Et la vie nous emportera, David Treuer

Au détour d’un article lu il y a quelques mois, j’ai repéré le nom de David Treuer comme étant un jeune auteur américain à surveiller. Et voilà que j’ai entre mes mains son roman Et la vie nous emportera paru en 2016.

Et la vie nous emportera - David Treuer

Dans les années 40, Frankie, jeune étudiant, rend visite pendant les vacances d’été à ses parents dans leur résidence estivale du Minnesota. Alors qu’un prisonnier de guerre allemand s’est échappé d’un camp à proximité, une battue est organisée au cours de laquelle une fillette indienne est tuée accidentellement.

Voilà rapidement l’intrigue du roman. N’espérez pas une histoire à proprement parler. Et la vie nous emportera est plutôt une galerie de portraits. Parmi lesquels ressort celui de Félix, l’indien en charge de l’entretien de la résidence familiale. Ancien combattant de la première guerre mondiale, il joue le rôle de père pour Frankie. David Treuer ratisse large en termes de thématiques puisqu’il y est question de la condition indienne et métis dans l’Amérique du XXe siècle, de la seconde guerre mondiale à travers les yeux d’un soldat à bord d’un bombardier, de l’homosexualité masculine dans les années 40 mais aussi de la persécution des juifs. Si je dois retenir un point commun entre ces différentes facettes du récit, c’est le thème de la distance. Les personnages s’éloignent les uns des autres et tout part de l’accident originel.

 

 

Dernier point, j’ai trouvé le titre un peu mou et neutre : et la vie nous emportera ne révèle pas grand chose de l’univers ou du récit proposé par David Treuer. En version originale, le roman est intitulé Prudence, du nom de la jeune fille décédée. Ce n’est pas parfait mais cela donne un peu de cachet au roman.

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Retour à Little Wing, Nickolas Butler

Retour à Little Wing est le premier roman de l’auteur américain Nickolas Butler. Il s’agit d’une belle découverte faite à la bibliothèque. Nickolas Butler Retour à Little Wing

Ils sont cinq amis à avoir grandi dans la petite ville de Little Wing dans l’Etat du Wisconsin, quelque part entre Eau Claire (un vestige de l’Amérique française) et Minneapolis dans l’Etat voisin du Minnesota. Hank et Beth sont mariés ensemble et ont deux filles. Contrairement à Hank qui est resté à Little Wing pour s’occuper de sa ferme, les trois autres ont à un moment donné pris leurs distances avec leur ville natale. Lee est devenu un chanteur folk à succès qui enchaîne les tournées internationales. Ronny s’est lui lancé dans les compétitions de rodéo dans tout l’Ouest des Etats-Unis jusqu’à ce que l’alcoolisme et un accident ne le fassent revenir à Little Wing. Le dernier de la bande, Kip, s’est exilé plusieurs années à Chicago pour devenir courtier en bourse. Il revient à Little Wing après avoir racheté la fabrique, un bâtiment emblématique de la ville.

Retour à Little Wing est un roman choral où chaque chapitre est présenté du point de vue d’un narrateur différent. Chacun possède sa propre voix et j’ai été particulièrement sensible à celle de Lee, le musicien, qui est doté d’une belle sensibilité artistique et qui « voit » les couleurs de la musique. Un bel exemple de synesthésie. Il est question d’amitié, d’amour et d’attachement à une petite ville et à son mode de vie rural. Nickolas Butler n’évite maleureusement pas l’écueil d’une opposition un peu trop manichéenne entre une vie urbaine superficielle et la vie dans la campagne, là où sont les vraies valeurs. Et il nous la joue à la Hollywood avec un happy ending tout américain. Toutefois, Retour à Little Wing comporte des passages émouvants sur le temps qui passe, les occasions manquées et le questionnement sur l’âge adulte. En effet, ce n’est pas parce qu’on est dans la trentaine qu’on n’est pas en train de se chercher. Et c’est là que réside le talent d’auteur de Nickolas Butler : créer des personnages attachants qui vivent des relations complexes les uns avec les autres. Un auteur à suivre.