est tout le contraire car Kurt Vonnegut excelle dans l’humoir noir et dans l’art de manier l’ironie. Et si vous vous demandez ce qu’est le berceau du chat qui donne son titre au roman, sachez qu’il s’agit d’un jeu qui se joue à la main avec des élastiques ou des ficelles afin de faire des figures. J’y vois l’intention de montrer que l’être humain reste avant tout un enfant qui ne peut se voir confier que des jeux et rien de plus sérieux, sous peine de conséquences très graves.

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Le capitalisme est-il moral ?, André Comte-Sponville

Je nourris une certaine passion pour la philosophie. Pourtant, tout avait plutôt mal commencé puisque ma prof de terminale, à travers qui j’ai connu la philo, était comment dire… nullissime. C’est bien simple, elle lisait ses notes et ne répondait aux questions des élèves qu’en relisant ses notes plus lentement. Ce qui, avouons le, est assez loin de l’échange d’idées et de l’interactivité qu’est supposée amener la philosophie. D’ailleurs, j’ai complètement oublié le nom de cette prof. Heureusement mes deux années d’études suivantes m’ont permis de suivre les cours de philo très intéressants. Je poursuis régulièrement mon éducation philosophique par la lecture de divers ouvrages.

Encore une fois le hasard fait bien les choses. J’étais à la librairie à la recherche de nouvelles lectures quand j’ai été attiré par la question titre posée par le philosophe André Comte-Sponville. S’il est une question qui est véritablement d’actualité c’est bien celle-ci : le capitalisme est-il moral ? L’économie a un impact énorme sur nos vies et en même temps il est facile de se rendre compte qu’elle est souvent impitoyable pour les individus : licenciements par des entreprises réalisant des profits, scandales financiers, bulle boursière, délocalisations… De plus, on entend le mot éthique mis un peu à toutes les sauces ces temps-ci : charte éthique, éthique d’entreprise etc. Je me suis donc laissé tenter par ce livre que j’ai adoré.

Comte-Sponville répond assez rapidement à la question initiale : non le capitalisme n’est pas moral. Il n’est pas non plus immoral. Il est tout simplement amoral. La question morale (ce qui est bien ou mal) ne fais pas partie de la sphère économique. Là où le livre devient très intéressant, c’est quand l’auteur prend le prétexte de répondre à cette question pour proposer une grille de lecture du monde actuel. Si on veut résumer son propos, le capitalisme et l’économie en général font partie de la sphère technico-scientifique régie par le vrai et le faux, le possible et l’impossible. Nous avons ensuite la sphère du droit qui distingue ce qui est légal de ce qui ne l’est pas. Ce sont les lois des hommes. Vient ensuite la sphère morale (ce qui est bien ou mal). Le niveau supérieur est l’amour : ce que j’aime et ce que je n’aime pas. Enfin les croyants utilisent un cinquième ordre, celui de la religion, ce qui est sacré. Se demander si le capitalisme est moral, c’est donc mélanger deux ordres, ce lui de la technique et celui de la morale. Une fois ce cadre de réflexion posé, Comte-Sponville s’arrête ensuite sur deux maux résultant de la confusion des ordres : l’angélisme et le barbarisme. Je ne m’étendrai pas plus longuement ici mais il s’agit d’une lecture passionnante.

J’ai trouvé ce livre brillant. L’auteur reprend dans cet ouvrage le contenu de nombreuses conférences qu’il donne à des non philosophes, que ce soit des syndicalistes, des chefs d’entreprises ou des étudiants. Le propos est clair et riche en exemples concrets. Et les références philosophiques sont bien expliquées. Tout ça rend ce livre très accessible et éclairant à de nombreux points de vue. Je le conseille sans réserves à qui veut prendre un peu de recul sur l’actualité.

Ma note : 5/5.